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Billet de blog 26 nov. 2021

L'énigme univers

Retrouver le sens de l’univers s’il en a un, donc du sens, est chose essentielle. Nos comportements erratiques pourraient peut-être y trouver matière, s’en inspirant, à resituer le monde sur le chemin du progrès humain.

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          Retrouver le sens de l’univers s’il en a un, donc du sens, est chose essentielle. Nos comportements erratiques pourraient peut-être y trouver matière, s’en inspirant, à resituer le monde sur le chemin du progrès humain.

          En fait nous avons renoncé à lui trouver un sens. Certes chacun peut adhérer individuellement à un sens, et nous pouvons nous regrouper par famille d’esprit, selon l’attachement plus ou moins grand à l’universel ou à l’identité par exemple, mais il s’agit toujours de se référer à une séquence de l’histoire et non au terreau où elle prend racine qui seul peut fournir un repère certain. Les religions qui prétendaient le faire ont échoué à agréger la multitude et à structurer une société apaisée. L’esprit étroitement scientifique s’est imposé et nous vivons sous le règne du naturalisme occidental conquérant. Le physicalisme a la prétention de pouvoir tout expliquer dans l’avenir et tout régir aujourd’hui. Tout ce qui est antérieur au bing bang lui échappe. Ce serait le domaine d‘une activité spéculative, la métaphysique et notamment  l’ontologie, mais il les rejette, préférant considérer que ce dont il ne peut pas connaître n’existe pas ou au moins se comporter comme s’il en était ainsi.       L’univers, pure contingence, est le fait d’un hasard qui le fait surgir de rien et ne peut le reconduire qu’à rien.

                     Je propose dans ce blog une conception argumentée apportant du sens. Tant qu’elle n’est pas réfutée elle me paraît constituer une hypothèse dont la simplicité  peut au moins se recommander d’être conforme à la requête que formule Occam, le rasoir d’Occam, de brièveté et de parcimonie, ainsi que de sa fécondité. L’esprit du temps serait-il trop suicidaire pour que sa recevabilité puisse être envisagée ?

                    Cette conception constitue simplement  à restituer à « l’être » sa véritable stature. Voici environ 2600 ans que, suivant Parménide, la philosophie a fait de l’être son premier principe. L’article « l’ », simplement explétif, a conduit à substantialiser et à traiter des êtres et non de « être ». Le tout pour constater aujourd’hui que l’échec de la métaphysique tient à ce qu’elle n’était pas parvenue « à articuler être et existence ». Comment l’aurait-elle pu puisqu’elle  a fait de « être » un existant ? !

              Gilson n’a pas de peine à montrer ce que cela entraîne de déficit de sens pour l’existentialisme et plus généralement combien cela laisse l’existence sans repère, née de rien et retournant à rien. Pour ma part j’ai en février 2109 ré-ouvert un vieux blog hébergé par Médiapart pour réagir à une émission radio sur le climat d’autant plus alarmante qu’elle se refusait d’être alarmiste. Sous l’intitulé « faire face au défi climatique » j’ai répondu : en étant. Il ma bien fallu ensuite conjuguer le verbe « être ».

                         Pouvoir dire que l’existant « est » change tout. Donner à  ce « est » sa pleine signification est bien ce qu’il est difficile de faire comprendre aux hommes et bien plus encore à faire intégrer par leur raison, faire passer dans leur imaginaire et dans leur vécu. L’existence est temporelle, se déroule dans le temps. Etre tient de ce que l’on peut dire son essence – l’infinité, l’éternité, donc l’intemporalité  - et de son rapport à l’existence, à la temporalité de celle-ci, son aptitude à rendre compte du mariage le plus difficile à penser,  et frisant la contradiction, le plus résistant à la pensée, celui de l’éternité et du temps.

                     Cette essence est reconnue à Dieu, et à lui seul, par les croyants. Elle est donc reconnue à un « être » dont l’existence est problématique. Pourquoi, avec beaucoup plus de vraisemblance ne le serait-elle pas à l’existant, l’univers. Conjecture ? Mais en le refusant on adopte la conception physicaliste, on opte pour la mort et non pour la vie.

                      Etre est un défi lancé à une certaine conception de la temporalité, à la contingence et à la finitude. Le temps ne passe pas, nous le parcourons. Lieu de l’existant il participe de « être » et n’a ni commencement ni terme. Nous ne pouvons pas marcher sans emprunter un sens. A la bifurcation du chemin, réfléchissons bien.

