Hakan Sükür, opposant d'Erdogan : de la gloire à l'exil

L'ancienne star du foot turc a dû partir en exil après avoir affirmé son opposition à Erdogan. Il est désormais devenu chauffeur Uber aux Etats-Unis.

Hakan Sükür est considéré comme l'un des plus grands joueurs de l'histoire du football turc. Le formidable buteur de ​Galatasaray a marqué de son empreinte les années 90 et le début des années 2000. Auteur de 330 buts en 713 matchs, l'attaquant turc vit désormais aux Etats-Unis, contraint de quitter son pays en 2015 après avoir été accusé d'être complice du coup d'état contre Erdogan en 2016 alors qu'il était au parlement. "Le taureau du Bosphore" est le meilleur buteur de l'histoire de la sélection nationale turque, ayant inscrit 51 buts en 112 sélections.

Et pourtant, Hakan Sukur est aujourd'hui persona non grata dans son pays. En cause, son opposition avec le président Recep Tayyip Erdogan, qui lui « a tout pris » : « Mon droit à la liberté, le droit de m'expliquer, de m'exprimer, le droit au travail. » Hakan Sukur raconte ses déboires dans le Welt am Sontag allemeand. Il estime que tout a commencé quand il est entré en politique, en 2011, sur demande d'Erdogan, qui voulait profiter de son immense cote de popularité. Mais l'ancien buteur a démissionné en 2013, après un scandale de corruption dans le football turc. C'est là que ses affaires ont mal tourné. « La boutique de ma femme a été caillassée, mes enfants ont été harcelés dans la rue. J'ai reçu des menaces après chaque déclaration que j'ai faite », explique l'ancien joueur de l'Inter Milan, qui s'est exilé aux Etats-Unis en 2015. Mais ce sont ses proches, restés au pays, qui ont continué à souffrir. Notamment son père, emprisonné, puis libéré parce qu'il est atteint cancer, mais toujours assigné à résidence.

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Privé de ressources financières (il ne peut pas louer ses appartements en Turquie, ses éventuels locataires craignant des représailles), Hakan Sukur est désormais chauffeur Uber à Washington. Il vend aussi des livres. Auparavant, il tenait un café. « Mais des gens étranges sont venus dans mon café et ont joué de la musique Dombra (considérée comme la « vraie musique turque » par le parti d'Erdogan, ndlr) », explique l'ancien attaquant, qui a été un temps placé sous protection policière par le FBI. En Turquie, Hakan Sukur fait désormais l'objet d'un mandat d'arrêt. Il a même été exclu de « son » club de Galatasaray, qui lui a retiré sa carte d'adhérent en 2017. La raison ? Il est accusé d'avoir participé à la tentative de coup d'État contre Erdogan en 2016, qui aurait été fomenté par le prédicateur islamique Fethullah Gülen. « Quel aurait dû être mon rôle ? », demande Sukur. « Personne n'a été en mesure de m'expliquer à ce jour ».

Hakan Sukur assure qu'il n'est pas un soutien de Gülen. Le mouvement Gülen ou confrérie Gülen (en turc : Gülen Hareketi ou Gülen Cemaati ou Hizmet, le « service ») est un mouvement interculturel et interreligieux issu du nurculuk et dirigé par l'imam turc résidant aux États-Unis, Fethullah Gülen. L'organisation s'est massivement développée dans les années 1990. Elle est constituée d'un réseau d’associations locales, d’hommes d’affaires, d’établissements scolaires (en particulier les dershane, établissements scolaires privés de soutien scolaire ou de préparation aux concours de l’enseignement secondaire et supérieur), de titres de presse, de maisons d'édition, de radio, etc. Fin 2013, Recep Tayyip Erdoğan, conscient du poids que représente le Gülen, s'est retourné contre la confrérie. Mais Sukur affirme qu'il n'a rien à se reprocher. « Je suis un ennemi du gouvernement, pas de l'État ni de la nation turque, dit-il. J'aime notre drapeau, notre pays ».

En Californie, Hakan Sukur a du travailler pour s'intégrer après avoir perdu tous ses avoirs en Turquie. D'abord en tant que responsable d'un café puis en vendant des livres, sous la protection de la police évidement car l'ancien international turc critique toujours « la tyrannie instaurée par Erdogan ». Désormais, il est chauffeur Uber du côté de Washington, une drôle de trajectoire pour l'homme de 48 ans. Si vous commandez un Uber dans la capitale américaine, vous serez peut-être conduit par une ancienne gloire du football turc.  

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