Fin de la suspension de Michel Platini : le Français bientôt de retour ?

La suspension de l’ancien patron de l’UEFA a pris fin ce lundi à minuit, une bonne nouvelle pour l’ancien meneur de jeu tricolores qui respire enfin après quelques années passées au purgatoire.

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Que ce fût une longue attente pour le français Michel Platini, le passionné du ballon rond. Mais comme on le dit, toute chose a une fin. Suspendu en octobre 2015 par le comité d'éthique de la Fédération internationale de football (FIFA) après un « paiement déloyal » de 1,8 million d'euros versés en 2011 par Sepp Blatter, Michel Platini, a vu le bout du tunnel ce lundi 7 octobre et pourrait reprendre une activité autour du football. « J'ai reçu beaucoup de propositions, des appels du pied, pour être consultant, pour faire l'Euro, la Coupe du monde, confie-t-il au journal Le Monde. J'ai fait un film sur la Ligue des champions et je vais faire un film sur l'histoire de l'Euro, les 60 ans. »

L'ancien des Bleus, qui livrera ses vérités dans son prochain livre à paraître début novembre, se donne le temps d'envisager les différentes pistes institutionnelles dans le football : « Les échéances sont loin (NDLR : l'élection du président de la fédération française de football aura lieu en décembre 2020, en 2023 à la FIFA). Il y a les clubs, il y a plein de possibilités. J'ai le temps. Les gens disent : Michel, tu es la voix du football. Il n'y a plus beaucoup d'anciens crédibles et Cruyff est parti. Je vais voir en fonction. Je ne m'interdis rien, tout est ouvert. » Preuve que les 4 ans passés hors du football n’ont pas enterré les envies de Platini.

Une chute manœuvrée par Blatter ?

L’ennemi n’est jamais loin dit-on. Le Français accuse son ancien patron et collègue. De fait, s’il avait soutenu M. Blatter lors de son élection à la tête de l’organisation mondiale, en 1998, ses rapports avec lui se sont détériorés à partir de 2013. Cette année-là, M. Blatter fait miroiter au français sa succession mais prépare, en réalité, sa reconduction pour un cinquième mandat. Leur rupture est consommée le 28 mai 2015, au lendemain d’un raid anticorruption mené, à la demande de la justice américaine, avant le congrès électif de la FIFA, à Zurich. M. Platini demande « les yeux dans les yeux » à son ami « Sepp » de démissionner. Celui-ci refuse. Seule la pression médiatique et judiciaire le contraindra, quelques jours plus tard, à abdiquer.

« Maintenant, j’ai Michel par les couilles. » Ce jour de janvier 2011, Sepp Blatter jubile. Le président suisse de la très puissante Fédération internationale de football (FIFA) vient de montrer à un proche, dans son bureau, une lettre et une facture envoyées par Michel Platini, son homologue à l’Union des associations européennes de football (UEFA) depuis 2007.

Dans ces documents, M. Platini lui réclame deux millions de francs suisses (1,8 million d’euros). Cette somme correspond à un reliquat de salaires datant de l’époque (1998-2002) où le Français était son conseiller. 9 ans après le terme de la mission, il a demandé son solde et le patron du foot mondial lui a proposé d’envoyer un courrier et une facture à Markus Kattner, le directeur financier de la FIFA.

Une erreur sur le montant fatale à Platini

« Ma suspension est due au fait que Blatter, qui voulait rester, et quelques administratifs de la FIFA, qui voulaient défendre leur très bonne soupe, n’ont pas voulu me voir président de la FIFA. » Michel Platini M. Platini l’ignore encore : il s’est trompé sur la somme mentionnée. M. Blatter l’a compris, lui, et il sait que cette erreur pourrait être fatale à l’ancien joueur, qu’il perçoit désormais comme un adversaire politique, soucieux de lui succéder. M. Blatter sait aussi que la justice suisse ne badine pas avec les factures : le moindre décalage de montant, même au désavantage du bénéficiaire (c’est le cas de Michel Platini) peut donner lieu à une procédure. Dans l’immédiat, M. Blatter garde précieusement ces documents.

Près de huit ans se sont écoulés depuis cette scène. Huit années en partie marquées, pour Michel Platini, par une longue disgrâce. Radié des instances internationales du football depuis 2015, il a vu cette mise à l’écart prendre fin ce lundi 7 octobre à minuit.

Le triple Ballon d’Or, toujours dans l’œil de la justice

Mais les rêves de retour de Platini restent liés à son avenir judiciaire. Placé en garde à vue en juin dernier, dans une enquête sur l’attribution litigieuse de la Coupe du monde 2022 au Qatar, il en était ressorti libre. Mais le Parquet national financier n’a pas bouclé l’enquête préliminaire ouverte en 2016. De fait, rien ne permet d’affirmer aujourd’hui que Platini ne sera pas mis en examen dans ce dossier.

En effet un déjeuner à l'Elysée en novembre 2010 intéresse particulièrement le PNF qui avait réuni notamment Michel Platini, l'actuel émir du Qatar et Nicolas Sarkozy, alors président de la République. « La garde à vue du 18 juin m'a fait du mal, reconnaît Platini dans Le Monde. Tu vas à un déjeuner pour dire à un président pour qui tu vas voter. Et tu te retrouves en garde à vue dix ans après. M. Sarkozy ne m'a jamais demandé de voter pour le Qatar. J'ai cru comprendre, puisqu'il y avait les Qataris, qu'il voulait que je le fasse. Je ne peux pas regretter ce déjeuner, car je croyais que je serais en tête à tête avec lui. C'est mon initiative. » L’ex président de l’UEFA revient de loin après 4 ans de suspension.

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