Cause animale: l'importance de sortir d'une vision manichéenne pour mieux convaincre

 

   En tant que défenseurs des droits des animaux, nous avons souvent les yeux rivés sur ceux qui ne partagent pas nos convictions, généralement ceux qui mangent et consomment des produits animaux. Au point d'oublier de porter un regard critique sur nous mêmes. Pourtant, il serait très intéressant de s'essayer à cette démarche, car nous avons tendance à sombrer dans une vision manichéenne qui a surtout pour effet de desservir la cause animale.


  L’importance de remettre en question de la stratégie employée par les défenseurs de la cause animale

  En tant que défenseurs des droits des animaux, nous avons souvent le regard rivé sur ceux qui ne partagent pas nos convictions, généralement ceux qui mangent et consomment des produits animaux. Au point d'oublier de porter un regard critique sur nous mêmes. Pourtant, il serait très intéressant de s'essayer à cette démarche, car nous avons tendance à sombrer dans une vision manichéenne qui a surtout pour effet de desservir la cause animale.

  Même si cela peut sembler évident, il convient d’opérer une distinction entre les mouvements en faveur des droits animaux et les modes de vie que sont le végétarisme et le végétalisme afin de bien définir l'objet de cet l’article. La différenciation a son importance parce que la cause animale peut être défendue tant à titre collectif par la sensibilisation, des actions directes -nous permettant là de parler de militantisme ou même d'activisme- qu'à titre individuel par la seule manière de consommer. Il ne sera donc ici pas question du mode de vie végétarien et végétalien lui-même puisque les préoccupations d’ordre éthiques, écologiques, économiques et sanitaires qui le sous-tendent sont pleinement justifiées et ont déjà été traitées par d'autres.

 Cette différenciation permet en outre de mieux définir la cause animale qui n'est pas seulement le fait de végétaristes et veganistes, même si ceux-ci sont les plus visibles ; cette erreur de réduction est aussi bien commise par la société que par les végétariens et veganistes eux-mêmes. Une part importante de cet article sera évidemment consacrée aux végétaristes et véganistes car ils constituent en quelque sorte les ambassadeurs de la cause animale et influent sur la perception de celle-ci dans la société. Cet article doit aussi fournir l'occasion de se placer du point de vue de la société composée en grande majorités de personnes qui ne défendent pas la cause animale.

  Ce choix d’embrasser les défenseurs de la cause animale et ceux qui ne le sont pas dans mon article n’est en aucun cas un acte de démagogie de ma part ; il s'agit surtout par ce choix d'exprimer la volonté de mener une réflexion critique sur nous-mêmes - les défenseurs de la cause animale- et de respecter l’autre qui ne partage pas nos convictions et que nous voulons justement convaincre –j’y reviendrai plus tard-. Cela est enfin le meilleur moyen de se libérer d'une vision manichéenne que j'ai dénoncée plus haut.

 

  Une vision manichéenne entraînant avec elle le piétinement des idéaux de paix et de justice.

   C’est avec regret, même avec consternation que je vois la manière dont un certain nombre de défenseurs de la cause animale, en particulier ceux qui se désignent comme végétariens et végétaliens, usent d’une stratégie agressive pour rallier les non-végétariens – je me refuse à employer le mot bien répandu de « carnivore »-  à la cause animale; face à un tel comportement, il est alors peu étonnant que certains estampillent ce mouvement « secte ». Le fait d'être persuadé que ses idées sont bonnes et de se sentir impuissant, frustré car l'autre n'y est pas réceptif est quelque chose de tout à fait compréhensible. Mais cela justifie-t-il le fait de virer à l’extrémisme en attaquant l’autre?

  Car il faut restituer le mode de vie végétarien et végétalien dans son contexte : loin d’être une fin en soi et de se réduire au contenu de notre assiette, l’adoption d’un mode de vie végétarien ou végétalien fait partie du cheminement vers un mode de vie responsable aussi bien vis-à-vis des animaux, des êtres humains, que de la planète. Plus encore, il s’agit de se faire le porte-voix d’un idéal de justice et de paix.                                                                                                                                                                                                                                   Tout voir à travers le prisme du végétarisme et du véganisme au point que ces modes de vie soit érigés au rang critère pour définir la valeur de l’autre : est-ce donc cela l’incarnation du végétarisme? Cela semble malheureusement être l’avis de la PETA, une habituée des campagnes provocantes, qui ne manque pas de faire du body-shaming pour mieux vendre la cause animale ; ainsi que de nombreuses autres personnes qui essaient de convaincre à grand renfort de propos moralisateurs voire d’insultes, de phrases et d’images choc sur Twitter ou ailleurs.

