LA FRANCE FERME LES PORTES AUX JEUNES PORTEURS DE PROJETS TELEVISUELS

Le paysage audiovisel français est un microcosme inaccessible aux jeunes talents créatifs qui décident d'aller tenter leur chance à l'étranger. Pour cela, pas besoin de franchir les frontières ! Comble de l'ironie, cette opportunité se présente à Cannes au Palais des festivals où se tient chaque année le MIPTV, un salon international incontournable pour tous les acteurs du milieu.

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A l’occasion de la 17ème édition du MIPTV en avril dernier au Palais des festivals de Cannes, j’ai  rencontré Jonathan Dogan, un jeune passionné de télévision âgé de 25 ans à peine et déjà à la tête de deux sociétés de production en collaboration avec un partenaire guère plus âgé. Ce binôme doté d’expériences solides en tant que consultants pour divers programmes connait très bien le milieu.

Le MIPTV est un salon international incontournable pour les professionnels du secteur télévisuel en provenance de plus de 60 pays pour soigner leurs relations publiques, participer à des conférences, networking, se tenir au courant des nouveautés, et surtout pour faire des affaires.

Dans l’hexagone contrairement aux autres pays du monde, lorsque l’on frappe à la porte de la corporation du monde de la télévision, et ce peu importe les idées ou la qualité des projets, on ne franchit pas le barrage secrétaire. Ce microcosme souhaite délibérément vivre en autarcie, essayer d’y entrer c’est « David contre Goliath » comme le souligne Jonathan Dogan : « Nous sommes ravis car nous avons enfin pu nous faire connaître, être écouté et pris au sérieux grâce à ce salon. En France, il faut être coopté par plusieurs personnes pour intégrer le monde de la télévision qui appartient à une élite. Nous disposons de contacts et d’un réseau sérieux, mais autant vous dire que si l’on ne s’appelle pas Laurent Ruquier ou Thierry Ardisson on ne prend pas la peine de vous recevoir. On ne donne aucune chance aux jeunes porteurs de projets. J’ai réussi à obtenir une seule fois un rendez-vous… Suite à une demande envoyée directement au domicile privé d’un PDG d’une société de production ! ». 

Qu’à cela ne tienne ! Non seulement l’idée d’aller voir si l’herbe était plus verte chez les voisins européens et internationaux leur a paru inévitable mais elle a effectivement porté ses fruits. Cette première expérience MIPTV leur a permis d’aller à la rencontre de producteurs italiens, russes, turcs, chinois, et israéliens fortement intéressés par leurs projet ou par simple curiosité. Au delà des opportunités de rencontres et d’accès aux contacts professionnels des participants, ils ont surtout été frappé par la moyenne d’âge des équipes étrangères qui contraste fortement avec la France qui manque cruellement de jeunesse dans ses équipes. « Ici au salon, on parle business sans tabou d’argent ou secrets et lorsqu’on refuse votre proposition, on vous explique pourquoi ! ». 

Aujourd’hui deux générations s’opposent : ceux qui ont vingt ans de métier et les jeunes porteurs de projets. Son collaborateur a déjà tenté de proposer un programme de type talk show qui met en scène des Youtubeurs suivis par des millions d’abonnés. Jonathan Dogan dénonce les raisons de ce refus : « cela n’intéresse pas les anciens. La France est au plus mal en terme d’exportation de programmes de flux (programmes destinés à être diffusés qu’une seule fois tels que les divertissements ou magazines) et d’audience qui ne cesse de baisser ces dix dernières années. Si vous regardez ce qui marche, ce ne sont pas des formats français. Les chaînes préfèrent dépenser des millions dans les licences et travailler exclusivement avec les mêmes partenaires. Seule une poignée de producteurs et réalisateurs détiennent le monopole. Lorsque vous analysez les rapports du CNC, la majorité des aides sont versées aux sociétés de plus de 20 ans d’existence ».

Pourtant, le mode de consommation de la télévision a aujourd’hui changé de visage : le digital, les écrans mobiles et la réalité virtuelle sont les nouvelles tendances incontournables du moment. L’innovation doit être au cœur des stratégies et contenus, c’est la clé du succès pour être en phase avec les nouveaux usages du public. Le paysage audiovisuel français endogame entretenant des liens très étroits avec l’Etat s’essouffle. Alors pourquoi persister à ne pas donner la chance aux jeunes créatifs qui représentent naturellement le levier indéniable pour revivifier ce système ?

Ihsan OUASSIF 

 

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