Madame Palatine : De la nécessité de la "grosse commission" et de sa trivialité.

Lettre scatologique française de Madame Palatine à la Duchesse de Hanovre traitant d'un problème journalier délicat.

Dans la suite des écrits inattendus du Grand Siècle, la lettre en français adressée par "Madame Palatine" (Princesse du Palatinat, belle-sœur de Louis XIV, épouse de son frère le Duc d'Orléans et mère du Régent) à sa tante traitant librement d'un sujet très terre à terre : la défécation et en quels termes !

Les échanges avec la sœur de son père le prince palatin du Rhin, la Duchesse Sophie de Hanovre de qui elle était très proche, étaient particulièrement abondants et chaleureux, aussi bien politiques que personnels et Gala de l'époque et quasiment toujours en français.

Elle n'hésitait pas à dire ce qu'elle pensait, sans illusion sur le milieu où elle vivait  recluse et dont elle n'aimait que le théâtre, l'opéra et la chasse, désignant par exemple Mme de Maintenon comme "la vieille putain". Ainsi elle assistait aux messes obligatoires et s'y endormait et comme elle ronflait elle rapporte plusieurs fois qu'étant à la droite du Roi, celui-ci lui donnait des coups de coude pour la réveiller, ce qui n'est guère étonnant : elle croyait en Dieu mais pas aux religions. Une personne très spéciale en somme.

C'est une des personnalités hors-cadre les plus intéressantes de cette époque, décrivant la Cour qu'elle n'aimait pas sans aucune complaisance; attachante par sa liberté et son refus des conventions hors bien sûr les égards qui lui étaient dus par son rang et comme première dame du royaume pendant longtemps.

Mais j'arrête de "berner", à vous de lire cette critique de Fontainebleau :

Vous êtes bien heureuse d’aller chier quand vous voulez ; chiez donc tout votre chien de soûl. Nous n’en sommes pas de même ici, où je suis obligée de garder mon étron pour le soir ; il n’y a point de frottoir aux maisons du côté de la forêt. J’ai le malheur d’en habiter une, et par conséquent le chagrin d’aller chier dehors, ce qui me fâche, parce que j’aime chier à mon aise, et je ne chie pas à mon aise quand mon cul ne porte sur rien. Item, tout le monde nous voit chier ; il y passe des hommes, des femmes, des filles, des garçons, des abbés et des Suisses. Vous voyez par là que nul plaisir sans peine, et que, si on ne chiait point, je serais à Fontainebleau comme le poisson dans l’eau.

Il est très chagrinant que mes plaisirs soient traversés par des étrons. Je voudrais que celui qui a le premier inventé de chier ne pût chier, lui et toute sa race, qu’à coups de bâton! Comment, mordi ! qu’il faille qu’on ne puisse vivre sans chier ? Soyez à table avec la meilleure compagnie du monde ; qu’il vous prenne envie de chier, il faut aller chier. Soyez avec une jolie fille ou femme qui vous plaise ; qu’il vous prenne envie de chier, il faut aller chier ou crever. Ah ! maudit chier ! Je ne sache point de plus vilaine chose que de chier. Voyez passer une jolie personne, bien mignonne, bien propre ; vous vous récriez : « Ah ! que cela serait joli si cela ne chiait pas ! »

Je le pardonne à des crocheteurs, à des soldats aux gardes, à des porteurs de chaise et à des gens de ce calibre-là. Mais les empereurs chient, les impératrices chient, les rois chient, les reines chient, le pape chie, les cardinaux chient, les princes chient, les archevêques et les évêques chient, les généraux d’ordre chient, les curés et les vicaires chient. Avouez donc que le monde est rempli de vilaines gens ! Car enfin, on chie en l’air, on chie sur la terre, on chie dans la mer. Tout l’univers est rempli de chieurs, et les rues de Fontainebleau de merde, principalement de la merde de Suisse, car ils font des étrons gros comme vous, Madame.

Si vous croyez baiser une belle petite bouche avec des dents bien blanches, vous baisez un moulin à merde. Tous les mets les plus délicieux, les biscuits, les pâtés, les tourtes, les farcis, les jambons, les perdrix, les faisans, etc., le tout n’est que pour faire de la merde mâchée, etc.

Très cordialement à toutes et tous.

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