A l'Ecole de la République, contre les séparatismes

Le PS a lancé son #Livedesidées sur le thème de « La République contre les séparatismes ». Trois tables rondes pour entrer dans le sujet « par la gauche », à contre-courant des caricatures et réponses faciles, avec des propositions concrètes. Sur le plateau de « La République retrouvée », j’ai évoqué le puissant levier de l’éducation pour lutter contre le terreau de tous les séparatismes.

A l’origine de tous les séparatismes, il y a un lien social et politique distendu avec la République qui évolue vers des comportements de défiance radicale ou de contestation brutale vis-à-vis des institutions, des valeurs de la République et de ses citoyens.
La lutte contre les séparatismes, c’est d’abord la prévention de la tentation ou du basculement séparatiste, et cela dès le plus jeune âge. Notre société et nos institutions doivent donner très tôt, et à tous nos jeunes, les « anticorps républicains » nécessaires pour éviter le décrochage social mais aussi la désaffiliation politique.
La question centrale – et notre défi commun – c’est celle du lien social précoce qu’il faut créer pour permettre le vivre ensemble républicain.

Mais pour vivre ensemble, il faut déjà « grandir ensemble » et « étudier ensemble ». Or aujourd’hui trop de nos élèves expérimentent encore des formes de ce qu’on pourrait appeler un « séparatisme scolaire ». Avec d’un côté des écoles ghettos et de l’autre des écoles pour l'élite. Avec des établissements qui concentrent toutes les difficultés et d’autres pas. Avec des carrières scolaires qui se finissent toujours dans les mêmes plafonds de verre quand d’autres ouvrent à tout.
Pour croire à la promesse républicaine, à l’égalité républicaine, à l’émancipation républicaine, il faut les vivre. Et surtout commencer à les expérimenter à l’Ecole, à l’Université, dans l’accès aux loisirs, à la culture, à l’entrée dans la vie active.
Pour prendre à la racine l’ambition d’une « République jusqu’au bout », retrouvée ou trouvée par chacun dès le plus jeune âge, il est temps de réinventer des cadres éducatifs au sens large qui ne jouent plus la distinction, la sélection ou l’isolement.

Pour faire exister réellement et expérimenter très tôt le « vivre ensemble » au niveau scolaire, il y a nécessité de mettre partout de la mixité sociale et scolaire dès l'école primaire. C'est pourquoi nous proposons de réformer la carte scolaire afin qu'elle prenne en compte cet enjeu prioritaire et nous proposons d’y intégrer aussi les écoles privées. Tous ceux qui contribuent à la mission de service public d’éducation doivent pouvoir comprendre et participer de l’intérêt général éducatif qui s’appuie notamment sur une exigence forte de mixité sociale et scolaire. Cette double mixité ne doit pas rester une injonction ou une incantation mais doit plutôt devenir un réflexe bien compris. Avec force de pédagogie dans les années qui viennent, nous devrons montrer qu’elle sert bel et bien tous les élèves, les plus fragiles comme les plus brillants.
La mixité, c’est le puissant levier pour agir contre une « jeunesse clivée » en permettant l’accès à une culture scolaire commune qui donne sur tous les territoires les mêmes chances, les mêmes droits, la même envie de se projeter, la même autonomie critique. Pas d’Ecole publique capable de former les citoyens de demain sans une Ecole réellement mixte socialement et scolairement dès la maternelle. Une Ecole capable d’incorporer aussi de « nouveaux apprentissages » en prise avec les défis de la société et de faire passer de nouveaux savoirs à portée citoyenne. Une Ecole qui travaille de façon transversale, au cœur de ses pratiques et de ses pédagogies, les réflexes de coopération et de solidarité.

Pour nouer et entretenir le lien social précoce et le lien scolaire, moteurs d’autres liens sociaux futurs et au-delà le lien républicain, il faut aussi repenser les moyens humains que l’on doit mettre au contact de nos jeunes.
Il faut des adultes à la fois passeurs, interlocuteurs et lanceurs d’alerte, des professionnels informés et formés, capables de détecter et d’agir sur tous les décrochages et toutes les désaffiliations précoces. Et il faut le faire dans tous les espaces sociaux où les jeunes évoluent : l’école, les loisirs, l’accompagnement social, la santé…
C'est pourquoi, concernant l’Ecole, nous proposons de nommer dans les quartiers dits difficiles des professeurs avec au moins 5 ans d'expérience.
Le déploiement ambitieux de nouvelles ressources humaines devra aussi se faire de façon à réparer les inégalités territoriales, demeurées longtemps invisibles et taboues, et que les politiques scolaires « macros » sont restées impuissantes à combattre. Il faudra pour cela ausculter finement les territoires de l’Ecole, repérer les disparités de traitement, parfois même à l’échelon infra-communal, et s’engager puissamment dans une logique de dotation scolaire universelle.

Pour préserver ou retrouver la République, c’est-à-dire pour faire exister concrètement, en actes, le lien social républicain et la promesse républicaine d’émancipation, il nous faut créer sur tous les territoires de nouveaux « écosystèmes éducatifs » avec de véritables logiques de coopération et de solidarité, non seulement entre les jeunes mais aussi entre les familles, les enseignants et tous les acteurs de l’éducation populaire.

 

Pour voir le replay de ce #Livedesidées du vendredi 4 décembre 2020

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