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Le Club de Mediapart dim. 29 mai 2016 29/5/2016 Édition de la mi-journée

Nationalisme: gérer les étrangers (4)

Au fil des éléments développés (voir précédents billets), le nationalisme a-t-il un avenir en France? La question se pose dès lors que 39% des français approuvent les propos de Marine Le Pen sur la prière musulmane dans les rues. 

Au fil des éléments développés (voir précédents billets), le nationalisme a-t-il un avenir en France? La question se pose dès lors que 39% des français approuvent les propos de Marine Le Pen sur la prière musulmane dans les rues.

 

nationalisme4-extraterrestre_278463.jpgGérer la venue de l’étranger: une activité normale
J’ai posé comme naturel le sentiment d’appartenance. Ne parle-t-on pas de «mon quartier»? On se reconnaît d’une famille, d’une rue, d’une pays, d’une langue, d’un ensemble de valeurs. J’ai aussi posé comme naturelle l’antériorité d’occupation d’un lieu ou d’un pays et l’autorité que cela donne sur ce pays. C’est ainsi partout. Dans un monde où chaque région est administrée, les déplacements de populations demandent à être gérés. La limitation du nombre d’étrangers autorisés à s’installer est évidemment un élément de cette gestion.
Si l’on n’approuve pas ce ces points de repère instaurés par la coutume et les faits, il faut alors montrer un seul pays où cela se passe autrement, où l’on entre et l’on sort sans contrôle (à part accord administratif comme l’Union européenne), où l’on peut travailler et s’installer définitivement sans autorisation, sans respecter les lois et coutumes du pays et sans limite de nombre. Cela n’existe pas. Parler de la manière de gérer les étrangers dans un pays est absolument normal! A moins de vivre en autarcie dans un pays entièrement fermé. Mais parler des étrangers ne signifie pas faire d’eux la cause des problèmes: ce sont les politiques (mal) menées qui sont la cause des problèmes.
Les règles et repères
Les habitants d’un pays et leurs autorités représentatives vont donc faire la loi sur leur territoire.
Au point de vue administratif les choses sont simples: les personnes qui viennent travailler ou s’installer dans le pays doivent être détentrices d’une autorisation. Leur nombre est limité car on doit avoir l’assurance qu’ils trouveront du travail et rapporteront au pays en proportion de ce qu’ils coûtent (assurances sociales, infrastructures, scolarisation, etc). Ne pas avoir cette assurance est un mauvais service rendu à l’étranger qui vient s’installer, puisque sans travail il dépendra de l’aide sociale et n’aura aucune vraie autonomie ni satisfaction personnelle de subvenir à ses besoins par lui-même. Car le travail, qui n’est au fond que le prolongement diversifié de l’antique chasse des hommes préhistoriques, est la survie de l’individu et du groupe. Il se fonde sur l’initiative personnelle et donne valeur à l’individu. Ne pas avoir cette assurance est également un mauvais service rendu au pays qui devient créancier de débiteurs insolvables et distribue de l’argent qu’il ne reçoit pas.
nationalisme3-frontiere-egyptienne_article_top.jpg
La situation est différente pour les réfugiés économiques et politiques, qui doivent trouver une aide quand bien même ils ne rapportent pas. L’accueil d’étrangers en détresse ou en danger est de la solidarité. Une humanité sans solidarité est juste bonne à jouer les figurants dans Mad Max. Mais leur nombre ne peut là aussi être illimité.
Une société doit trouver un équilibre entre le soutien à l’initiative personnelle et la solidarité. Elle ne peut non plus privilégier la solidarité avec les étrangers et oublier celle avec ses citoyens.
Devoirs mutuels
Il serait erroné d’accepter une immigration sous prétexte de dette matérielle ou morale envers un pays. L’humain ne peut être mis dans la balance avec de la marchandise. Il semble que la France se soit beaucoup culpabilisée à propos des colonies. Or la culpabilité pousse à en faire trop et à ne plus savoir poser les justes limites. De plus, comme on l’a vu dans mon deuxième billet, tous les grands pays ont été tour à tour colons et colonisés. Tout le monde a une dette envers tout le monde. La culpabilité doit être abandonnée et les relations remises à zéro.
L’étranger qui vient s’installer durablement doit connaître les coutumes et les lois, et aussi bien que possible la langue, ou alors suivre des cours de formation. Ceci n’est pas une contrainte arbitraire ou vexatoire: c’est destiné à donner à cet étranger le plus de chances possibles pour faire sa place dans son nouveau pays. C’est donc une exigence positive. Le pays d’accueil y contribue: cours gratuits, scolarisation rapide des enfants, entre autres. Cela signifie que le pays qui accueille a aussi des devoirs, comme celui qui vient y vivre. Il doit mettre en oeuvre une politique permettant la meilleure «co-digestion» mutuelle de l’étranger et du pays. Au point de vue social il y a lieu d’éviter les ghettoïsations te le développement des communautarismes.
Tout cela est théorique et fait partie d’un humanisme largement hérité du christianisme, avec en plus la rigueur de la réciprocité.