                     Indépendamment de la substantivation  de « être » la résistance que peut susciter l’idée d’une néguentropie effective explique l’obstacle mis à la conception d’une articulation de l’être et de l’existence. Pour le physicaliste l’univers physique est irrémédiablement soumis à l’entropie. L’idéaliste le lui accorde mais ne pouvant concéder, et, selon ma conception à raison, une contingence généralisée, il attribue la non-contingence à l’idée, à l’intelligible. Le réel se réfugie dans le mental, seule l’idée peut être dite « être ». Etienne Gilson peut écrire que selon cette conception « la notion d’être n’implique pas nécessairement la notion d’existence », celle-ci pouvant ne plus apparaître que comme « un accident » (« L’être  et l’Essence », Vrin 1962, p. 317 et 318). Loin d’une articulation entre être et existence Isabelle Thomas-Fogiel conforte leur dissociation : « …l’idéaliste n’est pas celui qui nie la réalité mais celui qui la dissocie de la contingence, de l’existence du fait brut ou de la facticité de l’être-là » (« Le lieu de l’universel », Seuil 2015, p.319).

                         La manière par laquelle le monde physique pourrait échapper à l’entropie peut être recherchée dans la mixité physico-spirituelle qui a été reconnue comme constituant de l’univers. Un immatériel régénéré par le vécu de leur liberté par les hommes comme étant la puissance émancipatrice de portée universelle, humains et non humains confondus, est susceptible d’opérer la métamorphose. Le regard du peintre dans ses œuvres les plus accomplies met face à une prise de possession impressionnante de la matière par l’esprit.

               Frédéric Nef quant à lui se heurte à la difficulté d’articuler l’être et l’essence (« Qu’est-ce que la métaphysique », Gallimard, Folio 2004, p. 747). Cette difficulté se manifeste dans une figure qui montre une idéalisation de l’être qui en même temps le substantifie. L’argument ontologique  avancé pour prouver l’existence de Dieu part de la définition de son essence comme étant « celui qui est ». Pour parcourir le chemin qui mène de l’essence à l’existence il est nécessaire de parier avec l’idéaliste que l’essence « est », qu’en elle réside l’être, et cette essence est également une substance, un celui ou un cela. Là encore essence, existence et être ne peuvent pas  être articulés, ils ne font qu’un.

                 Le climat philosophique en lequel évolue Nef ne paraît pas cependant  porter à consentir à une telle fusion. Une proposition        d’Aristote mise en exergue de la page 738 de son ouvrage énonce : « Ce n’est pas parce que nous pensons d’une manière vraie que tu es blanc, que tu es blanc, mais parce que tu es blanc, qu’en disant que tu l’es, nous disons la vérité ». Je me sens confirmé de prendre départ de l’existant.

        Plus originaire que tout est la liberté. Le concept d’être-liberté est devenu le concept phare de ce blog. Sans que la liberté d’expression de toute sa vitalité par l’individu soit relativisée  elle demeure cependant appelée à concourir  à accomplir ce qui fait l’essence, l’impérieuse exigence de l’être-liberté : n’être pas privatisée, avoir souci de tous.

                       Parallèlement, quittant le champ philosophique pour le champ juridique, l’inscription de la propriété au rang des droits de l’homme a été récusée. Drôle de droit  refusé à tant et tant accaparé par peu et cependant déclaré universel ! D’autre part ce droit est la conséquence  d’une qualification qui, cela a été amplement démontré, relève d’une imposture, celle de droit réel. Une société de liberté doit reposer sur des institutions justes.

                         Nous sommes très loin d’être parvenus à édifier la société de liberté, de confiance et de solidarité. Elle doit pour tout homme debout constituer l’horizon  de son action. Un horizon pas trop lointain, se situant sur terre et certainement pas au ciel. Un horizon utilisant toutes les parcelles de démocratie subsistantes pour se réaliser suivant des étapes adoucissant les transitions, recherchant  l’adhésion et n’oubliant jamais qu’il s’inspire de ce qui est la valeur suprême, la liberté.

                          Je viens de reconnaître en celle- ci une impérieuse exigence, celle de toujours croître, liant celle-ci à son essence. S’il est une essence au monde à laquelle il faille accorder l’effectivité, l’existence, ce serait bien de reconnaître celle de la liberté. Contrairement à Nietzsche  le choix  du diabolisme, porteur de chaos, me paraît la détruire. Et c’est le choix du démonisme, porteur d’harmonie, qui me paraît l’accomplir.

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