RETROUVER LA VERTICALE

Nous avons, écrit Paul Ricoeur, "à reconquérir une notion de l'être qui soit affirmation vivante, puissance d'exister, et (je souligne), DE FAIRE EXISTER".

Dans son maître ouvrage publié en 1962 Etienne Gilson attribue l’échec de la métaphysique à son erreur sur la notion d’être. Quelle importance estimera le lecteur pressé, et il passera à la rose dont le parfum l’enivrera jusqu’à ce qu’il se rende compte que lorsqu’il s’y est intéressé elle était déjà fanée. La dernière entourloupe de l’Education nationale, inviter les candidats au bac à justifier les politiques de flexibilisation du travail, exemple de « l’ambition hégémonique du néolibéralisme », de son « totalitarisme » selon mes camarades, apparaîtra comme un épisode mineur d’une entreprise de négation de l’homme plongeant ses racines bien plus profond et  révélera combien la liberté que promeut le néolibéralisme est monstrueusement liberticide. Ces racines, l’ontologie, branche majeure de la métaphysique, peut seule les resituer à leur place.

Corine Pelluchon ouvre son livre « Réparons le monde » sur cette citation de Paul Ricoeur, dont l’usurpateur salit la mémoire : « Sous la pression du négatif ,des expériences en négatif, nous avons à reconquérir une notion de l’être qui soit affirmation vivante, puissance d’exister, et de faire exister ».

C’est à contribuer à une telle reconquête que je consacre mon blog, bien délaissé par les amateurs de roses. Je m’en suis plaint dans le billet publié le 15 juin.

En se développant la pensée qui se forme dans ce blog est fort audacieuse, peut être outrageusement et c’est pourquoi  je voudrais trouver des interlocuteurs pour en discuter. Elle est difficile car très contre-intuitive, mais la théorie du bloc-univers que proposent certains secteurs des sciences physiques ne l’est pas moins quand elle donne une notion du temps qui se refuse à l’intuition mais  qui me paraît comporter beaucoup de réalité : le côté infini des choses dit que tout est déjà écrit, le côté temporel que nous en écrivons chaque jour le récit ; même la rose, peut-être, en bénéficiera. Encore faut-il parvenir à  concevoir qu’infini et temps se côtoient, se mêlent, se complètent, que la temporalité n’est pas du tout ce que nous croyons. Le Monde du 28 mai fait la recension du livre de Marc Lachièze-Rey  « L’Age de l’univers », qui montre, peut-être démontre, que les 13,7 milliards d’années qui nous séparent du bing-bang n’ont aucune valeur horlogère.

Nous n’avons pas à envier le cancrelat de Bruno Latour, celui de Kafka, qui a fait sa métamorphose en une nuit mais l’époque appelle chacun à une complète révision, de comportement et également de pensée. Le monde, cela me paraît établi, est constitué d‘au moins deux matériaux, matière et esprit. Il faudra faire place à l’esprit (billet du 15 mai), le faire vivre ainsi que l’être. Il n’est, selon la conception défendue, ni esprit pur ni matière pure. Séparés, l’un et l’autre s’étiolent ou se démonisent.

La liberté en cette conception devient l’arme décisive, sous peine de mort (toujours provisoire ?) l’humain doit y faire sa place à l’esprit. Elle est alors éprise de la liberté d’autrui autant que de la sienne, elle est solidaire, elle est gage de vie.

 

 

 

 

 



 

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