Bhopal : ils veulent changer les choses

 Cinquante hommes, femmes et enfants ont parcouru les 800 kilomètres qui séparent Bhopal de New Delhi où ils sont arrivés ce week-end.

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Cinquante hommes, femmes et enfants ont parcouru les 800 kilomètres qui séparent Bhopal de New Delhi où ils sont arrivés ce week-end. Ces survivants de la catastrophe de Bhopal espèrent obtenir du gouvernement indien le nettoyage du site et des soins médicaux. Ils attendent dans un coin de Jantar Mantar -la rue dédiée aux manifestations- que le Premier ministre Manmohan Singh accepte de les recevoir.

 

La tragédie de Bhopal dure depuis la nuit du 2 au 3 décembre 1984, lorsque 42 tonnes de gaz toxique mortel se sont échappées de l’usine américaine Union Carbide, fabricante de pesticides. Le gaz (de l’isocyanate de méthyle) a intoxiqué et tué près de 20 000 personnes.

 

Vingt-quatre ans après, les conséquences sont plus que visibles et personne ne semble vouloir prendre la mesure du drame. Handicaps physiques et mentaux des enfants de victimes, vieillissements prématurés des adultes... 800.000 personnes ont été affectées d’une manière ou d’une autre par la catastrophe selon les chiffres officiels. Les habitants continuent de vivre aux côtés d’une usine qui ressemble à un tas de déchets toxiques à l’abandon. Le site n’a pas été entièrement nettoyé. Les sols et les nappes souterraines sont contaminés.

 

Union Carbide a quitté l’Inde dès 1984. Aucun responsable de l’entreprise n’a été extradé ni jugé en Inde. Les victimes ont reçu un chèque d’indemnisation de la société qui espérait ainsi clore l’affaire en 1989. Sans se soucier des conséquences à plus long terme. Pourtant, la catastrophe a continué de faire des victimes. Une longue bataille s’est engagée entre l’Etat indien et des associations au sujet de l’état des sols. Etrangement, les autorités du Madhya Pradesh ont assuré dans les années 90 que l’eau était parfaitement buvable, ce que même un consultant d’Union Carbide a trouvé exagéré (lire le dossier du magazine Tehelka : cliquer ici). Puis les ONG (Greenpeace en premier lieu) ont réussi à se faire entendre. Des réservoirs d’eau potable ont alors été installés dans les zones concernées, de manière très insuffisante.

 

Quant à la décontamination du site, le débat se poursuit et n’avance pas. La Cour de justice du Madhya Pradesh pense demander une compensation à Dow Chemical -qui a racheté Union Carbide en 2001- pour le nettoyage du site. Mais l’Etat central ne suit pas (lire l’article du quotidien économique indien Live Mint). Il semble plus sensible aux discours efficaces des avocats de Dow Chemical qui gardent la même ligne de défense depuis le rachat d’Union Carbide : «Nous ne sommes pas responsables des erreurs passées». L’argument séduit d’autant plus qu’en octobre dernier, Dow Chemical a évoqué de grands projets d’investissements en Inde.

 

 

- A lire en anglais : le roman Animals People de l’écrivain indien Indra Sinha, qui vient d’être nominé pour plusieurs prix littéraires. Ce roman s’inspire de la catastrophe de Bhopal transposée dans une ville imaginaire où l’on suit la vie d’un jeune homme laissé à l’état d’animal, ne pouvant marcher qu’à quatre pattes après la fuite de gaz.

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