Mondial 2022 au Qatar : Platini relâché après plusieurs heures de garde à vue

L'ancien patron de l'UEFA a passé plusieurs heures en garde à vue dans les locaux de l'office anticorruption de la police judiciaire.

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Ils étaient interrogés sur des soupçons de corruption sur les conditions d'attribution du Mondial 2022 et sur l'organisation de l'Euro 2016 en France. L'ex-patron de l'UEFA Michel Platini et l'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, ont été entendus longuement mardi 18 juin par les enquêteurs. Et, après plusieurs heures de garde à vue dans les locaux de l'office anticorruption de la police judiciaire (OCLCIFF) à Nanterre (Hauts-de-Seine), l'ancien vice-président de la Fifa est ressorti libre sans qu'aucune charge ait été retenue à son rencontre, d'après son avocat.

L'ancienne conseillère sports de Nicolas Sarkozy, Sophie Dion, a elle aussi été placée en garde à vue, tandis que l'ex-secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant a été interrogé comme suspect libre. Tous les trois sont ressortis tard dans la nuit.

« Totalement étranger à des faits qui le dépassent »

« Pour moi, c'est une très grande surprise », jure Sepp Blatter, interrogé par L’Equipe au sujet du placement en garde à vue de Michel Platini, ce mardi, à Nanterre. Le principal intéressé a sans doute été tout aussi étonné que son ancien mentor… Comme l’avait indiqué Mediapart mardi matin, l’ex-président de l’UEFA est passé à la question par l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), alors qu’il avait initialement été convoqué comme témoin. Et ce dans le cadre de l’enquête, ouverte en 2016, sur l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar pour « corruption privée », « association de malfaiteurs », « trafic d'influence et recel de trafic d’influence ». L'ancienne conseillère sports de Nicolas Sarkozy, Sophie Dion, a également été placée en garde à vue. L’ex-secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant est quant à lui entendu comme suspect libre.

« Michel Platini s'exprime sereinement et précisément, répond à toutes les questions, y compris celles sur les conditions d'attribution de l'Euro 2016, et a fourni des explications utiles, assurent Jean-Christophe Alquier et Me William Bourdon, respectivement porte-parole et avocat de Michel Platini, dans un communiqué. Il n'a strictement rien à se reprocher et affirme être totalement étranger à des faits qui le dépassent. » Et d’ajouter qu’il ne s’agissait « en aucun cas d'une arrestation, mais d'une audition comme témoin dans le cadre voulu par les enquêteurs, cadre qui permet d'éviter que toutes les personnes entendues, puis confrontées, ne puissent se concerter en dehors de la procédure ». Platini serait donc « absolument confiant pour la suite ».

Un déjeuner au sommet au cœur de l'enquête

Michel Platini avait indiqué aux enquêteurs avoir perçu lors de ce déjeuner « un message subliminal » l’invitant à voter pour le Qatar pour l'organisation du Mondial 2022 alors que les Etats-Unis avaient eu un temps sa préférence, tout en affirmant que Nicolas Sarkozy ne lui avait « rien imposé » dans des propos relayés par L’Equipe. Selon France Football cité par Mediapart, « au cours de cette réunion, il a tour à tour été question du rachat du PSG par les Qataris (devenu effectif en juin 2011), d'une montée de leur actionnariat au sein du groupe Lagardère, de la création d'une chaîne de sport (BeIN Sports) pour concurrencer Canal+ (...) en échange d'une promesse : que Platini ne donne pas sa voix aux États-Unis, comme il l'avait envisagé, mais au Qatar ».

« Je voulais aussi que la Coupe du monde soit organisée dans un pays et une partie du monde qui ne l'avaient jamais accueillie. J'ai toujours agi en toute transparence, en appelant Sepp Blatter (alors président de la FIFA), dès la sortie du déjeuner, pour l'informer de la présence du prince et du premier ministre qatariens à l'Élysée, et plus tard, en révélant à la presse mon vote pour le Qatar », s'était défendu Platini. Lors du scrutin, le Qatar l'avait finalement emporté avec 14 voix contre 8 aux Etats-Unis. Le même jour, la Russie avait raflé l'organisation du Mondial 2018. Ces dernières années, l’ancien patron du football mondial Sepp Blatter a pointé du doigt à de multiples reprises Michel Platini et Nicolas Sarkozy pour avoir selon lui « complètement changé la donne » de ce scrutin dans le cadre d'un « arrangement diplomatique ».

Traits tirés, ça fait mal !

Les traits tirés et le visage marqué, accompagné de son avocat William Bourdon, Michel Platini a répondu aux interrogations des journalistes. Il avait été arrêté mardi par la police française afin d’être interrogé au titre de témoin, se disant d’emblée « totalement étranger à des faits qui le dépassent ». L'avocat de Platini, William Bourdon, a répété que son client était innocent de toutes les accusations et qu'il était interrogé pour des « raisons techniques », dénonçant « beaucoup, beaucoup de bruit pour rien ».

Questionné sur un éventuel « acharnement » autour de sa personne, Michel Platini a avoué être atteint moralement. Ça fait mal, a-t-il déclaré. Pour tout ce que je peux penser, tout ce que j'ai fait... Ils ont fait leur boulot, j'ai essayé de répondre à toutes les questions, voilà ». Puis l’ancien président de l’UEFA, qui purge actuellement une suspension de quatre années d’interdiction dans le milieu du football, de répéter : « Ça fait mal. Oui, ça fait mal... »

Condamné à quatre ans de suspension par la Fifa puis blanchi par la justice suisse dans l'affaire du paiement prétendument « déloyal » de 2 millions de francs suisses (1,8 million d'euros) que lui avait versé Sepp Blatter en 2011, l'ancien n°10 des Bleus avait annoncé début juin le lancement de procédures judiciaires contre « tous ceux qui ont fomenté un complot pour que je ne sois pas président de la FIFA ». Expirant en octobre 2019, la suspension de Platini l’avait empêché de concourir à la dernière élection à la présidence de la Fifa remportée le 5 juin dernier par le président sortant Gianni Infantino.

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