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Billet de blog 25 mai 2016

Arrêtons avec le principe du volontourisme

Depuis plusieurs semaines, le compte parodique Instagram « Barbie Savior » dénonce l’attitude des « volontouristes », littéralement tourisme humanitaire à travers des photos de Barbie. Le principe est simple, une poupée, représentant un volontaire, est prise en photo lors de ses missions, pour montrer son action, emprise d’idéalisme et de don de soi.

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Si le procédé fait sourire, une véritable question se pose : comment véritablement aider les populations sur le continent africain sans s’imposer à elles. Une partie de la solution se trouvent notamment dans les associations locales.

Faire de l’humanitaire pour aider les enfants africains. C’est l’objectif de nombreux occidentaux, notamment au sortir de leurs études. Si l’intention peut paraître noble, elle traduit tout d’abord un cliché, celui d’un relent de colonialisme mal digéré. Certes les candidats-volontaires s’en défendront mais cela y ressemble fortement avec l’idée que les blancs occidentaux iraient « sauver » l’Afrique grâce à leurs bonnes volontés et leurs charités chrétiennes.

Ce qui gêne tout particulièrement dans ces comportements, c’est la méconnaissance la plus complète du terrain. Non l’Afrique n’est pas un grand pays mais est composé de 54 États, eux même divisés entre plusieurs communautés. Trop souvent les volontaires n’ont pas la moindre idée de la complexité qui peut exister. L’image qu’ils ont du volontariat est donc faussée et bien trop souvent angélique. La désillusion n’en n’est que plus grande une fois arrivée sur place. En claire, la naïveté l’emporte sur la raison.

Ainsi est né le concept de volontourisme, où le volontariat se mêle à un voyage de vacances. Et c’est un marché lucratif. Ainsi, selon le site Quartz, l’industrie de l’humanitaire attire 1,6 million de volontaires tous les ans, qui dépensent plus de 2 milliards d’euros. Malgré la manne financière importante, plusieurs ONG tentent de mettre en garde les futurs candidats en les interrogeant sur leurs véritables motivations et compréhensions. C’est notamment le cas de l’ONG norvégienne SAIH, qui, dans une vidéo, lutte contre les stéréotypes en les parodiant. Mais cela ne suffit pas.

Et les locaux dans tout ça ?

L’autre grand problème du « volontourisme » concerne la différence de traitement entre les volontaires locaux et les volontaires occidentaux. Alors que l’on penserait, fort logiquement, que les premiers cités seraient privilégiés pour venir aider aux populations en raison de leur connaissance du terrain et de la maitrise des réseaux, il n’en n’est rien. Bien au contraire, les locaux sont clairement mis de côté, au profit des étrangers. Cette situation est également la même au sein de la hiérarchie des ONG, ces dernières privilégiant les occidentaux. Un comble pour des organisations censées apporter une aide à la population locale.

Pourtant la solution se trouve là. En effet, quoi de mieux que de faire confiance à des acteurs, volontaires et associations, locaux. Au lieu de faire venir des personnes extérieures, les ONG gagneraient grandement en efficacité en travaillant avec les gens du « cru », qui connaissent les véritables besoins et problématiques des populations que ces derniers côtoient très souvent.

Réussir cela, c’est tout simplement remettre la notion même de volontariat au cœur des enjeux. Si tout le monde est d’accord sur le principe d’aider des populations en grande difficulté, il faut savoir le faire en parfaite connaissance de cause, sans s’imposer à elles, ni en changeant leur mode de vie. Si les ONG et les volontouristes arrivent à changer cet état d’esprit, alors ils auront réussi à remplir leur objectif initial : aider l’Afrique.

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