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Le Club de Mediapart sam. 28 mai 2016 28/5/2016 Dernière édition

Des prostituées magnifiques contre le féminisme abolitionniste

Une claque pour les abolitionnistes! Un soufflet pour tous ceux et celles qui prétendent parler en leur nom sans leur laisser la parole, sans même les entendre. Là, elles l’ont eue la parole, et ne se sont pas privé d’en faire usage. Et quel usage!

Une claque pour les abolitionnistes! Un soufflet pour tous ceux et celles qui prétendent parler en leur nom sans leur laisser la parole, sans même les entendre. Là, elles l’ont eue la parole, et ne se sont pas privé d’en faire usage. Et quel usage!


Prostit3.jpgLa chaîne Planète présentait vendredi soir, après un documentaire hallucinant sur la Birmanie et les errances du pouvoir, une émission d’une heure trente sur les travailleuses et travailleurs du sexes.
Des femmes de tous âges, des hommes aussi, dont le métier est la prostitution, ont été longuement interrogé-e-s. Le premier point commun de ces femmes et hommes, c’est la qualité et la profondeur de leur analyse sur elles-mêmes, sur les hommes, la société, et sur les féministes abolitionnistes. On était bien loin du cliché qui veut qu’une prostituée ouvre ses jambes et se taise. Des prostitué-e-s magnifique par leur intelligence, leur liberté de parole, leur humanité.
Elles travaillent en Belgique, en Suisse, en France. Elles sont indépendantes, s’assument à visage découvert avec un naturel et un courage que pas mal d’abolitionnistes ou de gens «bien comme il faut» pourraient prendre en exemple. Pas une once de vulgarité, de récrimination envers le monde, de plainte sur leur condition. Elles ont choisi ce métier par nécessité ou pour l’importance des gains. Certaines y trouvent même un plaisir. D’ailleurs celles et ceux qui ne supportent pas arrêtent.
Elle éprouvent parfois du plaisir sexuel. Elles respectent leurs clients. Mais elles constatent combien leur métier est l’objet d’une constante stigmatisation. La sexualité fait mal à la société, aux sociétés, quand elle n’est pas encadrée et surtout quand elle est payante. Pourtant elles parlent de leurs clients avec une incroyable tendresse. Pas seulement dans un rapport marchand mais avec une humanité qui fait défaut trop souvent chez les humanistes.
Elles parlent de la liberté qui prévaut dans une relation tarifée. De leur liberté de femme, celle d’utiliser leur corps comme elles l’entendent. Elle font un parallèle entre leur métier et n’importe quel autre métier où l’on loue ses services - dans une analyse presque politique où tout rapport de subordination salariale peut être assimilé à une forme de prostitution, rejoignant un thème que j’ai déjà évoqué.
La différence est le rapport à l’intime. La part qu’elles louent est la part traditionnellement la plus intime, celle qui est sacralisée depuis la nuit des temps parce si fondamentale: elle contient le lieu de la reproduction du vivant. C’est aussi le lieu du désir le plus fort, de tous les rêves, qui peut faire passer du statut d’enfant au statut social de parent, d’adulte responsable.
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Les prostituées transgressent donc nombre de tabous. Celui de la mère pour qui la sexualité n’a d’autre but que la procréation d’enfants que l’on aimera. Le mythe de la mère est un des mythes les plus fort de la société. Elle doit être forcément bonne, et être désexualisée. Le personnage de la vierge Marie dans le catholicisme illustre ce mythe poussé à l’extrême: la femme qui enfante sans aucune sexualité.
Elles ont désacralisé le corps et la relation sexuelle. Elles ont réalisé depuis la nuit des temps l’indépendance émotionnelle par rapport à l’homme et au couple. Elles sont indépendantes financièrement. Bref, n’était que les rapports sont tarifés, elles seraient presque l’idéal féministe!
Les féministes, justement, les abolitionnistes, en prennent pour leur grade dans cette émission. Elles sont considérées comme des théoriciennes qui utilisent les prostituées pour faire avancer leur guerre des sexes. Des lesbiennes américaines, comme le dit l’une des femmes interrogées, pour qui tout acte sexuel est un viol. La volonté de pénaliser le client n’est à leurs yeux qu’une volonté féministe de détruire les hommes.
Ces hommes qui sont gentils avec elles pour leur très grande majorité. Qui osent dire leurs besoins, ce qu’ils ne feront jamais avec leur légitime. Qui n’ont plus peur d’être mal jugés s’ils expriment un fantasme. Qui aimeraient leur donner du plaisir en plus de l’argent. Avec lesquels elles créent parfois une relation psychologique authentique.
prostitution_zoom.jpgEt cela malgré le supposé rapport marchand qui ferait d’elles des esclaves. Aucune n’accepte cette analyse de type marxiste. Aucune ne se sent esclave, obligée, au contraire: ce sont elles qui par leur corps et le désir du client, détiennent le pouvoir. Elles regrettent qu’on ne leur ait jamais demandé leur avis: ni les féministes, ni les politiciens, dont les intentions sont plus démagogiques qu’autre chose. D’ailleurs, selon un travesti au courant de ce qui se passe, la pénalisation des clients en Suède a remis le marché de la prostitution aux main des mafias russes, qui affrètent des ferry dans les eaux internationales et y amènent des prostituées par dizaines dans des conditions qui sont celles que la loi réprime: l’esclavage. Le résultat objectif de l’idéologie abolitionniste féministe a produit exactement le résultat contraire: développer à nouveau une prostitution digne des marchés d’esclaves! Bravo et merci, mesdames...
Elles parlent aussi de la difficulté à être acceptées socialement. Les relations changent dès qu’elles disent faire la prostitution. Et pour l’une d’elle qui a des personnes handicapées dans sa clientèle, c’est l’inimaginable, le rejet total par les bien-pensants. Elles disent aussi qu’il est parfois difficile d’avoir un petit ami, pour la simple raison qu’il est vu par les autres comme un proxénète! Bref, la société punit par ses jugements ces femmes - et hommes - qui osent vivre librement leur corps.
Etonnante émission donc, où l’on entend et voit des femmes sensibles, profondes, aimantes, libres, crues et lucides, sans jugement sur le monde autre que de regretter la stigmatisation dont elles sont l’objet, mais bien consciente de la souffrance que représente la sexualité dans toute société, pas ses tabous et ses cadres limités.
A voir par tous ceux et toutes celles qui s’intéressent à la question ou dont le métier ou l’idéologie les investit du droit de parler au nom de ces femmes et de ces hommes. Une émission qui fait tomber de très nombreux clichés.
Rediffusion nocturne: 13 avril à 2.00, le 16 à 1.35, le 19 à 2.55
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Tous les commentaires

kakadoundiaye

Oui. C'est l'habituel sac de nœuds. Et essayer de défaire les nœuds un par un, avec fermeté mais sans sacrifier les nuances, bonjour…

Merci d'y avoir contribué pour un aspect, en complément des filles qui ont mis quelques pendules à l'heure.

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L'auteur

hommelibre

John Goetelen: Auteur de "Féminista: ras-le-bol!", www.atypic.ch.
Genève - Suisse

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