E T R E - 2 - LA TREMIERE, MONNAIIE LOCALE DE L'AUNIS

A l'artificialité des monnaies mercantiles la monnaie locale substitue un moyen d'échange proche de l'humain, créateur de lien, apportant une identité rayonnante aux communautés que vont constituer ses utilisateurs. Elle s'inscrit dans le réel humain et constitue le système d'affectation des ressources le plus propre à satisfaire la meilleure distribution des biens et richesses devenus plus rares.

 

         Je voudrais tout d’abord insister sur la copule qui devrait prendre la place de la virgule dans mon titre. Celui-ci deviendrait alors : la Trémière EST la monnaie locale de l’Aunis. Je rappelle qu’une copule est un lien, le verbe être est à ce égard une copule reliant le sujet à un attribut. Une monnaie locale est bien davantage, «  être » également, qu’une copule , bien que ce soit, on va le voir, un très nécessaire liant.

         Ce blog reste quasiment anonyme à cause de son ambition démesurée. Démesurée au regard de la taille de son auteur, à raison également de sa prétention, si étrangère au vide actuel de la pensée : restituer à toute réalité sa dimension ontologique, c’est-à dire la réintégrer dans cet élan libérateur qu’elle tient du fait qu’elle est , qu’elle peut être dite être,  qu’elle est une réalité authentique, appartient au Réel. La langue allemande a un mot (Wirklichkeit) pour  distinguer cette réalité  de cette réalité banale et triste (Realität), purement contingente, souvent dite réalité pour servir des intérêts et se faire passer pour incontournable alors qu’elle est parasitaire , telles les lois économiques qu’un Macron veut nous imposer comme intangibles. J’aime à cet égard rappeler, quitte à lasser, ces paroles de l’historien Patrick Boucheron dans son discours inaugural au Collège de France et qui invitaient à : « faire front  à l’entreprise pernicieuse de tout pouvoir injuste, consistant à liquider le réel au nom des réalités ». On avait salué à l’époque cet heureux événement : la gauche avait trouvé son penseur. Encrons en nous cette réquisition de faire front à la liquidation du Réel . Ce blog s’est donné pour mission de défendre ce qui est réel et ne doit pas être liquidé. La monnaie locale paraît bien s’insérer dans un réel humain.

     Dire que la Trémière « est » conduit à vérifier son ancrage dans le réel et donne l’occasion de dire que par là elle appartient au domaine du nécessaire et non du contingent, de l’accidentel et qu’elle peut nous aider à vivre. A cette vérification beaucoup apporteront des pierres plus substantielles. Ma participation à son lancement ne date que de ce samedi 7 décembre et je n’ai qu’une connaissance externe et ténue du sujet.  Mon exposé sera donc très subjectif et incomplet. Il tente de dire le potentiel de la monnaie locale (MLC) en trois domaines : la survie, le lien humain fondé sur une identité forte, la confiance retrouvée qui consolide ce lien.

 

La survie

     Une fiction, un téléfilm, m’en fournit l’exemple tiré du réel. Le maire d’un bourg d’Autriche lit, en 1932, un théoricien précurseur en matière monétaire. Nous sommes en pleine montée du nazisme, en inflation galopante et cependant en chute de la  production. Il y a dans le bourg une fabrique complètement arrêtée. Les commerçants ne trouvent plus de consommateurs solvables. Créer une monnaie est complètement interdit. Ils vont accepter de recevoir en paiement les certificats de travail que les ouvriers réembauchés recevront en rémunération de leur travail retrouvé. La fabrication repart, des richesses sont créées, le commerce reprend.

     Nous pouvons constater que outre les consommateurs deux  sortes d’acteurs sont à l’œuvre.

     Tout d’abord les institutionnels. La pugnacité et le courage d’un maire ont été le facteur déclenchant. Nous sommes en période d’élections municipales, cela peut donner une idée.

     En second lieu les prestataires, qui se subdivisent en producteurs, de biens ou de services, et en intermédiaires, les commerçants.

     Il convient d’apporter ici une précision. La monnaie locale est aujourd’hui légale mais à condition de n’être que complémentaire, c’est-à-dire convertible à chaque instant dans la monnaie officielle, nationale, actuellement l’euro.

