Le défi climatique - Vive la femme européenne.- L'écologie prétexte

Comment un débat de lycéens vient parachever un discours.

 

            Prendre l’allure d’un politologue n’est pas le devenir. Sans l’information pour l’être, il est malgré tout permis d’avoir quelques idées.

            Claire Nouvian, par sa magnifique lutte océane, donne de l’épaisseur à la candidature Glucksmann en cachant l’apparente perversité de la démarche : ajouter à la division en vue d’unir. L’apparence n’est peut-être que paradoxe si la menace d’un vraiment trop fait renoncer plusieurs. Mais si les ralliements sont nombreux pourquoi n’est-il pas prévu que la tête de liste sera reconsidérée.

            Michèle Rivasi vient apporter un réconfortant verso au recto à l’effigie Jadot. Lavée de tout soupçon d’être anti-vaccin, une remarquable exécution de son mandat européen donne à l’écologie un renfort et un parler vrai rectifie les approximations de sa tête de liste. Aux paroles ambigües de la page un que leur auteur est obligé de rectifier, elle ajoute des paroles très fermes disant un engagement précis. Oui, pour elle les valeurs sur lesquelles se fonde l’écologie se situent  à gauche et sont clairement dites incompatibles avec le capitalisme.

            Pourquoi donc tant de constance, d’obstination chez Yannick Jadot pour se refuser à avouer la chose ? Ce ne semble pas être cette inconsistance de conviction qui chez beaucoup de Verts leur ont permis de faire carrière là où la place importait davantage que le faire. La conviction écologique de Mr Jadot a un passé, un enracinement. Il y a certainement chez lui une ambition pour soi-même, elle est très partagée mais ici elle abîme un projet tellement décisif. L’intention également de ratisser large, mais la dissimulation a trop souvent conduit à l’obscurcissement de son propre regard.

            A vrai dire une bonne politique écologique doit en tout premier lieu situer les lieux de pouvoir où se prennent les décisions qui conduisent au désastre environnemental et ce sont bien les lieux où la manne financière s’accumule, se distribue, s’enivre d’elle-même et nous dévoie. Le culte de l’argent est le premier des maux auxquels doit s’en prendre une écologie conséquente. L’attrait de la richesse et de la consommation n’est certes ni de droite ni de gauche, mais sont de » droite ceux qui en déploient les aspects les plus délirants, qui maîtrisent les instruments pour en éblouir le badaud et mettre en mouvement ce mécanisme sociologique bien mis en évidence par Tarde qu’est l’imitation.

            La gauche, non pas celle géographique mais celle de contenu est la seule armée pour faire face au défi climatique, et ce pour plusieurs motifs dont celui majeur qu’elle introduit la raison là où la droite ne connaît que l’intérêt.

            De cette raison un Etat débarrassé de sa domination par l’argent, première étape difficile, peut démocratiquement se servir pour orienter les flux financiers, vaincre toutes les tricheries,…. instaurer une indispensable tempérance dans la justice.

 

            Les points de suspension marquent une interruption. J’ai donné à la phrase commencée son achèvement minimum. L’interruption fut d’aller écouter, dans une clairière d’un parc urbain, un débat de lycéens. C’était hier, 15 mars 2019.

            Je n’ai pu prêter suffisante attention aux détails de leurs interventions tant montait en moi un cri que je n’ai pu taire. Il y a soixante dix ans, j’étais comme eux, à imaginer le monde dans lequel nous aurions voulu vivre. Et j’ai voulu leur dire : cela suffit, retirons le pouvoir à ceux qui le détiennent, pour qu’enfin s’accomplissent non point nos rêves mais nos volontés d’un vrai monde.

            Pour cela il est nécessaire de mobiliser, unir et préserver l’élan.

            Mobiliser – Ce que n’a pu faire la lutte anticapitaliste, l’urgence environnementale le fait. Les deux combats se révèlent aujourd’hui un. Il s’agissait de vivre. Il s’agit de survivre. Pour enfin vivre.
            Dans nos combats qui se sont prolongés sur tant de décennies nous envisagions l’expansion d’un monde sans limites dont nul ne serait exclu. En leur combat d’aujourd’hui ils élaborent l’art de vivre la tempérance en convivialité. Un combat si empreint d’esprit de paix.
            Curiosité, le mot mal est plusieurs fois revenu. On buvait du jus d’orange, mais aussi de la bière tout en disant pas trop d’alcool, c’est mauvais pour la santé, mais c’est également mal pour la planète. J’ai tenté d’échapper à ce qu’un ami critique nommait mon héritage judéo-chrétien, la distinction du bien et du mal. Comme si, en cette clairière, celle-ci pouvait  être reprise, naturellement.

           

            Unir  -  S’en est revenir à nos premiers moutons, ceux du berger Raphaël. Mais il ne s’agit plus de réunifier la sociale- démocratie, qui exerce les bribes très insuffisantes de pouvoir que lui laisse un système qui en détient les clefs et s’apprête sans cesse  à tout récupérer. Il s’agit de prendre ce pouvoir, non point pour l’exercer tel quel, mais pour le dissoudre au profit de tous.

 

            Et  ainsi préserver l’élan – Chez nos jeunes lycéens l’anarchie a été évoquée, synonyme pour les uns de chaos, pour d’autres de désordre guérissable, pour d’autres encore de principe en lui-même fécond.

            Je note que mon droit subjectif personnel, mon billet 12 du 11 mars, en permettant aux échanges « juridiques » entre les personnes de s’exercer sans domination, fait échapper ces échanges à une sphère étatique, et réduit d’autant le danger de voir accaparer le pouvoir d’un Etat par les « puissants ».

 

            Je vais, en ce 16 mars, vers un  débat « d’adultes ». La pluspart ont quasiment renoncé  à se voir dans une société dont la domination serait l’exclu. Ils ne croient pas en « la puissance de leur liberté », mon billet du 20 février. Tout dans ce blog se complète, il se construit brique à brique.

 

 

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