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Billet de blog 27 janv. 2011

Interdire le fusil au domicile: la Suisse va voter

Aux armes citoyens! pourrait-on dire. Les Suisses gardent l'arme du soldat, le fusil militaire, à la maison, en vertu du fait que l'armée est une milice. Une initiative populaire propose d'interdire dorénavant cette tradition. Quelques affiches de la campagne de votation du 13 février sortent du lot. Les thèmes passionnés facilitent l’exagération. Il faut toucher vite et fort si l’on veut que le message passe.Je commente ici les deux affiches les plus spectaculaires. Je ne prends pas parti sur le fond, je m’intéresse uniquement à la forme: le message et son impact. Je commence par l’affiche qui suscite le plus de débats: les jeunes UDC. Cliquer sur les images pour les agrandir.

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Aux armes citoyens! pourrait-on dire. Les Suisses gardent l'arme du soldat, le fusil militaire, à la maison, en vertu du fait que l'armée est une milice. Une initiative populaire propose d'interdire dorénavant cette tradition. Quelques affiches de la campagne de votation du 13 février sortent du lot. Les thèmes passionnés facilitent l’exagération. Il faut toucher vite et fort si l’on veut que le message passe.

Je commente ici les deux affiches les plus spectaculaires. Je ne prends pas parti sur le fond, je m’intéresse uniquement à la forme: le message et son impact. Je commence par l’affiche qui suscite le plus de débats: les jeunes UDC. Cliquer sur les images pour les agrandir.

Jeunes UDC: sexe viril et fôte hénaurme!

Une chose est sûre: on ne la rate pas. Elle attire l’oeil par la nudité. Cette immense plage de chair claire et lisse, offerte, sensuelle, cette position bien droite (la position du piquet...), ce regard déterminé porté vers l’avenir: virilité stricte et érotisme provocateur.L’effet est renforcé par la barbe - vraie ou rajoutée par Photoshop - qui rajoute une couche de virilité sur un menton bien marqué et volontaire.
Ah, le sexe et la mort... Tirons un coup, tirons en deux, tirons en rafale! Mesdames, des zigounettes comme ça vous n’en verrez même pas chez les personnes de couleur africaine!
Le visuel est excellent, très efficace. On y sent la mère Patrie. Le contraste du sérieux et du sexe à fleur de peau est saisissant. La symbolique est transparente, immédiate, délivrant un message clair: l’arme identifiée au pénis montre bien qu’il s’agit d’avoir des couilles. En creux cela signifie que les initiants opposés aux armes veulent émasculer la Suisse.
L’image ne fait pas que valoriser l’armée de milice: elle relègue la gauche (opposée aux armes à la maison) au rang d’ennemie de la mère Patrie, ramollie par le cannabis (les pacifistes sont forcément des fumeurs de pétard) et les hommes couchés devant les mamans féministes qui leur apprennent qu’il faut ranger son outil bien sagement, le mettre sous contrôle. Bref: l’image prête à tous les délires et c’est sa force. Le texte n’ajoute rien et c’est mieux: plus aurait été trop.
Par contre, les jeunes UDC auraient été bien inspirés d’aller un peu plus longtemps à l’école, ou de lire autre chose que les aventures de Popeye. Cela leur aurait évité la honte publique: démanteler s’écrit avec un A après le M...
PDC: on a tous quelque chose en nous de Charles Ingalls, ou d’Horatio Caine

Le PDC propose une image déprimante. Le choc émotionnel voulu est terrifiant. L’idée est que les armes à la maison peuvent se retourner contre les membres de la famille, en particulier contre les enfants. L’effet du nounours est saisissant. On pense au «Dormeur du val» de Rimbaud: «Il a deux trous rouges au côté droit». C’est encore plus triste que La petite maison dans la prairie.
Là aussi on trouve un puissant contraste. D’un côté le nounours, symbole d’un monde enfantin protégé, où la violence n’existe pas - même pas de grizzli à tirer au fusil du côté de chez les Ingalls! Et de l’autre, ce même nounours couché, mort. Il ne se relèvera plus. L’enfant est mort. Même les Experts Miami n’y pourront rien. On imagine déjà leur petits bâtons ouatés plonger dans la plaie comme dans une tranche d’agneau saignant pour déterminer le calibre de la balle. Après ils mettront des lasers pour en préciser la trajectoire. On entend déjà la phrase finale d’Horatio Caine, plein d’affect et le regard à demi baissé pendant que retentissent les premières notes de Sunday, bloody Sunday de U2 et que la caméra fait un travelling vers un plan où le soleil devient flou et plonge dans le mer scintillante. Le volume de la musique monte et la révolte ou le désespoir montent aussi en nous.
L’image est forte, autant que la précédente. Il reste comme un malaise. Le sang sur le nounours, la mort comme seule illustration des armes à la maison, c’est bien vu. Le malaise est voulu.
Le texte aussi joue sur ce contraste. Le mot «Protégeons» est l’équivalent écrit de l’image du nounours, et la police d’écriture utilisée pour cette phrase est aussi dans la rondeur, la douceur. Une image très maternante.
Entre ces deux images les archétypes sont bien mis en avant: image de l’homme viril, l’image maternante du nounours.
Et le paradoxe est qu’au fond ils expriment la même chose: PROTEGER. Protégeons le pays d’une part, protégeons la famille d’autre part.
Etonnant, non?

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