JOUR DE LUMIERE

Et la lumière fût. Elle a éclairé la Ténèbre.

 

              Voici que je prends conscience de ce que le « modèle de monde » proposé dans ce blog  tient debout. En ces temps troublés, le monde des hommes va pouvoir y trouver une boussole, oserai-je dire sa boussole.

              Une telle affirmation ne fait pas obstacle à la modestie. J’expliquerai un jour que cet aboutissement est le fruit d’une certaine rigidité intellectuelle.

                L’homme va pouvoir s’y reconnaître une origine,  qui n’est autre que  celle de l’univers,  le comblant de sa promesse d’infini bonheur.
                Il va pouvoir y mesurer l’adéquation de son milieu de vie en y découvrant la  promesse d’une conciliation  vivifiante. Sous le titre un peu rébarbatif de « monisme dual », se décrit un milieu  assuré de voir corps et esprit vivre en harmonie.
                 L’homme va enfin s’inventer une nouvelle relation au temps, une nouvelle temporalité.

                 En cette temporalité tout se joue.

                 Mais cela n’a du jeu que la passion qui peut un instant s’égarer dans l’éphémère compétition tendant à un gain très vite abandonné à la réjouissance communiée des joueurs. Cela n’a du jeu que tout le plaisir, le bonheur même, retiré d’un amusement faisant redécouvrir l’enfance. Cela a la pleine réalité d’un parcours qui doit conduire à l’inouï, faire traverser des chemins luxuriants, s’abandonner en des clairières fleuries…J’arrête, le poète saura lui chanter toutes les harmonies d’une partition sublime.

               Pour le moment c’est une réalité dure qui nous attend. Nous avons trop longtemps joué les apprentis sorciers. Il nous faut retrouver le cap, mettre ensemble toutes nos forces unies pour tenir une barre affolée. Ne perdre aucun de nous dans la tempête. Nous sommes bien nombreux, ayant essaimé sans préparer les ruches. Il nous faut partager des ressources maintenant à peine suffisantes pour nous nourrir tous, nous faire accéder tous, noirs, jaunes, rouges et nuancés, à ce qu’on appelle une culture,  à la vie de l’esprit.

 

 

 

L’origine

                        Nous sommes nés de la liberté, programmés pour la liberté et par elle, c’est dire que le programme est souple.

                         La liberté, pas encore la valeur  sous la forme que les hommes ont inventée pour la contempler, idéal bafoué, lieu des discours menteurs et des commémorations trompeuses. La liberté, en sa réalité primitive qui sera à restaurer, on n’oserait dire en germe ou encodée, car, à raison, le anti -finalistes de tous poils hurleraient et les déterministes triompheraient. Une puissance libératrice.

                         Un homme est un sujet, non assujetti ou dominant, mais agent de son destin et qui a pris conscience que c’est à lui d’exercer sa part de liberté comme un multiplicateur afin que la liberté vécue en communion côtoie les infinis du bonheur. Place ici encore au poète.

                           Un homme libre est un être autonome, c’est-à-dire maîtrisant ses envies pour en faire des projections vers l’autre et recevant de celui-ci le centuple de ce qu’il lui aura apporté. Ensemble les hommes libres célébreront en leur communauté l’intense jubilation de leur réunion.

                              L’adhésion, en un milieu de vie restauré et harmonieux, rend la contrainte déplacée, l’entrave exceptionnelle, la subordination inconnue entre sujets de Droit ayant des prérogatives analogues.

 

                               Les fins analystes des corps et des esprits ne manquent pas pour décrire les processus complexes qui peuvent rendre compte de ce qui fait d’un homme un agent de liberté, un libérateur. Il se trouve que, grâce au confinement qui aujourd’hui s’achève, j’ai entre les mains le premier numéro de la Revue Philosophique 2018 sur laquelle j’ai déjà écrit. Denis Forest s’y interroge sur la validité, l’universalité et l’exhaustivité de l’ontologie savante qu’approfondit Georges Chapouthier.

