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Billet de blog 7 juin 2012

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Retraites : une réforme très symbolique

C’est l’histoire d’une souris qu’on prend pour une montagne. Une souris parce que la « réforme » des retraites adoptée hier par le gouvernement n’est qu’un ajustement, Mais c’est quand même une montagne, parce qu’elle revisite une bataille érigée en symbole.

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C’est l’histoire d’une souris qu’on prend pour une montagne. Une souris parce que la « réforme » des retraites adoptée hier par le gouvernement n’est qu’un ajustement, Mais c’est quand même une montagne, parce qu’elle revisite une bataille érigée en symbole.

       Cette « réforme » des retraite ne remet pas en cause les réformes des gouvernements de droite, elle entérine l’allongement à 40 ans voté en 2003 pour les fonctionnaires, puis le report de 40 à 42 ans de durée de cotisation décidé en 2010.

       Ces réformes concernaient tous les français au travail. 20 millions de personnes au minimum. La décision d’hier en intéresse un peu plus de 100 000, donc moins de 1%.

       Mais c’est quand même une montagne, parce qu’elle revisite une bataille érigée en symbole.

       Nicolas Sarkozy avait fait du chiffre 60 un nombre d’or. La frontière entre le bien et le mal, et c’est cette sacralisation qui avait provoqué les plus grosses manifestations jamais enregistrées en France depuis des décennies.

       Au mois de mai 2010, quand l’allongement avait été confirmé, les cortèges avaient plafonné tout au plus à 1 million de personnes selon la CGT et 350 000 selon le ministère de l’intérieur. Le 19 octobre suivant, les syndicats en annonçaient 3 millions 500 000 et le ministère 1 million 100 000.

       Pourquoi cette multiplication par presque quatre ?

       Parce qu’entre temps les partenaires sociaux, comme on dit, avaient réclamé des aménagements, sur la pénibilité, les carrières longues, les femmes, ou les chômeurs âgés, mais que le pouvoir avait fait de son intransigeance une marque de fabrique

       Peu importait que ces soixante ans soient devenus résiduels, et qu’il soit impossible ou presque, d’arriver à 42 ans de cotisation avant l’âge de 62, 63, ou 65 ans.

       Il le fallait parce qu’il le fallait, parce que c’était un dogme, le dogme d’une espèce de religion où la foi était appelée « confiance des marchés » et le grand prêtre « agence de notation ».

       La retraite à 60 ans était en voie de disparition, mais il fallait l’achever tout de suite, fusse en humiliant les syndicats, ces corps intermédiaires que le candidat sortant aurait l’intention de volatiliser deux ans plus tard.

       Ainsi, c’est un symbole très symbolique que le nouveau Président a voulu rétablir, en remettant par là-même les syndicats dans le jeu. Ce que François Hollande a décrété, ce sont en fait les concessions que son prédécesseur a refusées bec et ongles. 

       Il le fait à la veille des législatives. A l’électoralisme du coup de menton, version 2010, il se fait fort d’opposer l’électoralisme du dialogue, version 2012. Il le fait au nom de la justice, en oubliant toutefois les principales victimes de l’allongement des carrières.

       Ces victimes sont les chômeurs âgés, dont on exige toujours qu’ils travaillent plus longtemps, même s’ils sont sans emploi, et souvent sans ressources.

        France Culture 7h36, France Musique 8h07, twitter : @huberthuertas