      Les producteurs constituent donc le socle de la monnaie locale. Les commerçants seront dans de nombreux cas obligés de convertir en euros la MLC reçue, en notre cas les Trèmières , pour se ré-achalander. Or il importe que le stock de Trémières qui subsiste en permanence soit le plus stable, et donc le plus grand possible. Les producteurs qui apportent la plus grande valeur ajoutée créée localement sont donc les piliers d’une masse monétaire fondatrice.

     La monnaie locale encourage donc la production locale.

     Elle contribue à créer entre commerçants et consommateurs ce lien humain et de confiance que l’on va voir  essentiel.

 

Une identité créatrice de lien

 

     Dans la période où est sorti le film « Demain » j’ai été frappé par un documentaire, ou était-ce dans le film lui-même, dans lequel une communauté très fervente, sans doute asiatique, ou latino, fêtait dans une joie immense, la création de sa monnaie locale. Je ne sais si  cette création lui était si essentielle parce que minoritaire cela lui apportait la dignité d’une reconnaissance et consacrait son identité. Il y avait là, même alors qu’il n’est pas à consolider pour s’opposer ou se distinguer, une illustration du lien très fort et réel existant entre une monnaie et la communauté qui l’utilise.

     Cultivons comme un germe l’aspiration encore trop faible sans doute à resserrer nos liens communautaires, osons dire fraternels, ce dont l’adoption d’une monnaie locale serait un heureux adjuvant et un éventuel stimulant. A une époque charnière où l’addiction matérialiste à la marchandise nous détruit et où l’appel est fait à une frugalité salvatrice transformons nos mentalités comptables et nos échanges déshumanisés en gestes de reconnaissance réciproque et de transmission conviviale. Découvrons dans la fraternité retrouvée la vanité de nos possessions et la richesse de la gratuité relationnelle.

     Notre identité d’aunisien,  que la Trémière vient enrichir d’un nom,  crée un commun de proximité qui  au surcroît,  dans une période de mobilité couteuse pour l’environnement, constitue un bienfaisant relai pour les plus larges solidarités. Ce nom fut adopté dans les tout premiers temps de conception de cette monnaie, en juin 2017. Mon épouse et moi débarquions tout juste à La Rochelle et avons voté pour le choix du nom dans l’ignorance totale des tenants et aboutissants de ce choix.. Parmi les noms à choisir il y avait je crois le bulot et l’Aunis. Nous découvrions l'existence ce ce Pays et son nom mais il nous a paru très approprié. La prévention à l’encontre du bulot était au fond fort hâtive car l’honneur de servir pouvait faire sortir cet animal de sa coquille et lui permettre d’irradier son bonheur d’unir les hommes. La Trémière nous agrée pleinement. La fleur déborde de beaucoup le Pays d’Aunis, mais loin d’y voir un esprit d’annexion il faut lui accorder un esprit d’ouverture. Au surplus, lors de nombreux séjours dans les sables de Saint-Georges- de-Didonne, pays voisin, la Trèmière a pour nous bercé de très belles heures et,  de se satisfaire de sable, elle  n’est pas pour cela enracinée sur l’éphémère.

 

 Un lien inscrit dans la confiance

       C’est devenu un lieu commun : notre société se dissout, se fracture faute de confiance.

      Une fable est souvent racontée à ceux qui se risquent à se pencher sur la monnaie locale. Un voyageur donne un billet à un hôtelier pour réserver une chambre. Avec ce billet l’hôtelier paye une dette et son créancier, recevant son paiement fait de même et ce même geste se reproduit maintes fois,  ramenant le billet chez l’hôtelier qui avait lui-même un débiteur. L’hôtelier retrouve le billet au moment où deux voyageurs surviennent. Celui qui avait réservé mais renonce et un second qui va bénéficier de la chambre rendue libre. L’hôtelier tend le billet au premier voyageur qui le déchire disant : « il est faux ».

     Le faux  billet, en circulant, a éteint une dizaine de dettes. Son pouvoir libératoire a reposé entièrement sur la confiance. On remarquera que pas davantage que les certificats de travail autrichiens il n’avait un caractère complémentaire.

     On peut rêver d’une monnaie qui ne serait pas complémentaire, reposant entièrement sur la confiance car non adossée à une monnaie officielle. Des organismes de compensation en assureraient la convertibilité avec les autres monnaies locales. Les citoyens organiseraient librement leurs échanges. Chaque monnaie serait supplémentaire et apporterait un supplément d’âme.

     Nous aurions édifié une fédération de communautés, humaines et ouvertes.

 

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