Lettre au soldat Onfray

Message à Michel Onfray, dépourvu de courage et de réalisme, qui crée un Front Populaire qui n'en est pas un, sinon pour consolider sa carrière alors qu'il parle du Peuple qu'il ne connaît pas plus que Macron ne connaît la France qu'il préside sans l'aimer.

Michel Onfray, je vous parle de courage

Si je m’appelais vous, Michel Onfray, je vous débiterai une généalogie sur le « courage », qui remonterait aux temps anciens depuis au moins Spartacus sinon Hercule, jusqu’aux bravoures folles et suicidaires des Gilets Jaunes ou autres manifestants qui ont eu l’audace de se frotter à un Etat Central Autoritaire hérité du Directoire en 1795 et aux violences officielles sans limite, mais, oppositions qui n’ont trop peu changé les choses, même pas suffisamment dans les esprits pour que tout un pays se soulève d’indignation et provoque le « grand soir » utopique qui n’aura jamais lieu.

Sauf que ce philosophe que je respecte, et admirais jusqu’à ce qu’il se plonge dans la politique, n’a sans doute jamais vécu le moindre gazage, tir de LBD, garde à vue abusive, ou autre humiliation que d’abord les banlieues ont vécu en silence bien avant les Gilets Jaunes « Gaulois », cette « racaille »-là qu’il ose montrer du doigt sans ne pas plus la connaître que Macron et sa bande de bourgeois privilégiés crétins surdiplômés de pirates ne connaissent de ce qu’est le Peuple Français.

Moi je vous parle du courage, simple, vécu ou osé, qui vous met vraiment en péril à un moment donné ou à un autre. D’ailleurs, qu’attend donc Michel Onfray pour enfiler le Gilet Jaune, comme le font Juan Branco, François Boulo, Philippe Pascot et tant d’autres célébrités ? Pourquoi n’a-t-il rien à montrer en « vidéo », lui qui en fait une télévision la « Onfray tv » ou sa chaîne youtube, sans parler de ces innombrables passages en radio, télévision, et autre supports médiatiques ?

Je n’ai personnellement pas fait « tous les samedis », car ce n’est pas un concours l’épine que de les avoir faits, surtout si c’est pour finir systématiquement tabassé, les poumons gazés ou collectionner amendes ou gardes à vue. Avoir lu l’Art de la Guerre de Sun Tzu a du bon.

Quel soldat du Peuple peut être aussi suicidaire sauf à vouloir finir en martyr tel Jérôme Rodriguez qui se plaint de pas pouvoir bouffer des frittes tranquillement alors qu’il s’est volontairement exposé partout avec une longue barbe que j’aurai rasée continuellement depuis longtemps, lui qui, quand des personnes qui ont autre chose à lui proposer que « yakafokon » veulent lui parler, il préfère écouter le premier débile qui lui dit « faudrait que tu, Jérôme » ?

Pour autant, j’ai participé à ces moments inégalables, humainement hyper enrichissants. Or, je n’ai pas la moindre trace de Michel Onfray, lui qui prétend proposer une boite à idée pour le « Peuple ». Comme si ce Peuple qu’il connaît si mal, était un gros débile qui ne comprend décidément rien à rien. Mais pour qui vous prenez-vous Michel, bon sang, de bon soir ?

Je m’en arrête là sur le philosophe.

Et je passe du Coq à l’Âne ou disons de l’Âne au Coq, tout en gardant la même idée : le courage.

Tel un lanceur de grenade ou un taureau espagnol un peu fou (suicidaire pour certains), j’ose foncer et lancer les torpilles. Je prends des risques, car je n’ai pas peur de dire ce que je pense, et de faire ce que je fais. La mort, que j’ai déjà frôlée de peu, je ne la crains en rien.

Du coup, je ne comprends sincèrement pas cette peur commune qui paralyse la majorité des gens. Est-ce de la lâcheté ? De l’hypocrisie ? De l’incohérence ? De la soumission rampante ? De la passivité masochiste ? Qu’ont-ils à perdre puisqu’un jour, nous allons de toute façon mourir ? La mort fait donc tant peur que cela ?

 

Jusqu’à une période récente, je connaissais de loin l’idée du « Léviathan » de Hobbes. Je connaissais ce dessin d’un serpent géant dans la mer. Je savais que ce penseur parlait de l’État, mais je ne savais pas lien il y avait entre les deux. L’allégorie m’échappait.

