George Floyd est mort et l'Amérique s'embrase. Mais en France aussi, le racisme tue

George Floyd est mort et l'Amérique s'embrase. Mais en France aussi, la police tue. Les médias français, toujours prompts à évoquer le racisme systémique des Etats-Unis, deviennent curieusement beaucoup plus timides quand il s’agit de regarder ce qui se passe en France. Entre classe, race, effets structurels du racisme et de la pauvreté, violences policières, on retrouve exactement le même cocktail délétère en France qu’aux Etats-Unis. 

George Floyd est mort et l’Amérique s’embrase.

Derek Chauvin, le policier qui l’a tué, a été arrêté et inculpé. Sera-t-il condamné ? 

De Eric Garner à Tamir Rice, de nombreux policiers, qui ont tué des hommes, des femmes, des enfants noirs dans des circonstances similaires, ont été acquittés. Il semble difficile toutefois, vu l’évidence des preuves, que cette fois encore ce soit le cas. Mais qu’en est-il des trois autres policiers présents ? Ils n’ont rien fait pour empêcher leur collègue de tuer George Floyd. N’est-ce pas de la complicité de meurtre ? A minima de la non-assistance à personne en danger ? Pourquoi ne sont-ils pas inculpés eux aussi ?

George Floyd est mort et l’Amérique s’embrase.

A Minneapolis où il a été tué, les manifestations sont multiraciales. Des latinos, des immigrés d’Afrique de l’Est, des jeunes Blancs des banlieues résidentielles crient eux aussi leur colère. Les autorités veulent les faire passer pour des extrémistes. N’est-ce pas plutôt le signe d’un écoeurement général qui monte dans la société américaine face à la répétition de ces crimes raciaux ?

Suite à leur médiatisation et au mouvement Black Lives Matter, la police a été équipée de caméras embarqués, les Etats tentent de diversifier le recrutement. Pour quel résultat ? 

À Minneaoplis entre 2009 et 2019, 60 % des victimes de tirs de la police étaient Noires, alors que la population noire de la ville est de 20 %. 
Une longue tradition d’impunité, l’influence des syndicats, la clémence des juges et des jurys populaires laisse toute latitude aux policiers de faire un « usage excessif de la force. » 

George Floyd est mort et l’Amérique s’embrase. Peut-être parce qu’au temps du Coronavirus les inégalités raciales sont plus visibles que jamais. 

Les Noirs ont payé le plus lourd tribut. Ils meurent deux à trois plus du virus que les Blancs, les Latinos et les Asiatiques. Parce qu’ils sont plus pauvres (22 % contre 9 % de Blancs), parce qu’ils sont plus susceptibles que les autres communautés de vivre dans des déserts médicaux, parce qu’ils sont plus nombreux à ne pas avoir les moyens de se soigner, parce qu’un mauvais accès aux soins systémique leur fait développer des pathologies qui rendent le virus plus meurtrier. Et aussi, parce qu’ils ont dû continuer, quand ils le pouvaient, à travailler, et qu’ils font des métiers qui les exposent davantage.  

Mais que leur dit le General Surgeon des Etats-Unis – un Africain-Américain – lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche : « Evitez l’alcool, le tabac et les drogues. » 

George Floyd est mort et l’Amérique s’embrase. Mais n’oublions pas qu’en France aussi la police tue.

Les médias français sont toujours prompts à évoquer le racisme systémique des Etats-Unis. Curieusement, ils deviennent beaucoup plus timides quand il s’agit de regarder ce qui se passe en France. Et pourtant, une enquête du Défenseur des droits datant de 2017 montre qu’un jeune homme perçu comme Noir ou Arabe a 20 fois plus de chances d’être contrôlé par la police. Il sera aussi 3 fois plus insulté ou brutalisé pendant ce contrôle que le reste de la population.

Pendant le confinement, il y a eu 17,9 % de verbalisations en Seine-Saint-Denis contre 5,9 % au niveau national. Des cas de violences policières et de propos racistes à l’encontre de personnes dites racisées (non blanches) ont été documentés sur les réseaux sociaux, vidéos à l’appui. « Mais il n’y a eu aucune stigmatisation dans les contrôles » affirme Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat auprès du Ministère de l’Intérieur, justifiant qu’il fallait protéger davantage la population d’un département où le virus circulait très largement… Dans la même interview donnée à Libération, Monsieur Nuñez ajoute qu’il « n’y a pas de racisme diffus dans la police » et que celle-ci « est diverse, à l’image de la société française. » 

Faire reposer les cas de violence raciale au sein de la police sur la seule responsabilité de quelques individus, c’est se priver de la possibilité d’interroger comment ces biais raciaux sont structurellement mis en place. Et donc d’y remédier. Or, on le sait, le délit de faciès existe bien en France. 

La Seine-Saint-Denis est le département français qui concentre le plus de populations originaires d’Afrique du Nord, d’Afrique Subsaharienne et des Dom-Tom. C’est le département qui connaît le plus haut taux de pauvreté (2 fois plus que dans le reste de la France), le plus grand nombre de logements sociaux, souvent surpeuplés, et des travailleurs « premiers de corvée » (caissiers, éboueurs, aides-soignants, auxiliaires de vie…) qui ont été particulièrement exposés pendant la crise du Coronavirus. C’est aussi un désert médical. Et c’est là que la mortalité a le plus augmenté pendant la crise sanitaire. 

Entre classe, race, effets structurels du racisme et de la pauvreté, violences policières, on retrouve le même cocktail délétère en France qu’aux Etats-Unis. Alors, oui, pleurons la mort de George Loyd, mais n’oublions pas de regarder ce qui se passe ici et d’interroger les failles de notre société.

 

Ce texte a préalablement été publié ici

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