Angèle Bastiani, future présidente communiste de l’Assemblée de Corse ?

Après Dominique Bucchini, premier président communiste de l’Assemblée de Corse, et après l’intermède de l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni, la possible désignation d’Angèle Bastiani, mairesse d’Ile-Rousse, à ce poste symbolique dans l’île, redonne du baume au coeur aux soutiens de la liste conduite par Michel Stefani qui avec seulement 3,18%, n’a pu se maintenir au second tour des territoriales.

Retour sur le parcours complexe et sinueux d’une militante communiste historique, ralliée au macronisme, avant de se jeter dans la dynamique autonomiste avec Gilles Simeoni.

Gilles Simeoni qui avait choisi de faire cavalier seul aux élections territoriales a emporté, ce dimanche 27 juin, une victoire nette et sans appel (40,64%). Il devance la liste de droite et républicaine conduite par le maire d’Ajaccio Laurent Marcangeli (32,02%), et relègue loin derrière lui la liste de l’autonomiste et maire de Porto-Vecchio Jean-Christophe Angelini (15,07%) ainsi que celle conduite par le leader indépendantiste de Core In Fronte, Paul-Félix Benedetti (12,61%). Si Jean-Christophe Angelini se rêvait en faiseur de roi, le pari du sudiste s’avère être un échec total, et ce malgré la politique d’ouverture conduite par ce dernier, destinée notamment à lui permettre de rallier à sa cause des figures politiques de Haute-Corse. Avant la débâcle d’Angelini, qui n’a pas manqué de surprendre les observateurs les plus avisés de la vie politique insulaire, celle du leader historique du courant nationaliste et indépendantiste, Jean-Guy Talamoni, avait déjà eu pour effet de souligner la puissance, quasi irrésistible, du président sortant de l’exécutif. Une puissance bâtie sur un maniement habile de l’imaginaire du nationalisme corse, sur un art oratoire sans égal à même d’éclipser les errements d’un candidat sans bilan, ou presque, et surtout sur une capacité à bâtir des alliances, fussent-elles atypiques.

Gilles Simeoni rejette l’union des nationalistes, et s’ouvre à En Marche !

Parmi les paris de l’ancien maire de Bastia, celui de l’ouverture à des figures politiques n’ayant aucun lien, ni philosophique, ni idéologique, avec la lutte de libération nationale (LLN) mérite d’être souligné. Concourant aux territoriales sans Corsica Libera et sans le PNC, Gilles Simeoni est parvenu à conforter sa position, quasi hégémonique sur l’île, en s’adjoignant des personnalités dites d’ouverture. Parmi ces dernières, la plus remarquable est indéniablement Angèle Bastiani, son parcours politique, et ses prises de position de ces derniers mois, dans le cadre notamment de l’élection municipale de 2020 à Ile-Rousse (Balagne), semblaient pourtant davantage la prédestiner à rejoindre les rangs du sudiste Jean-Charles Orsucci, représentant en Corse de LREM. Orsucci, qui à l’image de Stefani, n’est pas parvenu à maintenir sa liste au second tour des territoriales, n’avait pas manqué de répondre à l’appel d’Angèle Bastiani, en 2020, dans la rude bataille engagée par cette dernière pour faire tomber le bloc de droite qui présidait aux destinées de la citée paoline depuis plusieurs décennies. Or, passée l’échéance municipale de l’année dernière, et alors que les habituelles tractations de constitution des listes électorales commençaient à voir le jour, les observateurs les plus avisés de la vie politique ont cru discerner une rupture dans le camp orsucciste, avec une section balanine regardant avec davantage d’intérêt Gilles Simeoni que le maire de Bonifacio.

Le parcours détonnant d’Angèle Bastiani, du PCF à Simeoni, en passant par Macron

Loin d’être de pures spéculations, les rumeurs de ce printemps qui envoyaient la nouvelle mairesse d’Île-Rousse sur la liste de Gilles Simeoni se sont avérées fondées. Tellement fondées qu’à la mi-mai, quelques heures seulement avant la divulgation officielle à Corte de la liste “Fà Populu inseme”, des rumeurs de dernière minute envoyaient même Angèle Bastiani à la deuxième place de la liste. Finalement, celle qui avant de s’engager pleinement dans la vie politique, exerçait les fonctions de professeure de couture au lycée professionnel de Montesoro (région de Bastia), a obtenu une honorable et symbolique sixième place. Une place qui la propulse de fait parmi les femmes et hommes de confiance qui épaulent Gilles Simeoni, depuis plusieurs années, et qui, selon les analyses des observateurs émérites de la vie politique insulaire, pourrait même propulser cette dernière aux plus hautes responsabilités au sein des instances politiques insulaires. 

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Comme un clin d'œil politique et idéologique, certains spéculent ainsi sur une probable nomination d’Angèle Bastiani, dont la famille compte nombre de compagnons de route du parti, comme présidente de l’Assemblée de Corse. Si cela s’avérait exact, ce n’est cependant pas l’Internationale qui résonnerait à l’Assemblée, mais plus sûrement les habituels chants nationalistes qui rythment les meetings politiques des sympathisants de l’ancien maire de Bastia. Qu’importe, après la présidence de Dominique Bucchini, du temps de Paul Giacobbi, la nomination à la présidence de l’Assemblée de Corse d’une personnalité politique, au parcours certes complexe et sinueux, mais néanmoins ayant fait ses premières armes chez les communistes ne manquerait pas de constituer un symbole haut et couleur. 

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