 

  Il est triste de voir que l’on ait si perdu foi en la capacité de l’autre à changer que l’on ressent le besoin de nier sa valeur– n’oublions pas qu’avant d’être devenu végétarien ou végétalien, nous avons aussi consommé aussi des produits animaux. Considérer les non-végétariens d’un air dédaigneux, ou pire, d’un air méprisant alors que nous avons été comme eux,  est tout aussi puéril que de considérer nos aïeux comme des êtres non-évolués alors que nous devons notre avancement aux enseignements tirés de leurs erreurs commises dans le passé.                              Il faut d’urgence cesser de voir ceux qui ne sont pas végétariens ou végétaliens comme un bloc indissociable contre lequel il faut ériger un mur du mépris.  Affirmer notre supériorité sur ceux qui adoptent un mode de vie différent du nôtre ne rend aucun service à la cause animale mais ne sert qu’à flatter notre égo. C’est ainsi dévoyer la cause de son idée fédératrice de la justice et de la paix comme je l’ai expliqué plus haut. Les non-végétariens consomment certes de la viande et d’autres produits animaux, mais cela fait-il nécessairement d’eux des êtres-humains dépourvus de toute empathie ? L’empathie pour l’humanité, qualité tout aussi importante que l’empathie pour les animaux, est parfois mieux cultivée par des non-végétariens que par nous-mêmes qui dénigrons les autres; le fait d’être non-végétarien peut tout à fait aller de pair avec le souci d’adopter un mode de vie responsable par d’autres biais.

 

  Comment se libérer d'une vision manichéenne.

  Faire changer les mentalités et, avec elles, les modes de vie est une tâche de longue haleine demandant beaucoup d’empathie et dont on ne vient pas à bout par la violence verbale mais par l'échange.  Il faut aussi accepter le fait que tous ne puissent pas notre partager notre point de vue et les laisser exprimer le leur tant que cela se fait dans le respect ; c’est somme toute l’essence même de la liberté d’expression.

  La base d'un échange constructif consisterait à ce que nous tentions de comprendre ce qui peut animer les non-végétariens : ça n'est non pas la cruauté comme on aime à le répéter, mais essentiellement les préjugés véhiculés par les lobbys de l’industrie de la viande, laitière… A titre personnel, je dois mon changement de mode de vie uniquement au fait que j’aie eu la chance de croiser sur mon chemin des personnes qui m’ont donné des pistes de réflexions sur la production de produits animaux, sans jamais faire preuve d’agressivité, en me laissant me former une opinion et en me proposant des alternatives. Le déclic ne s’est certainement pas produit en voyant des images choc et des phrases à l’emporte-pièce que l’on peut retrouver sur Twitter ou ailleurs ; au contraire, cela m’a fait un temps reculer de crainte d’être assimilée aux personnes qui utilisent ces méthodes extrêmes.

  Maintenant que je suis végétarienne, je porte, comme beaucoup d’autres avant moi, le fardeau de ces mauvaises méthodes qui ont contribué –pas à elles seules il est vrai, puisque les lobbys mènent une propagande redoutablement efficace-  à ce que le végétarisme et le végétalisme soient mal perçus. Je dois faire face aux interrogations et aux préjugés, mais mon but n’étant pas d’entrer en conflit ouvert avec ceux qui ont un autre mode de vie, je m’attache à déconstruire les préjugés, à informer sans agressivité aucune. De la même manière que ceux qui m’ont permis de changer mon mode de vie.

 

 

  Aussi je vous encourage à poursuivre la lutte pour une cause noble sans oublier qu’elle s’inscrit dans un idéal d’une vie responsable et qu’il faut aussi traiter l’interlocuteur avec respect. Un débat construit plutôt que des phrases et des images choc ; l’information et la réponse aux interrogations plutôt que la critique virulente ; proposer des alternatives à la consommation de produits animaux plutôt que de sans cesse prôner les bienfaits d’un mode de vie végétarien ou végétalien : ce sont autant d’éléments qui permettront de faire avancer la cause animale.

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