L’Ecologisme pragmatique

L'environnement est-il compatible avec la croissance et le capitalisme ? Question récurrente dans les média mais surtout au près des élèves qui passent le bac de SES. Réflexion profonde aussi universitaire et politique. Et si tout ceci n'était une belle supercherie manipulée depuis longtemps par la pensée néolibérale ? Explication.

Qu’on soit pour ou qu’on soit contre l’idée écologique et toute les interrogations qu’elle induit, avec ses réponses acceptées ou refusées, il est une chose acquise : quasiment plus personne n’y reste indifférent.

Ceux qui à tort ou à raison sont appelés par leurs opposants des « complotistes » adoptent une attitude interrogative, parfois volontairement provocatrice (comme celle de Donald Trump) en défendant deux arguments forts : la pensée écologique politique ne peut pas avoir le monopole des questions et réponses, et la désinformation est telle dans le monde qu’on est en droit de s’interroger sur la véracité des informations mises à disposition, et donc de se diriger vers une réinformation.

Contrairement à ce qu’on peut penser, ces stratégies comportementales, de stature et de positionnement ne datent pas d’hier. En effet, la pensée néolibérale, avec sa dérivée violente ultra-libérale (Reagan, Thatcher, Macron) souvent pimentée de laisser-faire, a pris racine en 1937 (ça date donc!) lors du congrès Lippmann, journaliste Américain très influent à son époque passé par les bans d’ Harvard, sans en sortir diplômé d’un titre parlant.

Ce congrès fut capital car il jeta les bases d'un libéralisme nouveau, complet, pas seulement économique, pour répondre à l'échec du libéralisme classique avec la crise de 1929 mettant définitivement à mal les approches classiques qui remontaient à Adam Smith, escroc intellectuel de premier ordre, et son comparse Ricardo, qui n'a fait que rafistoler les théories folles du penseur écossais. Car bien évidemment, l'esprit du libéralisme économique et financier a pour reflex de rester toujours en vie et de ne pas s'arrêter sur un échec : il faut garder la main !

On parle souvent de « libéralisme », « néolibéralisme », « ultra-libéralisme », sans trop arriver à savoir de quoi on parle, pensant souvent qu’il s’agit de la même chose, avec des petites variantes. Aussi, même si les idées de bases sont communes au domaine, on confond aussi le coté politique (le libéralisme pure, celui des droits, libertés, éveil des esprits, etc..) et le coté économique, ce qu’est plus l’ultra-libéralisme (laisser faire, pouvoir de décision financier aux ultra-riches, grands patrons d’industrie, destruction des structures et dispositifs sociaux sur l’idée que le marché rétablira seul les dysfonctionnements).

Or, la véritable colonne vertébrale de l’ensemble de la pensée libérale c’est le néolibéralisme. Et qu’est ce donc que cette bestiole là ?

L’idée principale c’est qu’il est acquis que les sociétés sont massives, nécessitant une production industrielle, avec les hypothèses très spéciales (et fausses) que la masse est atomisée (autrement dit les individus sont comme des atomes qui n’ont aucune réelle relation spontanée les uns avec les autres), que la masse se réduit à « dormir, produire, consommer », que seuls des experts ont les réponses à tout pour savoir, que le pouvoir appartient donc à cette petite élite au service d’une plus grande – les oligarques capitaines d’industrie, riches propriétaires des capitaux – et qu’à coup d’analyse psychologique et d’abus d’utilisation des médias, la « masse » est influencée dans ses décisions, et asservie.

 

Quel rapport avec l’écologie ? J’y viens.

Les néolibéraux ont cette puissance intellectuelle particulière : ils pensent de façon atemporelle, car ils servent une cause à laquelle ils croient comme en une religion, à savoir le profit pour une poignée, en maîtrisant la masse du berceau à la tombe, masse à leur disposition pour servir leur objectif. La dispute superficielle entre les différents courants est de savoir si il faut intervenir ou pas pour garder la main sur cette masse.

Or, après les 30 glorieuses où la croissance fut exceptionnellement forte du fait de la reconstruction d’après guerre mondiale, il en était fini du profit possible basé sur la croissance classique. En attendant une réponse réjouissante qui annoncerait de nouvelles perspectives, une fut toute trouvée depuis le début des années 1980 : le grand retour de la spéculation financière, avec les bulles à répétition et les escroqueries mondiales (telle la crise des subprimes en 2007), et le délire collectif bancaire actuel d’avoir fabriqué trop de monnaie interbancaire qui ne correspond à rien de réel et qui va déclencher le pire de tous les cataclysmes économiques mondiaux, tant tous les rapaces fous aliénés de la finance sont « perchés » au sens psychiatrique du terme, tels des zombies déconnectés de la vie, à perdre patience de savoir quand ils vont pouvoir passer à la caisse pour se faire payer alors que les liquidités du monde réel ne suffiront pas, même si on met en faillite tous les entreprises du monde !