                                 Sa validité, la question porte sur sa confirmation empirique. La confirmation de mon propos  ne peut encore se lire que dans sa cohérence. Ce propos a par ailleurs été maintes fois confronté à des situations qui, selon moi, ne l’ont pas pris en défaut.

                                    Son universalité, en la prétention de l’ontologie de Chapouthier d’être pertinente aussi bien dans la sphère cosmique que dans l’espace biologique où elle est plus spécifiquement élaborée. Je n’ai aucune prétention de cet ordre. Mais l’universalité est essentielle à mon propos. C’est au seul niveau mondial que se pourront traiter les problèmes qui se posent à l’homme.

                                         Son exhaustivité. Chapouthier a construit son ontologie sur deux principes, la juxtaposition et l’intégration. C’est très intéressant pour mon propos, j’espère bientôt le nôtre, car cela conduit notamment Chapouthier à envisager des structures « où le tout laisse une large autonomie aux parties ». Mais voici que Nelson Goodman introduit d’autres principes dont celui de « la suppression ». Je ne sais ce qui se dissimule là-dessous, mais le mot évoque pour moi celui d’abolition, que j’ai pris à Cynthia Fleury. Certes, il convient d’éradiquer bien des pratiques, de corriger bien des comportements, mais en ce qui s’est fait se discernent bien des avancées qu’il convient d’accomplir. Et il y a tant de blessures qui ne pourront être supprimées, ni oubliées. Le mot de réparation s’inscrit en grand dans le programme.

                                      

 

Un monisme dual

 

                      Un monisme, c’est dire que nous sommes appelés à vivre dans un monde qui ne comporte pas d’arrière monde, qui a en lui sa raison suffisante. Elle est un élément de l’origine.

                        Dual, car deux éléments y cohabitent, du matériel et de l’immatériel, le corps et l’esprit. Chez Spinoza les deux attributs de la substance étaient l’étendue et la pensée.

                        Ce sont deux récalcitrants à l’union. François Loth, auteur de «Le corps et l’esprit »,  m’a soufflé le terme de conciliation et je prends seul la responsabilité de l’extension que je donne au phénomène et sans doute à ce qu’on met sous le mot esprit.

                        François Loth traite de la causalité mentale. Esprit, ça commence par être le mental, la pensée qui me vient qu’il y a un pot de confiture dans le placard et qui va me mouvoir vers celui-ci. La question, on peut écrire des volumes pour y répondre, est de savoir comment une pensée « immatérielle » a pu avoir une conséquence physique, mon mouvement. Pour moi l’esprit est beaucoup plus que ce mental, il faudra des bibliothèques pour le décrire : toute la créativité humaine, scientifique, artistique…un peu de mysticisme peut-être, etc….

                         Descartes a échoué pour nous convaincre de l’union du corps et de l’âme. La théologie chrétienne a échoué à convaincre de ce que, si l’important était le ciel, la terre avait quelque signifiance. La démarche de Loth montre que si l’on part d’une réalité physique on peut la concilier avec une vie de l’esprit, les marier, et presque indissolublement, mais pas les fusionner.

 

Une nouvelle temporalité

 

                        J’ai opposé à Pascal Séverac, disciple de Spinoza, que vivre éthiquement était de vivre la durée dans l’infini et non, selon sa conception, l’infini dans la durée. Cela mérite explication.

                        La chose est fort compliquée et a maintes fois été reprise dans ce blog. Nous vivons dans l’infini, car l’origine n’a pas de commencement et ne voit pas de terme à ce qu’elle a non pas initié mais animé en le souffle libérateur qui, inhérent à l’existant originaire, le porte en son développement. Nous vivons dans une durée qui nous dit Spinoza est une période indéfinie.  Notre histoire n’a pas  l’inconsistance que lui prêtent les tenants de l’inexistence du temps ou d’une éternité, refuge de notre espérance. Nous y vivons certes un espoir mais surtout nous travaillons à ce qu’il se réalise.

                         A tous les penseurs qui placent la contingence au firmament de la compréhension des choses nous opposons une temporalité qui fait de notre Histoire le temps des bâtisseurs. Nous, j'ai mis nous, je ne veux pas en revenir au je.         

 

 

                         

 

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