Trumpisme et Macronisme

Des stratégies différentes pour un même objectif, celui d'assurer la pérennité du capitalisme ultralibéral.

Profitant du G7, Emmanuel Macron a multiplié les rencontres bilatérales, créant parfois la surprise comme celle avec le ministre des Affaires étrangères d'Iran. Quelques mois avant, il avait reçu le président chinois, invité et conféré avec le président russe, poursuivi le dialogue avec les autorités iraniennes, rencontré Erdogan et Nahendra Modi. Toutes ses prises de parole marquantes sur les enjeux internationaux expriment sa vision générale selon laquelle l'ordre du monde multilatéral issu de la seconde guerre mondiale est dépassé et il s'agit de le refonder. Cet objectif est largement partagé dans le camp occidentale et ultralibéral mais pour y aboutir deux conceptions s'affrontent. D'un côté, celle du trumpisme qui considère que la place de leader mondial des USA est fragilisée et que la priorité est de la regagner dans une logique d'affrontement et de puissances. De l'autre, celle du macronisme qui, comme le trumpisme, a fait une croix sur l'ONU mais qui à l'inverse ne renonce pas à tout cadre multilatéral dans lequel la France serait « une puissance d'équilibre ». Si Macron a investi à ce point le G7 c'est qu'il y voit à court terme l'un des cadres multilatéraux alternatifs à l'ONU et qui visent à la remplacer.

Un centre qui impose son ordre

Cette différence de conception du trumpisme et du macronisme se traduit sur leurs visions du monde. Certes, elles sont assez proches. Pour l'un comme pour l'autre il y aurait un centre et des périphéries, le centre imposant son ordre et ne laissant d'autres choix aux périphéries que de se soumettre. Ce pendant ce qui les distingue, c'est que pour le trumpisme le centre serait réduit à l'Occident, plus précisément aux puissances capitalistes dominantes du monde occidental, celui-ci étant soumis à l'hégémonie américaine. Par contre, pour le macronisme « l'hégémonie occidentale est profondément remise en cause » et s'il y a bien un centre celui-ci serait constitué de l'Occident et de quelques autres puissances devenues incontournables au premier chef, l'Inde et la Chine. Pour différentes qu'elles soient, ces deux visions s'accordent sur un point essentiel qui est d'assurer la pérennité du capitalisme ultralibéral.

Un système consubstantiellement générateur d'inégalités

Là où le bât blesse, c'est que ce système est consubstantiellement générateur d'inégalités croissantes entre le centre et les périphéries et en leur sein même. Or les tenants de ce système n'ignorent pas que l'explosion des inégalités au plan mondial, comme dans chaque pays, lui fait courir un énorme risque en ce qu'elles suscitent des réactions populaires qui peuvent à force s'avérer déstabilisatrices de l'ordre capitaliste. Face à ce défi mondial les puissances capitalistes du centre sont divisées sur la stratégie à adopter. En gros, il y a la stratégie trumpiste qui est celle de l'affrontement pour juguler les contestations internes et externes. On ne comprendrait pas autrement son soutien à des dirigeants comme Bolsonaro, Netanyahu ou Johnson. Il y a aussi l'offensive agressive des États-Unis sur le plan commercial et la guerre économique lancée contre la Chine. L'autre stratégie, défendue par Macron, c'est de rallier les opinions publiques, les peuples aux solutions des pays capitalistes dominants, pour se prémunir de toute remise en cause de l'ordre existant. Une des conditions est que les grands enjeux internationaux fassent l'objet d'un accord entre toutes les puissances du centre dont la Chine, la Russie et l'Inde.

Quelles sont les intentions chinoises ?

Une des difficultés selon Macron viendrait de l'antagonisme entre les Etats-Unis et la Chine, cette dernière ayant selon lui le projet de construire autour d'elle, sous sa domination, et en particulier avec le projet de Route et Ceinture de la soie, un nouvel ordre mondial auxquels les dirigeants des pays émergents pourraient adhérer afin d'échapper à l'emprise de l'Administration Trump. Il n'est pas sûr que cette analyse rende effectivement compte des intentions chinoises, car elle plaque par trop sur la politique chinoise les conceptions dominantes des dirigeants occidentaux. Une autre version serait que les dirigeants chinois pensent pouvoir consolider leur modèle de société s'ils stabilisent et sécurisent leur environnement immédiat et l'environnement international. D'où leur recherche de partenariats avec les pays stables, y compris s'il s'agit de régimes autoritaires. C'est aussi ce qui pourrait expliquer leurs réactions en dents de scie face à la crise de Hong Kong.

 

Cet article s'inspire largement d'une communication datée du 5 septembre de Lydia SAMARBAKHSH animatrice du secteur international du PCF. Le texte complet de sa communication est publié sur (http://international.pcf.fr/).

 

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