DFB : Une montre de 6000 euros pousse le président à la démission

Le président de la Fédération allemande de football (DFB) Reinhard Grindel a annoncé sa démission après les révélations sur la montre de luxe que lui a offerte le vice-président ukrainien de l’UEFA, Surkis.

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Le vent de critique et de corruption a finalement eu raison de celui qui a été missionné pour mettre de l’ordre dans la fédération allemande de football, secouée par des scandales ces dernières années.

« Je suis profondément bouleversé de devoir quitter les fonctions de président de la Fédération allemande de football à cause d’un tel comportement », a expliqué Reinhard Grindel. Grindel, a donné les raisons pour lesquelles, il a accepté en cadeau une montre d’une valeur de 6 000 euros. « Je n’ai fourni aucune contrepartie en échange de ce cadeau. Je suis parti du principe que j’étais autorisé à accepter la montre comme un cadeau privé », a-t-il ajouté.

Il a précisé que le vice-président de l’UEFA, Surkis, n’avait « aucun intérêt économique » avec la Fédération allemande de football. Le désormais ancien président est trempé depuis des mois dans une série de controverses notamment pour la gestion des crises en équipe nationale, dont l’affaire des joueurs d’origine turque en sélection à l’été 2018. Son leadership était fragilisé et remis en question.

Grindel a présenté ses excuses pour avoir manqué de jugement dans ses décisions. Il a regretté d'avoir accepté des cadeaux, notamment une montre de luxe d'un riche homme d'affaires ukrainien. « Tous ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas attiré par l'argent et que j'ai fait face à des problèmes de conformité pendant des années », a-t-il expliqué.

Les deux vice-présidents le remplacent de façon intérimaire jusqu'en septembre. Reinhard Grindel était en poste depuis avril 2016. Il avait évité de fouler le tapis rouge lors de l'ouverture du Musée du soccer à Dortmund.

L'hebdomadaire allemand Der Spiegel a publié le résultat d'une enquête faisant ressortir qu'il n'aurait pas déclaré un salaire supplémentaire de 87 000 $ pour son poste de président de la société de gestion médias de la fédération, en plus de son salaire de président de la fédération. « Il a pris cette responsabilité après être devenu président, donc M. Grindel n'avait pas à déclarer ce revenu additionnel », avait dit la fédération par voie de communiqué, en guise de défense. « Quand arrivent des révélations comme celle-là, vous devez avoir les arguments pour vous défendre. La fédération était en eaux troubles », a dit l'ancien milieu de terrain allemand Lothar Matthaeus. Déjà très critiqué, il aurait mal négocié certains dossiers et était attendu au tournant.

Il est présenté comme celui qui a lancé le débat sur la réelle implication des joueurs d’origine turque. En 2013 après un discours au parlement, sur le droit à la nationalité allemande, il est critiqué pour ses propos (citation : Qui dit oui à l'Allemagne, qui veut vivre chez nous, je peux attendre qu'il réfute ses origines en demandant la nationalité allemande).

Le patron de la Fédération allemande de football (DFB), Reinhard Grindel, avait été directement mis en cause par le milieu de terrain d’origine turque Özil qui estime avoir été malmené par la fédération après sa rencontre controversée avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan. Le joueur avait accusé ce dernier d’être raciste. Dans un communiqué, Grindel regrette beaucoup que le rappel à l’ordre adressé à Özil dans l’affaire Erdogan « ait été détourné pour des discours racistes », une référence aux insultes, sifflets et quolibets qui ont visé le joueur et l’un de ses coéquipiers. Véritable coup de tonnerre et un paradoxe pour un ancien trésorier et officier anticorruption. Lui qui avait été appelé comme un pompier, le chevalier blanc et l’homme idéal de la situation et qui avait déclaré à sa prise de fonction :

« C'est un grand honneur pour moi de prendre cette responsabilité ». La DFB est devant des défis essentiels que je voudrais que l'on relève ensemble avec mes collègues du conseil d'administration, ainsi que le personnel à temps plein à notre siège. « Je suis ravi de la confiance placée en moi par les branches amateurs et professionnels du football allemand. Je vois mon rôle comme visant à harmoniser les intérêts des deux. En tant que président, je prévois de renforcer l'unité du football. »

A l’automne 2015, Wolfgang Niersbach avait dû lui aussi démissionner de la direction de la fédération, emporté par les accusations d’achats de voix pour obtenir la tenue du mondial 2006 en Allemagne. Reinhard Grindel devait être le « Monsieur propre » qui allait restaurer l’image des dirigeants du football germanique. Le DFB a six mois pour lui trouver un successeur.

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