Afrique : vers un accès universel à l’éducation ?

Aujourd’hui, 38 % des adultes africains sont analphabètes selon l’Unesco. Si ce niveau reste élevé, l’avènement d’une société du savoir en Afrique, rendu possible grâce à la mise en place d’initiatives locales en matière de formation des jeunes, devrait bientôt changer la donne.

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17 millions d’enfants non scolarisés

D’après un rapport mondial de suivi sur l’EPT (Education pour tous) de l’Unesco, l’organisation met en avant les lacunes en matière d’éducation des pays pauvres. On a beau recenser un meilleur taux d’accès à l’éducation dans les pays en voie de développement, notamment en Afrique, l’Unesco pointe du doigt un certain manque de qualité dans la transmission du savoir.   

Aujourd’hui, un quart des jeunes est « incapable de lire tout ou partie d’une phrase », selon l’Unesco. Un constat particulièrement vrai en Afrique où 17 millions d’enfants sont non scolarisés, soit 22 % de la population en âge d’aller à l’école primaire. Et lorsque les jeunes Africains ont la chance d’être scolarisés, les mauvaises conditions d’enseignement compliquent l’acquisition du savoir de base.

En Afrique, les classes sont souvent remplies au maximum, voire à l’excès, afin de grossir les résultats des politiques liées à l’éducation mises en place pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), approuvés en 2000 par les chefs d’États du monde entier.

Les pays manquent bien souvent de moyens financiers et techniques leur permettant de disposer d’infrastructures adéquates pour accueillir et former les jeunes, d’équipements modernes ou simplement d’ouvrages scolaires. Le continent souffre également d’une pénurie d’enseignants bien formés, capable de préparer les Africains au marché de l’emploi actuel.

L’éducation est pourtant un enjeu de taille pour le continent africain. L’accès au savoir permet de réduire les inégalités entre les populations dans des pays où la pauvreté fait rage, d’améliorer les conditions de vie et de permettre aux jeunes Africains d’entrevoir un avenir économique meilleur que celui de leurs parents.

La fondation de Dominique Nouvian choisit la voie du bibliobus

Pour contrer ce qui ne doit pas rester une fatalité pour un continent en pleine croissance, qu’elle soit économique ou démographique, les initiatives se multiplient afin de donner aux Africains un meilleur accès au savoir, notamment en Afrique francophone.

Fondée en 1988 par la Première Dame de Côte d’Ivoire, Dominique Nouvian, la fondation Children of Africa est particulièrement active sur les questions d’éducation et s’engage pour améliorer significativement la formation de la jeunesse africaine et lui permettre d’acquérir les connaissances de base. Pour ce faire, Children of Africa n’hésite pas à intervenir dans les zones les plus isolées du continent. Elle participe au financement d’écoles rurales et a lancé un concept de bus itinérant qui connaît actuellement un grand succès en Côte d’Ivoire.

Avec ce projet, baptisé Bibliobus, la Fondation propose d’aller directement à la rencontre des jeunes Africains en mettant à leur disposition près de 3 500 livres, de tous genres, des ordinateurs avec connexion Internet, ainsi qu’un écran destiné à projeter des films pédagogiques pour les enfants. Le 20 avril dernier, le Bibliobus se posait à Anoumabo dans le cadre du Festival des Musiques Urbaines, permettant aux enfants venus participer à cette journée culturelle de profiter des nombreuses ressources mises à leur disposition par la Fondation.

Le bibliobus est un concept plébiscité désormais dans de nombreux pays africains, séduits par les avantages qu’offre une telle initiative. A la fois mobile et riche en outils pédagogiques et culturels, le bibliobus est en mesure de faire profiter les habitants des zones les plus reculées d’un accès au savoir jusqu’ici impossible.

Dès 2015, le Cameroun a également adopté cette bibliothèque sur roues avec le même succès que celui rencontré en Côte d’Ivoire. Exemple copié au Bénin où associations et ONG travaillent actuellement de concert pour pérenniser un projet de bibliobus lancé en 2015. 

Un terrain propice à l’innovation

La création d’une société du savoir en Afrique est largement favorisée par des initiatives tel que le bibliobus, qui propose d’aller insuffler du savoir là où il n’y en a pas. Elle est également encouragée par le développement de solutions innovantes, capables de se soustraire aux contraintes financières et au manque d’infrastructures inhérent au continent pour démultiplier l’accès au savoir.

Et dans cette course à la connaissance, la start-up camerounaise à l’origine de la Kwiizi Box tire assurément son épingle du jeu. La Kwiizi Box est un micro-ordinateur qui permet à son utilisateur d’avoir accès à du contenu éducatif sans aucune connexion Internet.

Au sommaire de cette machine, on retrouve 700 000 articles, 3 000 cours vidéo et 7 000 ouvrages éducatifs, 5000 références de livres et mémoires ou encore 6000 cours magistraux disponibles, ainsi que la totalité de l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Si cet outil n’est pas encore sur le marché, il intéresse déjà les investisseurs qui y voient un moyen efficace et innovant pour favoriser la formation des jeunes en Afrique et dans le reste des pays où les freins techniques et les manques en infrastructures sont les plus importants.

« L’ignorance est mère de tous les maux », disait Rabelais. A l’heure où l’Afrique et le monde entier sont secoués par l’obscurantisme et le fanatisme, l’éducation est une priorité qui permet à la jeunesse d’acquérir les armes pour réfléchir et analyser le monde qui l’entoure. Depuis 2000, les pays africains ont fait preuve de beaucoup d’efforts pour atteindre les OMD, grâce à des politiques gouvernementales volontaristes et un engagement important de la société civile en direction d’un accès universel à l’éducation. Et si le continent accuse toujours un retard important par rapport au reste du monde sur ses questions, la situation reste pleine d’espoir.

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