Le jaune passerait-il au rouge ?

Pourquoi les gilets jaunes mobilisent-ils bien au-delà de ce à quoi les syndicats de classes pouvaient prétendre ? Leurs revendications rejoignent celles portées par les forces organisées anticapitalistes.

Contre toute attente le mouvement des GJ s'enracine et cherche à s'organiser selon des formes qui ne ressemblent en rien à celles que nous militant.e.s aguerri.e.s avons recours. Confronté.e.s à ces mobilisations inventives qu'après nos premières hésitations nous soutenons sans réserve, nous n'en sommes pas moins quelque peu déroutés. D'autant que ce mouvement continue de ne pas accepter notre présence identifiable, nous obligeant à participer à ses actions en occultant une part de nous mêmes. Révélateur est l'appel aux adhérent.e.s de la direction départementale du PCF 66 à participer au rassemblement du samedi 12 janvier « sans badge distinctif » pour « respecter l'esprit du mouvement ». Peut-être faut-il en passer par là, mais il reste que cet effacement voulu par les GJ n'est pas sans conséquences. Ainsi, une idée a tendance à se répandre dans l'opinion publique, relayée et renforcée par les médias dominants, selon laquelle les syndicats de classes seraient en échec, voire ne serviraient plus à rien et avec eux les forces politiques anticapitalistes. Peut-être ont-elles une part de responsabilité, question qui reste à débattre, mais, pour 'heure il importe de voir que cette délégitimation n'est pas pour déplaire à l'adversaire de classe. D'ailleurs, toute la stratégie du macronisme a été d'affaiblir les forces organisées qui contestent sa politique mise au service des puissances économiques. Et il y a en partie réussi.

Un reproche à l'encontre des forces organisées qui n'est pas fondé

Seulement, ce qu'il n'avait pas prévu, et peut-être aussi les forces qui le combattent depuis le début, c'est que le couvercle puisse sauter selon des modes inattendus. Au début, il pensait que l'inexpérience des acteurs, l'absence d'organisation, la mise à l'écart des syndicalistes les plus aguerri.e.s, lui permettraient de se jouer aisément du mouvement. Mal lui en pris. La proximité sur les ronds points, l'effervescence sur le réseaux sociaux, la solidarité face à la répression policière et judiciaire, ont fait mûrir le mouvement, mais toujours pas, après deux mois de protestation, au point de nous accepter, nous les militant.e.s tels que nous sommes. Le mouvement a pris de l'ampleur parce qu'il a agrégé beaucoup de gens peu politisés sur des revendications au départ en apparence modestes qui sont devenues de plus en plus radicales au cours au fur et à mesure de leur lutte. De toute façon ils n'auraient pas répondu à des appels sur des mots d'ordre mettant explicitement en cause le système dominant. Nous sommes devant une contradiction. C'est leur dépolitisation qui a favorisé leur mobilisation et c'est notre politisation qui ne nous a pas permis de le faire.

Ce qu'ils doivent aux forces anticapitalistes

Le reproche est d'autant moins fondé que dans le cours de sa mobilisation le mouvement des GJ a repris à son compte nombre de revendications portées depuis longtemps par les forces organisées. Il y a beaucoup de leur influence dans l’exigence du rétablissement de l’ISF, de l’instauration de la justice fiscale et de l’encadrement des prix des produits de première nécessité, de l’augmentation des salaires et pensions, de la rénovation politique des institutions. Au fur et à mesure des actes du 7ème jour de la semaine, les revendications se sont étoffée et les argument se sont enrichis s'inspirant de ceux formulés depuis longtemps par les forces syndicales et politiques qui contestent la société capitaliste.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.