Compagnes et compagnons des mauvais jours…
…les mauvais jours finiront !
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Reprendre en titre, pour consacrer ici quelques réflexions au Nouveau Front Populaire, les paroles de Jacques Prévert d’une chanson qui dut être composée et chantée au temps du Groupe Octobre, ainsi nommé en hommage à la Révolution d’Octobre de 1918, et qui eut ses heures de succès pendant le Front populaire de 1936 ; et celles de Jean-Baptiste Clément qui composa La Semaine Sanglante, au lendemain même de ce moment historique qui a scellé dans le sang et l’effroi la fin de La Commune de Paris (1871), veut indiquer que le même arc historique est toujours tendu, présent, dans les moments importants d’un possible progrès social pour les classes laborieuses !
Cependant, on voit déjà s’installer, sous prétexte de pensée historique, cette idée que la défaite est toujours assurée à terme, qu’il faut être prudent, etc. Certes, si l’on décline quelques siècles du passé on peut toujours choisir le trou de sa serrure : le cynisme, le surplomb de la maîtrise historicisante, ou celui de la maîtrise psychologisante, assurer que pour toujours l’homme sera un loup pour l’homme. Et même que les espoirs mesurés de ce Nouveau Front Populaire seraient la manifestation d’une séquence utopique qui précéderait, pourquoi pas, celle dystopique et terrible d’une GUERRE CIVILE MONDIALISEE ou au moins EUROPEENNE. Certains discutent des costumes de maintenant ou d’après : il faut bien faire semblant au moins de penser quelque chose alors que, à chaque moment décisif de sa grande traversée séculaire et planétaire, à chacun de ces moments, l’Humanité est nue ! Dans ces moments-là, chacune et chacun de nous, tel le roi du conte d’Andersen, sommes nus, démunis, transparents. Et d’une certaine façon toujours au bord de l’abîme… Qui a fait remarquer avec justesse que, fin juin 1968, nous étions passés de fort peu à côté d’une répression majuscule ?
Cette réflexion introductive tout à fait rhétorique par certains aspects est en même temps capitale si on veut bien la prendre au sérieux.
Pourquoi perdons nous ? Qui est ce nous ?
Le premier numéro de la revue La Révolution surréaliste du premier décembre 1924 annonçait : « Il faut aboutir à une nouvelle Déclaration des Droits de l’Homme ». On devrait nécessairement préciser aujourd’hui : « Il faut aboutir à une nouvelle Déclaration des Droits des Genres Humains et de ses Diversités ». Mais les enjeux que portaient les surréalistes mutatis mutandis sont toujours les nôtres, à savoir mener plus haut encore, et plus loin, les perspectives universalistes des Lumières, les perspectives poétiques de Rimbaud et Lautréamont, celles de la lutte contre le capitalisme de Marx, celle de la perspective du refus de toutes les aliénations ouverte par l’œuvre de Freud initiant la compréhension de la construction des inconscients et, se faisant, celle aussi des comportements. (On a bien vu ce matin l’ego d’un chef insoumis exclure l’insoumission de quelques autres).
Cette œuvre fut continuée par Wilhelm Reich, l’Ecole de francfort etc. ! Elle l’est encore aujourd’hui même, contestée également dans certains de ses paradigmes.
Ces perspectives ce sont celles qui ont été à nouveau portées plus haut et plus loin par la Révolution espagnole et, sur le mode d’une activité critique plus théorique par Walter Benjamin bien sûr, et d’autres également! Par Guy Debord et les situationnistes et d’autres encore, le combat des féministes et des homosexuel.les, celui des Droits Civiques…
Comme le disait nous ne savons plus quel multi-milliardaire mondialisé : « La lutte des classes existe mais c’est nous qui l’avons gagnée ». Les féodaux multi-milliardaires mondialisés ont toujours jusqu’à présent réussi à maintenir, par leurs pressions sur les Etats, des zones de prédations différenciées leur permettant, par des mouvements financiers d’une vitesse supersonique, à chaque instant, d’aller quérir la rente là où elle se trouve. Les Etats libéraux faisant à leur tour pression sur les plus pauvres et les classes moyennes pour rester compétitifs entre eux et ajuster leurs fameux équilibres budgétaires. Et on a le culot de s’interroger sur les raisons d’une montée nationaliste de droite extrême (n’utilisons pas le mot populisme, s’il vous plait !) dans tous les pays d’Europe. Un des projets européens les plus décisifs sera la mise en place, dans tous ses aspects, d’une fiscalité commune : lourde tâche !