Et puis, l’exagération de la situation autour du coronavirus a mis au grand jour ce mythe absurde. Car le Léviathan n’existe évidemment pas, et les marins le savent. Il est juste la symbolique de la dangerosité de la Mer quand elle est déchaînée, face à laquelle peu de marins peuvent grand-chose, seul et sans connaissance du phénomène.

L’ignorance conduisant à la peur, la peur à la haine, la haine à la violence, la violence à la mort. Et avec ce virus, qui n’est qu’un virus, et bien les gens ont cédé à la croyance en l’existence d’un Léviathan. Et alors, plus personne n’a eu de courage. Car personne n’en a jamais vraiment eu, à de rares exceptions près, dont tout le monde se réclamera.

Je n’ai pas eu la chance de connaître mon grand-père maternel qui a 28 ans s’embrigada dans les forces internationales communistes Françaises contre Franco, dans la fameuse période où il paraît que les communistes étaient des fascistes, selon Onfray. Mon grand-père n’eut pas le luxe de se dire qu’il avait combattu pour la mauvaise cause, vue qu’il le fit avant cette alliance et qu’il fut prisonnier de Franco une grande partie de la guerre.

Vos préjugés historiques du politique qui n’a rien vécu, cher Michel Onfray, on peut donc aisément les « révisionner » par l’exemple historique, preuve à l’appui. Un exemple ne démontre rien, mais il peut tout contredire. Il est si facile de la réécrire lorsqu’on sait que l’Histoire appartient aux victorieux et aux grandes gueules donneurs de leçon dont vous faites partie.

Le Courage, c’est oser faire ce que personne n’ose faire, par peur de mourir ou d’être éliminé.

Il n’y a aucun courage à créer un « Front Populaire », détournement et usurpation d’un concept qui lui avait une réelle valeur d’action en son temps.

Vous ne faites rien du tout pour les autres.

Ce que vous faites, vous le faites pour vous, et que pour vous.

 

Avez vous distribué des repas aux restos du coeur ?

Avez vous passé un 31 décembre avec les Enfants de Don Quichotte ?

Avez vous défilé avec les Gilets jaunes un samedi ?

Avez vous fait la moindre intervention dans le 93 lors d’une interpellation abusive ?

Avez vous passé du temps sur les ronds points de l’hiver 2018 ?

Avez vous fini à la rue , le ventre vide ?

Avez vous la moindre connaissance réelle de ce qu’est ce Peuple dont vous vous réclamez tant ?

Avez-vous rencontré mardi 3 juin 2020 ce que vous appelez la « racaille » et qui n’est rien d’autre que la jeunesse française de 2020 ?

Non.

Et je peux le certifier à double titre.

D’une parce qu’en tant que citoyen je ne vois aucune vidéo ou article de presse qui parle de quoique ce soit de cette nature, même à votre insu si jamais vous rétorqueriez « je le fais mais discrètement, je ne cherche pas les gloires » (j’anticipe, il faut avec vous).

Et aussi parce qu’en tant ancien patron de média, il est impossible qu’une personne aussi médiatico-narcissique que vous ne laisse aucune trace dans sa philanthropie éventuelle. Où alors jouez vous au « big brother » schizophrène à veiller scrupuleusement que tout disparaisse derrière vous ?

Il y a un grand paradoxe qui affiche l’incohérence entre le philosophe que vous êtes, et le politique que vous prétendez être sans le dire.

Le « Front Populaire » a fini par aboutir logiquement au Pétainisme. Trosky l’explique très bien dans son « Programme de transition », en 1938. Franchement, avec « Front Populaire » comme référence politique, on fait mieux. Donc si il y a eut Pétain, c’est à cause de Léon Blum. Vous avez vu avec quelle aisance il est facile de raconter n’importe quoi à l’emporte pièce ?

Votre holisme récurrent vous perdra à généraliser et banaliser des mensonges. Et jouer sur les mots, la sémantique et la grammaire ne sont pas des excuses à moins d’être un bon girouetté modéré du centre. « Les Communistes », « Tous les Communistes », « Des Communistes ». Merci de ne pas y compter mon grand-père, pour le salut de sa mémoire.

 

Votre contradiction est simple : vous n’êtes pas un anarchiste.

Vous vous « réclamez » de Proudhon, un des pères de l’anarchisme moderne.

Mais comment peut-on se réclamer de Proudhon quand celui-ci dénonçait la propriété et défendait l’idée fédératrice organisée anarchiste, lorsqu’on s’appelle Michel Onfray ?

