LA CITE ECOLOGIQUE : Se réapproprier l’esprit.

Par une réappropriation de l'esprit chacun vivra sa liberté en communion à celle des autres humains et hymne à la Nature.

 

                    Serge Audier, dans son ouvrage éponyme dresse le cadre de ce que pourrait être  la cité écologique et du chemin qui y conduit. Il appelle à s’inspirer notamment de « l’éthique de la terre » que théorise Aldo Léopold. Il y voit le commencement d’un dépassement du clivage entre républicanisme et écologie (p. 159). Mais si cette éthique entend être propre à répondre aux insuffisances de l’éco-anarchisme, encore lui faudrait-il selon l’auteur contenir les excès d’individualisme propre à ce courant de l’écologie par une autre voie que l’invention d’une conception holiste affirmant, en son rejet de tout anthropocentrisme, le primat du tout sur les parties.

          La conception proposée dans ce blog affirme au contraire le primat des parties sur le tout et découvre en ces parties la capacité d’une liberté que Serge Audier va nommer « une liberté solidaire et générative» (p. 283). Une société humaine ne peut pas s’édifier si la grande majorité des humains qui la composent ne participent pas avec spontanéité  et conviction à son essor.

Le seul mouvement ne peut cependant être celui qui va de la périphérie vers le centre. Les citoyens doivent peu à peu édifier les institutions propres à soutenir l’exercice d’une telle liberté. L’éthique de la terre indique Audier « compte sur la  responsabilité écologique des propriétaires ». Or la cité écologique ne peut être une République de propriétaires.

 

Le droit de propriété est selon nos systèmes juridiques un droit direct portant sur une chose, un bien. Un droit dit réel. A ce titre il constitue une catégorie propre. Il est opposé aux droits  personnels, telles les créances. Celles-ci résultent d’un contrat, d’une convention. Les créances obligent une ou quelques personnes envers d’autres personnes. Le droit dit réel est lui opposable à tous et signifie l’emprise totale qu’a sur la chose le propriétaire. Il peut se transmettre par contrat mais ne se crée pas par ce moyen. En le déclarant réel, les puissants ont privatisé le bien concerné, en ont privé tous les autres. Ils ont usé de leur puissance pour faire croire qu’il existait à l’état naturel, qu’il existait en soi alors qu’il n’est qu’une création du législateur. Un billet récent de ce blog dénonce cette imposture.

Certes il aurait été possible de créer un tel droit dans notre système juridique, il aurait été conventionnel et il resterait par nature un droit personnel. Le législateur aurait alors engagé les citoyens qu’il est sensé représenter, les citoyens actuels et futurs, à respecter l’opposabilité  universelle propre à ce droit. Mais il était plus opaque de le dire réel par nature. Sinon il aurait fallu le décrire, préciser l’étendue de l’engagement consenti.

Préciser notamment  que la propriété d’un bien permettait une extension illimitée de ce bien et le soustrayait à tous ceux dont il était l’unique instrument de travail, que la propriété constituait une liberté fondamentale, mais liberté qui permettait à un seul d’anéantir celle de milliers d’autres. Liberté bien éloignée de celle solidaire requise par la cité écologique.

Le droit de propriété se divise en trois attributs. Le droit de disposer qui en latin est nommé, bien nommé,  abusus. Le droit à l’usage, l’usus. Le droit aux fruits, fructus. Dans le nouvelle Cité, écologique et humaine, l’abusus doit être socialisé pour la meilleure  et pleine sécurité des détenteurs de l’usus et la légitime attente d’une distribution équitable du fructus.

 

L’inquiétude de Serge Audier en ce qui concerne l’adhésion des citoyens à une liberté solidaire rencontre la préoccupation principale de ce blog qui  est de faire retrouver le vrai sens de la liberté laquelle, bien davantage que l’amour, m’a paru être le levier de tout progrès vers l’humain. Une réappropriation de l’esprit par chacun constitue selon moi la voie pour y parvenir. Cette hypothèse peut se prévaloir  d’un ancrage ontologique, le plus fort des ancrages qui soit.

Une telle réappropriation ne peut résulter que d’une double révolution.

Une révolution conceptuelle a souligné Thomas Nagel, ainsi qu’il a été indiqué dans l’avant dernier billet de ce blog. Elle consiste à se départir de l’unique considération pour une science matérialiste, proclamant un naturalisme et un  physicalisme impérialiste. Le Réel est constitué de matière et d’esprit. Le physique  n’explique pas tout et son horizon porterait court s’il n’y avait l’esprit. L’esprit existe.

Une révolution spirituelle. Que chacun vive sa liberté en se réappropriant l’esprit. Un temps de réflexion peut suffire pour peser les raisons sérieuses d’adhérer à l’existence de l’esprit. Se le réapproprier  sera certainement une affaire de générations. Mais cela se fait dans l’action, tous ensemble,  et il y a urgence.

Le cap est situé. La mesure est à conserver. L’engagement doit être total.

 

 

 

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