Droits télé de la Ligue des champions : le patron de Mediapro en colère

Jaume Roures, le patron de Mediapro, émet des doutes sur les conditions d'attribution des droits télé de la Ligue des champions par l'UEFA. Il annonce attaquer en justice l'instance européenne pour "magouille".

Sitôt officialisée, l'annonce des droits de retransmission de la Ligue des champions entre 2021 et 2014 vire à la polémique. Pour obtenir ces droits, le groupe Mediapro, contrôlé par un fonds chinois, et qui détient par ailleurs les droits de diffusion de la Ligue 1 pour la période 2020-2024, avait déposé une offre de 370 millions d'euros. Mais la décision finale s'est faite attendre et un second tour a permis au duo Canal-beIn de l'emporter.

Dans un entretien avec le journal L'Equipe, l'homme d'affaires est revenue sur la non-obtention de la Ligue des champions par son groupe et sur ses soupçons. Concrètement, il soupçonne un arrangement entre l'UEFA et les deux chaînes, qui se sont unies pour l'occasion pour formuler cette offre finale légèrement supérieure à celle de Mediapro. Dans un communiqué diffusé vendredi, beIN Sports se félicite d'avoir remporté "la quasi-intégralité" des droits avec une "offre financière raisonnée et réfléchie". La chaîne qatarie et Canal+, auxquelles il faut ajouter TF1 qui récupère la diffusion de la finale en clair, vont ainsi succéder à RMC Sport, l'actuel diffuseur de la compétition européenne. Mais, pour Jaume Roures, « Il y a eu une magouille. Nos offres étaient meilleures sur les deux tours. Depuis hier après-midi, l'UEFA était en train de tenter d'arriver à cet accord entre Canal+ et beIN Sports pour faire monter l'offre... Mais on ne nous a pas donné l'opportunité de faire quelque chose ».

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Interrogé sur les suites que le groupe Mediapro entendait donner à cette affaire, le PDG espagnol n'a pas mâché ses mots : « Nous allons attaquer l'UEFA en justice, en Suisse, pour demander l'accès à la documentation de l'appel d'offres, du premier et du deuxième tour. Si nous pouvons le faire dès aujourd'hui, nous le ferons. Nous souhaitons que les offres remises par chacun soient rendues publiques. Nous sommes convaincus d'avoir gagné l'appel d'offres... Après, il y a eu du mouvement entre hier après-midi et ce matin pour arriver à mettre d'accord Canal+ et beIN Sports. Je rappelle que l'appel d'offres ne permet pas à deux diffuseurs d'y aller ensemble, du moins deux gros et Canal et beIN ne sont pas des petits... »

Les 375 millions d'euros du contrat annuel accordé représentent une somme un peu supérieure à ce que Mediapro a offert. « Mais s'il y avait une offre de 375 millions d'euros dès hier, pourquoi attendre ? Ils auraient pu rendre le résultat public hier », a rétorqué M. Roures. Il entend donc lancer une contre-attaque et se battre pour tenter de récupérer ces droits : « Je n'ai pas d'autre possibilité », a-t-il déclaré. « Hier, après avoir déposé l'offre du deuxième tour, personne ne nous a rien dit... Pourquoi ? La logique aurait été de nous appeler et de tenter de nous faire monter le prix vu que notre offre était proche. C'est la logique de n'importe quelle négociation. Il y a une théorie qui dit que ce n'est pas bon que le foot soit dans une même chaîne en France... mais pour les abonnés, c'est pire ! Ils devront aller chercher la Ligue 1 d'un côté, une partie de la Ligue des champions d'un autre et une dernière partie ailleurs... Ce n'est pas bon pour le foot, pour le contenu, pour le produit ».

Mediapro est un groupe audiovisuel espagnol créé en 1994 par Jaume Roures, présent sur le plan national comme sur le plan international (Espagne, Portugal, Roumanie, Qatar...) à travers plusieurs filiales exerçant diverses activités dans le cinéma, la production et les droits télévisés, notamment liés au football. Mediapro possède aussi la chaine de télévision Gol Televisión, une chaine 100 % foot. La société est notamment le diffuseur historique de la Liga en Espagne4. Dans le domaine de la presse quotidienne espagnole, le groupe a lancé le mercredi 26 septembre 2007 le titre Público avec une édition nationale et trois régionales de soixante pages environ.

 

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