Avez-vous des biens immobiliers posés dans une SCI de droit commun abandonnant ainsi toute propriété  ? Permettez moi d’en douter.

Avez-vous la moindre croyance en la légitimité d’un Etat Central qui remette à sa place la « racaille » de banlieue ou allez-vous faire une pirouette pour vous en dédouaner pour retomber sur vos pattes ? Permettez moi d’en douter.

Avez-vous la moindre notion de ce qu’est le Municipalisme Libertaire que vous appelez abusivement le « communalisme libertaire » et qui est aussi compatible avec la notion d’État que sont diluables l’huile et le vinaigre ? Permettez moi d’en douter.

Vous pourriez tenter la députation comme Proudhon le fut. Irez-vous jusqu’à faire de la prison et vous insurger à un rond point ou place de la Bastille contre le Pouvoir, contre la Constitution ? Permettez moi, une dernière fois d’en douter.


Votre univers, c’est la campagne normande, certes.

Mais, sans n’en connaître le moindre rond point. Sinon, ça se saurait.

Enfoui et barricadé par vos montagnes de livres qui engloutissent votre temps.

Vous êtes un grand théoricien et je le respecte.

Mais vous n’avez jamais rien réellement vécu de ce dont vous parlez.

Vous me faites penser à Will Hunting, en plus vieux.

Je vais vous apprendre quelque chose d’effroyable pour vos certitudes normands.

Que cela vous plaise ou non, peut être que dans votre Normandie profonde, tout le monde est blanc, mais ce que vous vous appelez la « racaille » de banlieue n’est autre, je le répète, que la jeunesse métissée du pays, et donc tout le monde tout blanc, ce n’est plus le cas, qu’on l’accepte ou que le vomisse, c’est comme ça.

C’est la conséquence directe de l’héritage colonial. Ce retour de boomerang qui déplaît totalement aux dominants que votre comparse Eric Zemmour montre du doigt constamment.

Le philosophe annonce qu’à terme l’humanité sera totalement métissée et que c’est l’avenir, et de l’autre il parle de « racaille » en insultant la jeunesse du pays, toujours et parce que vous ne savez pas de qui vous parlez.

Je vous invite franchement à aller vivre à Pantin pendant un an ou deux. Vous verrez comme toute cette « racaille » vous laisse tranquille en tant que seul blanc. Vous seriez surpris. Et cela contredirait vos préjugés sur tous ces clandestins ou envahisseurs, qui vivent dans leur propre bulle.

D’autant que je connais une autre racaille dont vous ne parlez jamais : celle du 92 ou du 94 coté chic à Vincennes, où les bobos blancs bien français se paient le luxe de ne pas mettre de masque dans le bus, et comme par hasard, dans ces moments là, il n’y a pas un seul agent de sécurité de la RATP.

Idem dans les métros de l’Ouest riche, alors que quand on passe par la populaire station « Chatelet les Halles », pire ! Que dis-je ! Gare du Nord ! Gare du Noooooord ! Que des métèques, des négros, des sales clandestins. Car c’est bizarre, toute votre « racaille », pas une seule personne a oublié de porter son masque ! C’est fou non ?

Et je ne parle même pas de ces enflures du gouvernement que son Castaner qui bouffe des huîtres sur une plage lors d’une réception officielle, ou Darmanin qui organise un cocktail, les deux sans respecter aucune mesure de protection qu’ils imposent avec dédain et mépris à tout le pays !

Donc, non, nous n’avons vraiment pas la même notion de ce qu’est la « racaille ».

Et indirectement, vous défendez cette pseudo-élite auto-proclamée depuis 1795.


Bref.

Vous ne prenez absolument aucun risque, aucun.

Et ça, ce ne s’appelle pas le courage.

Mais simplement la lâcheté.

Même si votre surproduction de diarrhée écrite et orale aura été en bout de course exponentielle, vous ne serez jamais Proudhon ou Nietzsche. Au mieux vous aurez satisfait votre narcissisme à être le philosophe contemporain Français le plus lu au monde. Il faudra penser à demander votre médaille à Emmanuel Macron, il en distribue beaucoup, il paraît.

D’ailleurs, à titre de témoignage, j’ai connu d’abord Proudhon, puis Nietzsche, puis Onfray.

Du plus célèbre dans la durée au moins célèbre dans l’humilité.

De celui qui produisit le moins à celui qui bat tous les records.

Comme quoi, la quantité ne fait pas la qualité.

Mais après tout, vous avez sans doute raison avec votre « Front Populaire ».


Enfin… vous avez presque raison.

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