A B O L I T I O N

Faire table rase d'un passé où la jungle a recouvert la planète, pour redonner la maîtrise aux citoyens du monde.

 

    Je reviens sur une un mot utilisé par Cynthia Fleury dans le poscast à l’origine de cette séquence de billets, commencée le 13 : abolition.

            En  parlant avec une mémoire de plus en plus lointaine je ne pense pas la trahir en disant qu’elle visait essentiellement notre système socio-économique, qu’il conviendrait de radicalement reconsidérer, d’abolir, pour tout reconstruire à nouveaux frais. Là encore je référerai à Steve Keen. Cela ne pouvait que concerner également nos dispositions mentales, appelées comme Descola le souligne (dernier billet) à un profond remaniement .Le mental toujours accompagne l’action.

            En ma conception l’abolition est d’un autre genre. Il s’agit de ne pas concéder à ce donné intuitif : que tout inexorablement périt,  est contingent, et de convertir son mental à l’idée d’infini. Et nous habiterons l’infini. Le factuel se conformera à l’idée.

            J’ai quelque part glosé une proposition de Patrice Sévérac figurant dans son ouvrage : « Le devenir actif chez Spinoza » : « Percevoir l’éternité dans la durée » tel serait l’enjeu du devenir actif, la voie pour « conquérir l’œil éthique », pour bien vivre la durée. L’éthique dont se trouverait là l’improbable définition.

            Tout aussi improbable que celle de cette spiritualité chère à Dominique Bourg et vers laquelle s’évertuait Guy Coq dans une livraison de la revue « Autrement ». Guy Coq qui, après s’être livré « en chrétien » à un combat révolutionnaire s’apercevait qu’il avait perdu le sens du « parce que chrétien », le sens de la verticalité, pour, selon lui, entièrement succomber à l’ « horizontalité ». Il est à cet égard curieux de constater que beaucoup de ceux qui, dans les années soixante, sont venus au combat révolutionnaire extrême sont brutalement passés à une spiritualité frisant le mysticisme.

            « Habiter l’infini » est la voie pour ne pas « perdre l’âme » en « tuant l’ennemi », recours extrême, à éviter. La voie pour ne pas perdre ce que l’on attribuait à la verticalité, tout entier contenu en l’horizontalité et ne pas vivre celle-ci come une jungle. Cette jungle que n’évite pas la verticalité, à laquelle même cette dernière conduit, expliquant cette énigme sur laquelle bien des penseurs ont achoppé, la soumission du grand nombre, la servitude consentie.

Habiter l’infini ou ne pas oublier l’être.

            Aujourd’hui verticalité et horizontalité se sont sécularisées. Le Roi étant devenu Président et celui-ci Jupiter il convient de le reconduire à la place qu’il n’aurait jamais dû quitter, celle se situant au milieu de son peuple. A  la condition que sans lui se puisse trouver ce milieu, cette harmonie des a priori  incompatibles.

            Le peuple n’est rien, les citoyens sont tout. Le milieu ne sera atteint que si chacun s’oublie un peu, porte avec lui l’intérêt et un peu de l’aspiration profonde de chacun de ses voisins, n’oublie pas cette liberté qui est l’être vivant en lui et qui vit également en les autres. Elle ne vivra que si elle vit en tous et en chacun et alors sa lumière jamais ne s’éteindra.

 

            L’abolition pour moi résonne douloureusement mais la souffrance est couverte par l’espoir. Les épreuves qui attendent l’humanité sont grandes, elles sont peut-être nécessaires pour faire table rase, abolir un passé, éloigner les fauves qui ont pris possession de notre monde et redonner la maîtrise à SES CITOYENS.

 

 

 

 

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