Discours Ben Ali: du vent et des cacahuètes?

Les politiciens savent bien retourner leur veste. Le président tunisien Ben Ali en est une démonstration vivante. D’un discours à l’autre il a changé de ton, de propos et d’intention. Fort bien. Mais le discours d’hier ne sera-t-il que du vent et des cacahuètes?A l’insu de son plein gréPlus prudent à cause des morts sous les balles de la police, balles que Ben Ali a proscrites hier. Pourquoi les avoir autorisé avant? Pourquoi avoir fait tirer sur le peuple qui l’a élu, qui ne cassait rien, qui exprimait son désespoir à l’instar du jeune commerçant sans avenir qui s’était immolé, signe déclencheur de la révolte?

Les politiciens savent bien retourner leur veste. Le président tunisien Ben Ali en est une démonstration vivante. D’un discours à l’autre il a changé de ton, de propos et d’intention. Fort bien. Mais le discours d’hier ne sera-t-il que du vent et des cacahuètes?


A l’insu de son plein gré
Plus prudent à cause des morts sous les balles de la police, balles que Ben Ali a proscrites hier. Pourquoi les avoir autorisé avant? Pourquoi avoir fait tirer sur le peuple qui l’a élu, qui ne cassait rien, qui exprimait son désespoir à l’instar du jeune commerçant sans avenir qui s’était immolé, signe déclencheur de la révolte?

tunisie-immolation-degradation-de-la-situation-en-tunisie-suite-aux-evenements-de-sidi-bouzid.jpeg«On m’a trompé», dit Ben Ali. Ben tiens. Ça me rappelle une phrase de Virenque: «A l’insu de mon plein gré»... Allons, un peu de sérieux. Avec une escouade de hakers capable de lire les mail des opposants, il savait très bien que lesdits opposants n’étaient pas des terroristes. Ben Ali ment. Il ment pour terminer ses trois ans de présidence et avoir le temps de retirer ses billes sans être jeté rapidement du pouvoir. Ben Ali n’est pas crédible et il a du sang sur les mains.
Mais le réalisme politique pourrait l’obliger à tenir ses promesses. Certaines en tous les cas. Et là c’est un catalogue à la Prévert qu’il propose. Devant tant de supposée bonne volonté on se demande pourquoi il ne l’a pas fait avant. Les demandes populaires ne datent pas de décembre. Et si hier j'écrivais que la tension montait, qu'en sera-t-il aujourd'hui avec l'appel à une grève générale?
La démocratie serait-elle universelle?
Mais il y a une bonne nouvelle, qui va à l’encontre des prêcheurs bêlants du multiculturalisme qui nous serinent que «la démocratie occidentale n’est pas universelle». Pas universelle? Ben Ali a promis ce que le peuple demande: la reconnaissance des partis d’opposition, le droit de manifestation et la liberté de presse, y compris la liberté sur internet, la liberté d’association, des élections libres.
Mais c’est la démocratie à l’occidentale, ça! Alors cette forme de démocratie serait donc un modèle pour un pays musulman laïc? Les prêcheurs de l’impérialisme culturel occidental devront revoir leur discours: la démocratie occidentale se marie très bien avec les cultures non occidentales. Elle en est même une garantie, contre tous ceux qui voudraient entraîner les pays sur la piste douteuse de l’autoritarisme et du terrorisme. Les gens ne sont pas tous idiots. Ils savent ce que liberté veut dire.
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Les cacahuètes du rire
Pour le reste, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Baisser le prix des aliments de base? Très bien. Le principe des empereurs romains «Du pain et des jeux» fonctionne toujours. Ça c’est le pain. Les jeux ce sont les autres promesses. Comme en particulier une «Commission anticorruption». Rien que ces mots font éclater de rire! Et il ajoute: «Indépendante». Là c’est le fou rire garanti. Mouahahahahaha!
Ben Ali, il ne lui manque qu’un nez rouge de clown. Le Coluche tunisien, c’est lui. Mais qui peut un instant imaginer qu’un despote, qui plus est accusé gravement de confondre l’Etat et sa famille, puisse garantir l’indépendance d’une commission anti-corruption?
Ici l’on trouve une liste impressionnante d’accusations qui devront être vérifiées.
Si les promesses de Ben Ali sont un peu plus que des cacahuètes, il doit maintenant agir très vite. Il faut aussi que des représentants de l’opposition, et pourquoi pas des observateurs d’une institution démocratique occidentale, soient membres de cette fameuse (ou fumeuse) commission.
Les tunisiens ont montré leur détermination face aux mensonges du pouvoir et leur courage face aux balles. Ils ne doivent plus relâcher leur surveillance à l’égard de ce régime dont l’indignité a été de tirer sur la foule alors que rien ne le justifiait.

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