Le sentiment d’envahissement
Mais dans les faits cela ne fonctionne plus, ou pas en ce qui concerne une partie de l’immigration d’origine africaine et maghrébine. C’est le sentiment actuel dans plusieurs pays d’Europe. Il se développe un sentiment d’envahissement - le mot «occupation» utilisé par Marine Le Pen trouve un assentiment chez de nombreux français.
nationalisme2-islam.jpgIl y a plusieurs raisons à cela. D’une part la montée d’un intégrisme islamiste autour de l’Europe, bruyant et agressif, revendicatif, victimaire, et qui fait le plus de bruit. Les attentats, les assassinats d’otages en direct à la télévision, les milliers de morts égorgés du FIS en Algérie, le retour du foulard dans des pays plutôt émancipés, les comportements anti-français sur le territoire de l’hexagone, la revendication forte de l’identité musulmane font depuis vingt ans un bruit de fond permanent, une caisse de résonance, qui répète à l’envi: «L’islam hait l’occident, l’Islam dominera le monde».
D’autre part les textes du Coran font souvent résonance à une volonté de soumettre les «mécréants». Il y a certes des sourates parfois contradictoires mais la tonalité dominante est cette du rejet des non-musulmans. Du moins c’est ce qui est ressenti.
Et c’est là que les choses se corsent. On est devant une situation pour le moins confuse. Il y a du ressentiment qui ne cherche plus l’objectivité. Des musulmans prient dans la rue? Ce seraient tous les musulmans de France qui veulent islamiser le pays. Quelques femmes portent la burqa? Ce seraient toutes les femmes musulmanes de France qui feraient régresser l’égalité hommes-femmes. Je doute qu’objectivement nous en soyons là. Mais la position de nombre d’européens à l’égard des musulmans a pris un tour plus subjectif qu’objectif.
Dire que la France a mal à son islam, même si le sentiment d’envahissement est surévalué, n’a rien de raciste. Nombre de pays islamiques disent bien, eux, qu’ils ne veulent pas du modèle occidental. Le dire c’est reconnaître un problème spécifique que l’on ne peut noyer dans la masse sans élargir la brèche par où le nationalisme trouve son chemin. Les lois contre le racisme ne doivent en aucun cas empêcher de parler de ce genre de questions spécifiques. Et ce d’autant moins que ces lois ne répriment pas les propos anti-blancs de Houria Bouteldja, ni les lois de genre ou les campagnes féministes visant à criminaliser exclusivement les hommes.
Les politiques à l’ouest
Les prises de positions de la droite françaises ne comblent pas le retard pris dans la gestion de ce dossier. Quelques mesures au coup par coup sans une vision d’ensemble ferme et cohérente, c’est insignifiant. Et le silence de la gauche française qui crie au racisme dès que l’on parle d’immigration et qui a délibérément laissé au Front National l’exclusivité d’un dossier d’importance nationale a largement contribué à ce qui se passe actuellement. La droite n’offrant pas de cohérence et la gauche pas de vision ni de courage politique, le FN récupère le sentiment d’envahissement, de perte de son identité, la frustration devant le chômage, le sentiment que les coutumes et la culture des populations d’origine arabo-musulmanes sont incompatibles avec les valeurs chrétiennes et démocratiques.
Les politiciens sont donc non pas des pourris, mais un peu à l’ouest. La gauche donc par son auto-flagellation, la droite par son je-m’en-foutisme, ont contribué à la montée d’une réaction nationaliste. Il ne suffit plus de chasser quelques Rroms pour faire écran, ni de crier au fascisme, pour inverser la tendance. Ni les uns ni les autres ne proposent actuellement une alternative crédible au nationalisme montant. La gauche aurait dû prendre part au débat sur l’identité nationale, au lieu de le faire un peu par la bande et de le noyauter. Les indignations narcissiques de la gauche, le manque de dialogue de la droite, ont juste réussit à faire un coup d’épée dans l’eau sur un sujet qui va revenir tôt ou tard par les urnes.
Je ne sais pas si quelqu’un en France prend encore la mesure de ce qui se passe. Je l’ai écrit, je ne suis pas favorable à l’orientation politique nationaliste. Mais je ne suis pas sûr que les partis non nationalistes sachent offrir rapidement une vision claire et fondée et mettre en action une vraie politique qui donne aux Français le sentiment qu’on les écoute.
A suivre: le scénario nationaliste.

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Tous les commentaires

On n'a pas le droit de dire qu'on imagine les Îles Spitzberg peuplées uniquement de quelques scientifiques Norvégiens.

 

L'Islande? La Papouasie-Nouvelle-Guinée? C'est pareil, puisque nous sommes tous égaux et que les frontières devraient être abolies.

 

Tel médiami fait un petit séjour touristique à Londres, pour retrouver ses impressions de jeunesse, hélas, son Londres a disparu, et il se demande s'il ne s'est pas trompé d'avion pour un vol vers Islamabad, lire ici:

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John Goetelen: Auteur de "Féminista: ras-le-bol!", www.atypic.ch.
Genève - Suisse

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