Bettencourt, l’argent et le populisme de Mediapart

Enfin je peux à nouveau poster. Mediapart prend beaucoup de temps pour réparer les bugs. Dommage de ne pouvoir réagir à chaud. Mais peut-être est-ce voulu.

Ah, comme les gens riches sont indispensables à la bonne marche et à la santé mentale d’une société. C’est vrai, quoi! Contre qui se défoulerait-on s’il n’y avait pas ces salauds de nantis? Comme l’a si bien démontré René Girard, toute société a besoin de boucs émissaires. Et en voilà un beau: la première fortune de France.

Tout cela est parti d'une affaire de famille autour de gros sous. Et l'on en arrive déjà à la trésorière à qui l'on demandait des enveloppes de papier kraft! Personnellement j'aurais planqué mes enveloppes afin qu'il n'y ait pas de témoins si j'avais été à la place de Mme Bettencourt. Et puis, 150'000€, c'est bien peu pour alimenter une ciasse de campagne - campagne par ailleurs contrôlée. Mais l’affaire a tous les ingrédients d’un feuilleton de l’été. Une famille très riche, des employés traîtres, des documents audio qui n’ont pas encore été authentifiés mais dont le contenu est répandu sur la place publique malgré l’illégalité du procédé d’enregistrement, une succession de révélations non vérifiées, mais dont la parution est réglée comme un défilé du 14 juillet. Et des premiers médias qui refusent d’entrer en matière mais un qui accepte l’affaire - qui va faire gonfler ses abonnés, comme quoi certains en tirent déjà les bénéfices, quels que seront les conclusions. Si tout cela est vrai, s’il y a eu des actions illicites, les délateurs seront encensés. Si c’est faux, certains auront quand-même fait leur petit beurre.

C’est bien délicat de se déterminer sur le contenu des supposées révélations et des intérêts ou intentions des uns et des autres.Ce qui est sûr c'est que le dernier scoop se dégonfle: la crédibilité de la comptable en a pris un sérieux coup, et ceux qui ont relayé cette infos sans aucune prudence aussi.

On cite par ailleurs le Washington Post, le journal qui a fait tomber Nixon. Mais n'est pas Carl Berstein ou Bob Woodward qui veut. On attend du journalisme d'investigation qui vérifie et revérifie, qu'il recoupe, qu'il trouve plusieurs pistes qui convergent sérieusement sur chaque information sensible. Ici, rien de cela. On reproduit juste des déclarations de témoins, et on accuse ou mieux: on laisse accuser, sans que rien n'ait été vérifié. Et on semble ne se poser aucune vraie question sur certains témoignages. De toutes façon on sait que ceux qui sont accusés sont déjà atteints, et que plus ils se défendent moins on les croit. Perversité du mécanisme.

Il est dit que les supposées donations devaient rester secrètes. Mais Maistre en parle à toute occasion!

"Mais enfin, c'est pour financer la campagne présidentielle de Sarkozy ! Je dois donner de l'argent à celui qui s'occupe du financement de la campagne, Eric Woerth. Et 50.000 euros, ce n'est pas suffisant." Ah ah ah ah ah!!!... Il aurait même dû donner l'âge de Woerth, son adresse, sa pointure de chaussures, etc. Risible, totalement risible.

"Ensuite, Maistre m'a dit qu'il allait très vite dîner avec Eric Woerth afin de lui remettre, “discrètement” comme il m'a dit, les 150.000 euros. Et le dîner a bien eu lieu très rapidement..." Ben tiens, il aurait dû aussi lui donner le menu, la marque des cigares qu'il allait fumer, etc. Parce que comme discrétion, on dirait que ce Maistre a tout fait pour qu'elle le redise un jour en détails. Quand vous faites quelque chose d'illégal, vous vous en vantez, vous le dites autour de vous avec des détails, vous?

Nicolas Sarkozy recevait aussi son enveloppe, ça se passait dans l'un des petits salons situés au rez-de-chaussée, près de la salle à manger. Ça se passait généralement après le repas, tout le monde le savait dans la maison." Curieusement le majordome n'en a pas parlé.

Cette dame rapporte des on-dit, des tout-le-monde-sait (mais personne n'en a encore parlé...), des propos d'autres personnes, mais n'a rien vu elle-même. Et l'on lui laisse accuser pour ne pas accuser soi-même et risquer des conséquences pénales. Et cette dame revient sur ses déclarations deux jours après.Quand aux carnets, ils ne montrent rien de particulier. La dame a dérapé et s'en mord lesdoigts aujourd'hui.

Au fait c'est quoi le populisme? C'est ce que fait parfois une certaine presse, quand l'acharnement remplace la rigueur, quand on accuse sans preuve. C'est une forme de lynchage ou l'accusateur surfe sur une impunité quasi totale. C'est, à mon avis, ce que fait Mediapart. "Le populisme met en accusation les élites ou des petits groupes d'intérêt particulier de la société. Parce qu'ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des maux de la société". (Wikipedia)

Cette affaire me rappelle celle dont a été victime en son temps Pierre Bérégovoy, homme pour lequel j'avais une grande estime..

Béré1.jpgIl ne faut rien croire sans vérification, et être très prudent avant d’accuser quelqu’un. La politique est une arène, tous les coups sont permis. Difficile à accepter. Surtout quand les scoop servent visiblement à faire monter l'audience plus qu'à démontrer avec rigueur une supposée vérité, et quand l'orchestration cadencée des "révélations" montre que tout cela n'est peut-être pas anodin. Je me fiche que ce soit Woerth et Sarkozy que l'on vise. La méthode est détestable, qu'elle s'applique contre eux ou contre Béré à l'époque.

Une chose est sûre: après le recul de la comptable, il faut prendre les scoop tonitruants de Mediapart avec de très, très longues pincettes...

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