Le nœud bolloréen (néologisme par analogie) européen (et mondial !) est bien le suivant : les riches y sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Et en plus, quelle chance, les pauvres n’ont pas eu accès, ou très peu, ou seulement quelques transfuges, comme on dit aujourd’hui et dont nous sommes, à la culture, à la possibilité de déconstruire la manipulation d’un imaginaire collectif par une efficace production spectaculaire et médiatique organiquement orchestrée. Il faudrait réécrire au présent, dans la Société spectaculaire de ce temps, toujours marchande, confusionniste, meurtrière et chaotique, La Psychologie de masse du fascisme de Wilhelm Reich qui avait bien montré les ressorts de l’adhésion à l’autorité et au nazisme en Allemagne dans le début des années trente.
Peut-être pouvons-nous dire alors que ce nous d’espérance peut désigner toutes ces personnes qui inscrivent leurs exigences d’équité et de salut public dans une sorte de Constellation des espérances, revendications, et révoltes multiples, écologiques, économiques, socialistes, communistes, féministes et post-féministes, homo, trans, hétéro, anti-colonialistes, antirascistes, libertaires et post-libertaires…
« Ah ! le bel équipage qu’une telle Constellation des rancoeurs multiples ! » répète à l’envie pour diviser bien sûr, les démagogues libéraux (ou néo-libéraux) qui égrènent leur pensée de combat contre toute espérance dans tous les champs : politiques, médiatiques, universitaires ; agitant toutes les chiffons de toutes les peurs…
C’est cette Constellation des espérances, revendications, et révoltes multiples qui, depuis même Spartacus, est toujours présente à certains grands rendez-vous de l’Histoire : les Jacqueries, 1789, 1848, 1871, 1936, 1968, etc. sous les formes et dans les habits de leur temps ; et bien évidemment chaque Constellation tentant de se nourrir, pour aller plus loin, de la compréhension des échecs précédents.
N’oublions pas : c’est bien nous qui perdons et non les autres qui gagnent.
Il faut, au moins en esprit pour l’instant, opérer cette sorte de changement de paradigme : mettre l’accent sur ce qui nous rapproche et non ce qui nous sépare ! Expérimentons une sorte de laboratoire de tous les possibles ! A nous de voir. La seule solution est bien cette Constellation des espérances, revendications, et révoltes multiples qu’il faut construire, y compris avec sourire et méta-ironie : on sait la chose politique trop sérieuse pour être "laissée" aux seul.es femmes et aux hommes politiques.
Le programme de cette Constellation sous le nom qu’elle s’est donné aujourd’hui de Nouveau Front Populaire sera de porter plus haut et plus loin toutes les valeurs de l’universalisme revisité telles qu’évoquées ci-dessus. Et pour chacune de ces valeurs, tournant le dos à la culture de la division, rendre possible un échange, une conversation et un accord pragmatique au regard des circonstances. Quand on regarde au plus près chaque personne qui s’inscrit dans cette Constellation, on doit comprendre que souvent, au delà de l’effet de manche des égos peut s’engager, dans la durée d'une période donnée, un processus qui, d’accord provisoire en accord provisoire, dans cette perspective, pourrait porter plus haut les valeurs d'un universalisme revisité.
Au lendemain de la victoire de ce Nouveau Front Populaire (ce que nous souhaitons !), celui-ci devra avoir la lucidité de mettre en place un gouvernement se considérant lui-même comme le carrefour pragmatique d’une situation donnée à un moment donné, que ce gouvernement ainsi formé sera toujours un gouvernement provisoire des possibles en exil.
Ce que fut aussi, sans le savoir dans le temps de son présent, le premier Front Populaire.
Mais qui fut malgré tout un moment important dans l’histoire de notre humanité, pour toutes les raisons que chacune et chacun sait, mais aussi un repère pour aujourd’hui.
On voit aujourd’hui également cette tentative dénigrée par les mêmes que plus haut : le costume de Léon Blum serait trop grand pour ces petits hommes et petites femmes sottement prétentieux.ses ; il se retournerait dans sa tombe, osent-ils, parlant ainsi avec une familiarité de café du Commerce pour prétendre en encenser la grandeur inatteignable ! Antoine Malamoud, son arrière petit-fils, dans son article dans Médiapart, nous montre bien que le Front Populaire (le grand !:)) n’est pas né en Arcadie avec toutes les bonnes fées penchées sur son berceau. Ce Nouveau Front Populaire (le petit !:)) saura leur démontrer, quoi qu’il advienne, que ces détracteurs font partie de ces perroquets de l’Histoire pour qui la République sera toujours plus belle sous l’Empire !
Collectif Et in Arcadia ego
Ce 15 juin 2024