Dès lors, au même moment, sous l’ère Reagan-Thatcher naît le GIEC, une institution « scientifique » voulue par le président Américain et la première Ministre Britannique, tous les deux ultra-libéraux, pour éviter la naissance annoncée d’une institution indépendante hors de contrôle du pouvoir néo- ou ultralibéral, qui a compris depuis très longtemps que l'information, c'est le pouvoir.

Ce point de « détail » est trop mis à l’index de la réflexion sur les questions écologiques actuelles, qui plus est face à l’emballement émotionnel que catalyse la petite Greta qui n’y connaît rien en science, en environnement, en cycles solaires, en géothermie, en économie et ne fait qu’attiser les émotions, se faisant manipuler au passage par… les tenants du capitalisme vert ! Je donne là totalement raison à Michel Onfray et son avis sur la poupée Chucky suédoise (https://www.welt.de/kultur/plus198590347/Michel-Onfray-rechnet-mit-Greta-und-dem-gruenen-Kapitalismus-ab.html)

Et oui : toujours un coup d’avance les néolibéraux. Et maîtriser l’information sur les alertes environnementales, c’est la clé. Reagan et Thatcher l’avaient compris, car ils faisaient partie de cette religion. Défendre une cause qui les dépasse et qui perdura après leur mort. Pour le coup, c’est réussi.

Ainsi, la bulle financière peut éclater : après avoir placé leurs avoirs dans des emprunts à long terme à taux négatifs ou les obligations d’États (qui ne feront jamais faillite) les oligarques ultra riches, tel leur chef de file l’escroc Bernard Arnault, abandonneront l’industrie classique pour se rabattre sur les productions prometteuses du bio, du recyclage, des trucs « écolos », des pailles en bambou ou inox, les voitures électriques etc. Le but est toujours le même : garder la main sur le profit tout en lobotomisant la masse abrutie par des programmes scolaires d’une pauvreté sans pareil et à se rabattre sur les émissions poubelles à merde tel que « Touche pas à mon poste » et son couvercle vulgaire d’animateur raté qu’est Hanouna. Et dans ce cas, oui le capitalisme est compatible avec l’écologie, à condition d’être réservé à certains, comme toujours.

D’ailleurs de grands groupes ne s’y trompent pas et s’intéressent déjà à la question, tel par exemple (mais ce n’est pas le seul) le groupe Danone, qui souhaite anticiper les comportements de demain en se rapprochant d’expérimentations alternatives sur la consommation nouvelle vague.

Sauf que, il y a un hic.

Car à tout changement existe des effets indésirables et imprévus. L’ancien monde que les tenants du pouvoir économique veulent ainsi effacer a fait des dégâts irréparables, avec une masse grandissante de pauvres, qui invente de nouvelles formes de substitution de vie, qui deviennent incontrôlables et hors-système. Et le prochain krach boursier qui pointe du nez cet été (mini krach à Wallstreet le 14 aout, HSBC qui vire brutalement 4000 employés, devancé par la Deutsch Bank de 12000 parce qu’on se rend compte que ses caisses sont vides et ses avoirs sont des produits financiers pourris) ne va qu'amplifier la situation.

Face à cette destruction de la « masse » dans son petit quotidien, c’est là que tout l’enjeu de l’écologie pragmatique prend son importance en faisant son apparition avec une simplicité effarante : « je vais éviter autant que possible la bagnole, non pas parce que le GIEC dit que c’est source de réchauffement planétaire, mais parce que cela produit des micro particules qui m’empêchent de respirer ; je vais arrêter d’utiliser des sacs plastiques parce que cela étouffe des tortues et des baleines qui font partie de l’équilibre de la Nature ; je vais me faire un jardin et ma propre nourriture pour ne plus aller au supermarché où tout y est produit avec des trucs chimiques, trop salés, trop gras, trop sucrés et des éléments de base douteux ; je vais éviter de manger de la viande industrielle car c’est souvent source de maladie, c’est nocif pour mon corps, cela fait souffrir des bêtes inutilement, et cela produit la première cause de CO2 et de particules, ;etc... ».

