Hubert Huertas
Journaliste à Mediapart

308 Billets

1 Éditions

Billet de blog 23 oct. 2013

Hubert Huertas
Journaliste à Mediapart

Droit du sol : fantasmes et réalité

       Le droit du sol est à l’UMP ce que le droit de vote des étrangers pour les élections locales est au parti socialiste depuis François Mitterrand. Une idée qu’on brandit avant les élections, pour occuper l’espace médiatique en pensant à l’extrême-droite. La voilà donc re-dégainée par Jean-François Copé, avec son goût de déjà vu, de déjà entendu, de déjà débattu, et de déjà repris.

Hubert Huertas
Journaliste à Mediapart

       Le droit du sol est à l’UMP ce que le droit de vote des étrangers pour les élections locales est au parti socialiste depuis François Mitterrand. Une idée qu’on brandit avant les élections, pour occuper l’espace médiatique en pensant à l’extrême-droite. La voilà donc re-dégainée par Jean-François Copé, avec son goût de déjà vu, de déjà entendu, de déjà débattu, et de déjà repris.

       Il s’agit comme d’habitude de revenir sur le principe du droit du sol, affirmation du début d’après-midi, mais de ne pas y revenir, précision de la soirée. Annoncer qu’on va réformer le droit du sol laisse penser qu’on ira vers le droit du sang, qui limiterait la nationalité à la seule la filiation.

       Le problème c’est que cette notion de droit du sang, cette espèce de frontière génétique absolue, et abolie depuis la révolution française, mais soutenue par le Front National, a été progressivement abandonnée par la majorité des pays européens, et notamment l’Allemagne en 1999.

       Et pour cause. Elle est tellement fermée qu’elle est techniquement inapplicable. Si le Droit du sang avait été appliquée depuis deux siècles, il n’y aurait presque plus de français. Pas français, le Huertas qui parle en ce moment dans le poste, pas français le Copé, pas français le Sarkozy, pas français le Mimoun, le Zidane, le Valls, pas français le Devedjian.

       Le droit du sang tient du fantasme plutôt que de la réalité. On le brandit implicitement, et périodiquement, comme Giscard en 91 en invoquant l’immigration-invasion, pour le ranger immédiatement en expliquant que le droit du sol continuera de primer, mais qu’il faut « mettre fin à l’acquisition automatique de la nationalité française ».

       Or cette acquisition n’est pas automatique. Elle est soumise à des conditions précises, prévues par l’article 21-7 du code civil, parmi lesquelles, entre autre, la nécessité d’avoir résidé en France au moins cinq ans depuis l’âge de 11 ans.

       Alors, comme il faut bien inventer quelque chose, on ressort du placard le principe mis en avant par Charles Pasqua, en 1993, et qui fait passer l’acquisition de la nationalité par une demande solennelle et obligatoire, principe aboli en 1998 par Lionel Jospin.

       Pourquoi pas. Sauf que là encore le principe est plus proche de la posture que de l’effet concret. La conséquence des lois Pasqua n’a pas été le ralentissement de l’acquisition de la nationalité, mais une croissance de la paperasserie. Quatre vingt quinze pour cent des jeunes gens concernés l’ont demandé, et obtenu.

       Tout cela a été dit et redit, dix fois, vingt fois, cent fois, mais on présente ce bégaiement comme une innovation. Comme il faut bien conclure et parler de ce dont on parle réellement, laissons le dernier mot au centriste Yves Jégo, délégué général de l’UDI. Il a le mérite de la clarté, et je le cite : « On n’endigue pas le Front National en devenant le Front National ».

       France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
« Ce slogan, c’est un projet politique »
Alors que des milliers de personnes bravent la répression et manifestent en Iran depuis une semaine, le régime des mollahs est-il menacé ? Nous analysons ce soulèvement exceptionnel impulsé par des femmes et qui transcende les classes sociales avec nos invité·es. 
par À l’air libre
Journal — Social
Mobilisation pour les salaires : pas de déferlante mais « un premier avertissement »
À l’appel de trois organisations syndicales, plusieurs manifestations ont été organisées jeudi, dans tout le pays, pour réclamer une hausse des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux, avec des airs de tour de chauffe avant une possible mobilisation contre la réforme des retraites.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Santé
La hausse du budget de la Sécu laisse un arrière-goût d’austérité aux hôpitaux et Ehpad publics
Pour 2023, le gouvernement propose un budget en très forte augmentation pour l’assurance-maladie. Mais les hôpitaux publics et les Ehpad ont fait leurs comptes. Et ils ont de quoi s’inquiéter, vu la hausse du point d’indice, la revalorisation des carrières et l’inflation.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — Défense
Défense française : le débat confisqué
Le ministre des armées répète que les questions militaires sont l’affaire de tous. En France, en 2022, tout le monde n’est pourtant pas invité à en débattre.
par Justine Brabant

La sélection du Club

Billet de blog
Cher Jean-Luc
Tu as dit samedi soir sur France 2 qu’on pouvait ne pas être d’accord entre féministes. Je prends ça comme une invitation à une discussion politique. Je l'ouvre donc ici.
par carolinedehaas
Billet de blog
Violences en politique : combats anciens et avancées récentes
Même si les cellules de signalement sont imparfaites, même si le fonctionnement de certaines d’entre elles semble problématique à certains égards, aujourd’hui, une organisation politique ou syndicale qui ne dispose pas a minima de ce mécanisme interne n’a plus aucune crédibilité sur le sujet des violences faites aux femmes. 
par eth-85
Billet de blog
Il n’y a pas que la justice qui dit le juste
Dans les débats sur les violences sexistes et sexuelles, il y a un malentendu. Il n’y a pas que l’institution judiciaire qui dit le juste. La société civile peut se donner des règles qui peuvent être plus exigeantes que la loi. Ce sont alors d’autres instances que l’institution judiciaire qui disent le juste et sanctionnent son non respect, et ce n’est pas moins légitime.
par stephane@lavignotte.org
Billet de blog
La diffamation comme garde-fou démocratique ?
À quoi s’attaque le mouvement #MeToo par le truchement des réseaux sociaux ? À la « fama », à la réputation, à la légende dorée. Autrement dit à ce qui affecte le plus les femmes et les hommes publics : leur empreinte discursive dans l’Histoire. Ce nerf sensible peut faire crier à la diffamation, mais n’est-ce pas sain, en démocratie, de ne jamais s’en laisser conter ?
par Bertrand ROUZIES