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Billet de blog 3 nov. 2016

Mon droit de réponse au Professeur Bernard Golse

En tant que porte parole du CCNAF (Comité Consultatif National d'Autistes de France), j'use ici de mon DROIT DE REPONSE au Pr Bernard Golse, Président de la CIPPA (Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes s’occupant de personnes avec Autisme)

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#Autisme et #psychanalyse : et si on s'était trompé...

Souvenez-vous, en 1986, le nuage de Tchernobyl se serait officiellement arrêté net à la frontière de notre pays… On sait désormais que la contamination a été sérieuse dans tout l'est de la France.  

En revanche, affirmer que notre pays est un des derniers à subir l’influence de la psychanalyse à tous les niveaux, notamment dans le corps psychiatrique, sur la question de l’autisme en particulier, ne relève pas de la fiction. Son influence culturelle a pourtant totalement disparu en dehors de nos frontières dans bien des domaines.

Laurent Mottron, professeur de psychiatrie, clinicien et titulaire de la chaire de neurosciences cognitives de l’autisme à l’Université de Montréal, écrivait dans un article du Monde, en mars 2012 : « La psychanalyse n’a rien à dire ni à faire avec l’autisme. La psychanalyse est une croyance, une pratique qui doit rester limitée à un rapport entre adultes consentants. On doit la sortir du soin, des enfants en particulier (et pas seulement de l’autisme). Je suis parti au Canada pour fuir cela il y a vingt ans »

La même année, dans le cadre de ses recommandations de bonnes pratiques, la Haute Autorité de Santé (HAS), établissait la nécessité du diagnostic précoce et, non sans provoquer de polémiques, désavouait officiellement la psychanalyse des pratiques « recommandées » pour l’autisme.

Le 13 octobre 2016, un groupe de parlementaires a déposé une proposition de résolution invitant le Gouvernement français à fermement condamner et interdire les pratiques psychanalytiques sous toutes leurs formes, dans la prise en charge de l’autisme car n’étant pas recommandées par la HAS.

Cela a fait vivement réagir le Président de la CIPPA, (Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes s’occupant de personnes avec Autisme), le Professeur Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie de l'hôpital Necker-Enfants malades et psychanalyste.

En tant que porte-parole du Comité Consultatif National d’Autistes de France (CCNAF), il est donc à propos d’user de mon droit de réponse.

Qui est donc le Professeur Bernard Golse ?

Pour commencer, il est de notoriété publique que, soucieux de ne pas « enfermer les parents (d’enfants autistes) dans un destin », il refuse catégoriquement la notion de diagnostic précoce et préfère parader à l’université Paris Decartes, faisant profiter de ses traits d’esprits son auditoire, allant jusqu’à insulter une communauté de plus de 600 000 personnes en France, qualifiant l’autisme comme étant une « pathologie empêchant d’être une personne. » 

Serait-il dans le déni de l’existence des nombreux témoignages de « personnes » autistes, dont certains peuvent également revendiquer le titre de « Professeur » ?

Concernant la question de l’autisme, le Professeur Bernard Golse déclare « prendre acte de la création du conseil national de la santé mentale (…) et espère vivement que les troubles envahissants du développement seront de la compétence de ce nouvel organe de réflexion. » Ce Monsieur semble beaucoup tenir à la notion obsolète et rejetée depuis longtemps par le monde scientifique, d’affilier l’autisme à un problème de « santé mentale », autrement dit, une « psychose ». L’autisme n’est pourtant pas une maladie. On n’en « guérit pas. » C’est une spécificité, une part de la neuro-diversité, une condition pour ne pas dire… un destin. On naît autiste, autiste on le reste toute sa vie et on meurt autiste.

Mais apparemment le Pr Bernard Golse « ne peut pas entendre ça ». Ferait-il une allergie aiguë à la science et à la recherche ou encore aux personnes autistes en mesure de témoigner ?

Heureusement, certains ne l’ont pas laissé se préoccuper de leur destin.

C’est le cas, entre autres, de l’acteur Francis Perrin, qui en présence de sa femme Gersende, s’est vu endurer un interrogatoire « culpabilisant » par ce même Professeur, qui, a défaut d’établir un diagnostic, a proposé « une mise en observation durant plusieurs semaines » de son fils en hôpital psychiatrique.

Ce n’est un secret pour personne. Le fils de Gersende et de Francis Perrin a ensuite été, diagnostiqué autiste par une équipe compétente.

Grâce à un accompagnement adapté et une inclusion en milieu ordinaire, loin des instituions psychiatriques, il évolue aujourd’hui favorablement vers une probable autonomie et, nous ne pouvons que lui souhaiter, vers une vie future d’homme épanoui.

Enfin, rappelons que le professeur Bernard Golse figure parmi les signataires d’une pétition soutenant le packing, méthode abandonnée partout ailleurs dans le monde, disqualifiée par la HAS et dénoncée comme acte de maltraitance par l’ONU qui a demandé à la France son arrêt. 

J’avais d’ailleurs moi même, à plusieurs reprises, publiquement qualifié cette méthode de « torture » et adressé une lettre ouverte, largement relayée dans les médias à son principal défenseur, le Professeur Pierre Delion, que je n’hésiterais pas ici, à qualifier de tortionnaire, à l’instar de tous ses soutiens. Après tout, pourquoi se gêner face à une corporation qui n’hésite pas à comparer les parents d’enfants autistes, les associations d’usagers, ainsi que toutes personnes s’opposant à leurs idées, à des « nazis» ?

Le Professeur Pierre Delion n’a jamais répondu à ma lettre ouverte. Je n’ai jamais été attaqué pour diffamation.

Quant au professeur Bernard Golse, quand on lui demande, après ses longs doubles discours « d’aller au bout de ses convictions », celui-ci semble briller par son silence.

Est-ce vraiment les personnes autistes qui ont le plus de problèmes de communication ?

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