Les émotions manipulées troublent l’intelligence et la réflexion et bloquent une telle approche pragmatique. Car la question du changement climatique n’a rien de comparable avec la question environnementale et écologique. Cela peut être lié mais faire croire que tout l’est est un mensonge. Parce que ne plus utiliser les plastiques n’a rien à voir avec l’augmentation de la température, qui peut en partie être due à l’activité de l’humain, mais pas seulement. Pourquoi omettons systématiquement les questions de cycle de vie de la Terre, ou de pourquoi le « Groenland » veut dire « la Terre verte » alors qu’il est couvert de glace et de neige, ou sinon les cycles du soleil et ses explosions nucléaires incontrôlées ?

Certains appelleraient cela être rétrograde, décroissant, vieux jeu. Ce sont celles et ceux qui vivent en ville, utilisent des trottinettes qu’ils pensent non polluantes alors qu’elles le sont plus que tout le reste. Celles et ceux qui en ville ne peuvent se passer d’avoir leur nez collé sur un smartphone, source de pollution extrême, dépendent intégralement du supermarché, prennent l’avion pour aller à Ibiza faire la fête 48 heures, utilisent Uber pour se faire livrer à manger au lieu de cuisiner eux-mêmes, ou bien parcourir 1km au lieu de prendre le métro ou un vélo (non-électrique).

Ces mêmes qui se pensent au dessus de la « masse » et se considèrent de l’élite méritocratique alors que ce sont des imbéciles incompétents ayant constamment besoin de « consultants » qui leur vendent du vent pour leur faire croire qu’ils sont devenus un peu plus intelligents, après un stage de « brainstorming » et de « briefings » (la sémantique anglophone fait tellement plus « hype » - mais n’a jamais effacé la connerie).

Or, mes grands parents, nés à il y a un siècle et disparus dans les années 1990, ils étaient quelque peu matériellement heureux. Ils avaient un immense jardin, d’un coté composé de fleurs et d’arbustes qui faisaient le bonheur de ma grand-mère, et un potager (avec des poules) si riche et puissant que le supermarché ne servait que très peu, le congélateur était toujours plein, et nous ne manquions jamais de fruits pour faire nos propres confitures, ni de légumes de toute sorte chaque fois qu’on leur rendait visite, en ayant ainsi une nourriture équilibrée qui ne nous coûtait rien ! En plus, tout était cultivé avec du fumier fait maison, aucun pesticide ou produit chimique. Il y avait tellement de tout qu’on aurait pu en donner à leurs voisins, mais mon grand-père paternel était une tête de con à ce niveau là – personne n’est parfait.

Quel mal il y aurait à retourner à une certaine forme de moyen-âge, avec à la maison internet, la télévision, la webcam, des livres en pagaille, et un piano électrique, alliant donc une certaine forme de modernité avec un coté humble et hyper traditionnel ? Faire sa propre nourriture, son pain, prendre le temps de vivre, ne plus avoir le moindre emballage, encore moins de plastique, fabriquer nos sodas et jus de fruits, et s’instruire, lire, réfléchir, échanger, tout en étant connecté avec la planète entière et participer à la vie démocratique directe ? Quel mal à cela ?

Pourquoi persister dans un monde qui détruit la nature (on prend, on transforme, on consomme, on jette, sans limite) et les vies (métro, boulot, dodo), avec des jeunes qui ne voient éventuellement qu'une fois dans leur vie ce que sont des animaux vivants lorsqu’ils vont au salon de l’agriculture à Paris ?

Pourquoi maintenir un système qui est contrôlé par une poignée arrogante et prétentieuse simple héritière d’une aristocratie "Républicaine" lointaine qui n’a plus aucune légitimité à nous imposer des lois d’en haut alors que celles ci doivent pousser du terrain telles des plantes vertes de la démocratie expérimentale et neuronale de proximité et communale ?

Nous n’aurions alors pas (plus) besoin du capitalisme vert naissant, ni de Greta qui pourra retourner à l’école parfaire ses lacunes scientifiques et historiques, ni de cette gouvernance totalitaire qui atteint son paroxysme avec le putatif pouvoir dirigé par une petite-crotte de 40 ans qui ment comme il respire, à commencer à propos de sa sexualité.

Ce monde du « Moyen-âge moderne » ne serait pas un monde parfait, loin de là. Mais il serait forcément plus apaisant que la vie des villes et du néolibéralisme étouffant qui stressent les vies par un travail avilissant alors que plus rien ne justifie que la « masse » soit interdite d’accès au loisir de s’instruire, s’informer, se cultiver et s’enrichir des savoirs, des sciences et de l’Histoire, comme le font tous les privilégiés aristocratiques qu’il va falloir dégager à coup de pied dans le derrière.

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