lettre ouverte au président et au ministre de l'intérieur

Une réaction aux dérives sécuritaires de notre gouvernement

Hugues Leenhardt

1654 Route de Rans

13480 Cabriès

hugleenhardt@free.fr

Cabriès le 26 Novembre 2020,

 

 

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République et à

Monsieur le Ministre de l'intérieur,

 

 

Depuis lundi soir 23 Novembre, je ne cesse d'être préoccupé; je ne sais comment canaliser ma tristesse, mon indignation, ma colère. J'ai honte pour mon pays.

 

J'ai honte parce que mon pays la France refuse d'entendre le cri de ces exilés qui viennent chercher refuge dans mon pays, fuyant le leur, parce qu'ils ne peuvent y vivre dignement, fuyant souvent la guerre, la misère ou craignant pour leur vie. Ils viennent simplement avec l'espoir de trouver mieux ici.

 

Ils sont ici après avoir pris sur eux de nombreux risques pendant un parcours bien difficile.

Ils sont ici et nous leur devons un accueil, une hospitalité inconditionnelle.

 

J'ai honte de ce qui s'est passé place de la république à Paris lundi soir 23 Novembre 2020.

 

J'ai honte parce que j'ai la conviction pour notre démocratie que la force publique au service de maintien de l'ordre est au service de tous et doit donc avoir la confiance de tous les citoyens.

 

Je suis en colère aussi de voir que des journalistes sous pression, sont empêchés de faire leur travail en toute sécurité. Le droit de savoir est d'être informé est un droit essentiel pour les citoyens.

 

Je m'inquiète pour mon pays quand je ne peux que constater que depuis plusieurs années les politiques publiques mises en oeuvre actent de plus en plus un régime autoritaire, sécuritaire qui met en cause nos libertés fondamentales, qui met en cause les droits de l'homme, et les valeurs qui fondent notre démocratie, notre société. La loi sécurité globale , la loi à venir sur les séparatismes en sont les expressions les plus récentes, mais pas les seules.

 

Bien sûr c'est ici mon analyse avec toute sa subjectivité, et vous ne la partagerez certainement pas. Ce n'est pas ce que je demande, mais je suis fier de pouvoir l'exprimer dans mon pays, dans notre société si attachée à la liberté d'expression. Ce débat il est sain de l'avoir en toute transparence et sans se dénigrer les uns les autres. J'ose encore dire que c'est possible en France. Pendant les situations exceptionnelles et difficiles la raison doit primer. Il nous faut le recul la distance et ne pas céder aux peurs, aux réactions dans l'urgence.

C'est aussi pour cette liberté d'expression à laquelle je suis attaché, que je choisis « la lettre ouverte » qui me permet de partager cette adresse avec le plus grand nombre. Vous comprendrez ce choix je n'en doute pas.

 

Je sais que compte tenu de la situation exceptionnelle que nous vivons avec cette crise sanitaire, les décisions, l'action politique ne sont pas simples. J'ai du respect pour les élus que nous avons « mis aux commandes » du respect pour leur mission, leur engagement.

 

Pour autant je crois que cette dérive autoritaire du pouvoir n'est pas inéluctable ; cette dérive si elle se poursuit , nous en perdrons et la sécurité et nos libertés. C'est avec la force et les outils de la démocratie que nous devons faire face aux crises (sanitaire, climatique, terrorisme ) tout en restant unis.

Face à ce que je nomme un « désastre imminent » j'opposerai ma modeste résistance citoyenne ferme et déterminée pour défendre ce qui fait pour moi l'essence de notre démocratie et toutes les valeurs qu'elle porte et auxquelles je crois. Je ne souhaite pas rester dans une posture critique mais ma résistance est une résistance constructive par les actes concrets simples du quotidien que je pourrai poser dans ma vie de citoyen ordinaire (consommation, actions associatives, désobéissance civile quand il le faut..) et une résistance spirituelle pour rester vigilant sur ces dérives que j'ai évoquées et que je continuerai à dénoncer ; une dynamique constructive porteuse d'espérance et guidée par la liberté, fraternité égalité, les valeurs de notre république.

 

J'ai l'espoir que vous lirez cette lettre et j'attends avec impatience de connaître vos réactions quant à mon inquiétude, ma tristesse, ma colère, ainsi que vos réactions quant à ce qui relève de mon analyse de ce que j'ai nommé une dérive autoritaire désastreuse du pouvoir.

 

Je ne sais si celles-ci permettront d'éclairer ma route de citoyen ordinaire qui prend sa part dans la construction d'une société de fraternité, de liberté, d'égalité.

 

Veuillez croire monsieur le Président, monsieur le Ministre de l'intérieur en ma ferme détermination.

 

Hugues Leenhardt

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