De la compréhension de la taxe sur les robots de Monsieur Hamon.

Taxer quels robots pour quels impacts ?

Dans son programme de campagne, Monsieur Hamon propose de mettre en œuvre une taxe sur les robots et prétend que cette mesure est l’une des plus ambitieuses parmi celles portées par les présidentiables.

Mais qu’est-ce qu’un robot ?

Dans son acception la plus évoquée actuellement, il s’agit d’une machine, qui aurait à se substituer à tout ou partie du travail humain.

 

Pourtant, parler de robot et prévoir de légiférer sur cette question nécessite qu’on s’interroge un peu plus sur la définition d’un robot pour que l’on puisse identifier quels types de robots seront concernés. Parce qu’en effet, selon que cette définition soit étroite ou large, la mesure proposée par notre candidat pourra être appréciée très différemment, depuis l’effet d’annonce ridicule jusqu’à la remise en question totale d’un modèle de société.

 

D’un point de vue économique, le robot est un bien d’équipement. Ces biens sont acquis avec l’intention d’accroître le niveau de productivité d’une unité de production. Les gains de productivité sont recherchés pour donner à l’entreprise un avantage concurrentiel à un moment donné dans le but de consolider sa position sur les marchés ou de se hisser à une position plus favorable. Il est important de rappeler que, par nature, un bien d’équipement a vocation à soustraire une partie des tâches du travailleur, et si l’on décide de taxer les robots en les discriminant sur leur seule capacité à soustraire à l’humain une ou plusieurs tâches, alors un grand nombre de biens d’équipement sont concernés comme par exemple la machine à écrire, le métier à tisser, la machine à coudre, un véhicule, un ordinateur, …

 

D’un point de vue technique, lorsqu’on parle de robot, on imagine assez facilement qu’il s’agisse d’un bien doté d’automatisation. Comme monsieur Hamon aime bien le rappeler, les centrales logistiques de quelques grands noms du e-commerce se dotent de ce type de bien d’équipement richement dotés en matière d’automatisation afin de gérer le plus rapidement possible l’entreposage, le retrait et l’expédition des biens marchands. Il fait ici référence à des biens tangibles.

 

Cependant, dans ce contexte technique, le robot peut aussi être intangible tels que le sont les algorithmes informatiques utilisés pour traiter l’information et engager des actions qui étaient des tâches, jusqu’il y a peu, exécutées par des être humains et ce point semble complètement ignoré par notre candidat.

 

Mais alors, quels robots veut-on taxer ?

 

Une fois cette question posée, la réflexion se poursuit nécessairement sur les différents impacts économiques et sociaux.

 

Taxer tous les robots en tant que biens d’équipement tangibles, implique une réévaluation des gains en productivité qu’ils permettent de dégager. On le sait bien aujourd’hui, le secteur industriel français n’est pas le plus prospère et le plus développé d’Europe et encore moins du monde. Si l’on veut que des investisseurs s’impliquent à nouveau dans l’économie française, est-ce vraiment la meilleure des réponses ? Est-ce là la mesure phare de notre candidat pour enrayer le chômage et mieux financer l’appareil d’Etat ? Quelle serait la mécanique vertueuse profitable à l’intérêt général ?

 

Taxer tous les robots dans l’acception la plus large reviendrait aussi à taxer, toute production d’un développeur informatique ou presque et se poserait en conséquence la question de la compétitivité du secteur français des technologies de l’information et de la communication. Ce scénario a-t-il était envisagé par notre candidat ?

 

La réflexion ne pourrait pas d’ailleurs s’arrêter là et questionne sur la vision que Monsieur Hamon a du monde présent et de ce qu’il devrait être. Il aime d'ailleurs à rappeler qu'il se croit progressiste, mais, tenant compte du désavantage concurrentiel qu’engendrerait nécessairement une pareille mesure sur les industries concernées, en quoi celle-ci servirait-elle le progrès, qu'il soit technique, environnemental ou social ?

 

En tous cas, je crois que beaucoup partagerons qu’une courte réflexion sur cette proposition donne le sentiment d’un travail inachevé, à la mesure peut-être d’une certaine méconnaissance de l’évolution technique à laquelle le monde est confronté. Le degré de culture technique est pourtant aujourd’hui un prérequis fondamental pour comprendre le présent et à anticiper l’avenir, et c’est là qu’on souhaite percevoir des qualités particulières chez un présidentiable.

 

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