Victoire de l'Algérie à la CAN : des débordements en France

Au matin du lundi 15 juillet, quelques épaves de voitures jonchaient les rues de Lyon. Au lendemain de la victoire de l'Algérie en demi-finale de la Coupe d'Afrique des nations, les dégâts semés par les casseurs venus se mêler à la fête étaient nombreux : commerces vandalisés, véhicules retournés, brûlés, pompiers en alerte. Comment expliquer et éviter ces débordements ?

On a vu des scènes de chaos à Marseille (Bouches-du-Rhône) : face aux violences, touristes et habitants fuient en courant. Les heurts se sont poursuivis jusqu'à l'aube lundi entre les forces de l'ordre et des individus souvent masqués. Huit policiers et gendarmes ont été blessés. À Paris, les célébrations ont également laissé place à des affrontements aux alentours des Champs-Élysées. Familles et supporters de l'Algérie ont dû renoncer à la fête. Là aussi, les commerçants ne peuvent que constater les dégâts. Au total, 282 personnes ont été interpellées dimanche soir en France, 249 ont été placées en garde à vue. Puis, après la finale, une statue du général de Gaulle a été dégradée vendredi en marge des célébrations de la victoire de l’Algérie.

Invité sur RMC, le porte-parole du Rassemblement national Sébastien Chenu a estimé qu’il s’agissait d’un «  14 Juillet de la honte du début jusqu’à la fin  », évoquant par ailleurs les sifflets à l’encontre d’Emmanuel Macron lors de sa descente des Champs-Elysées. Concernant les supporters de l’équipe d’Algérie, il affirme que «  leurs victoires sont nos cauchemars  » : «  A chaque fois qu’il y a un match avec l’Algérie, et depuis un certain nombre d’années, Manuel Valls Premier ministre à l’époque l’avait déjà condamné, à chaque fois il y a des problèmes  ». Le porte-parole du Rassemblement national estime que ce type de comportement ne se manifeste pas «  lorsque nos compatriotes qui sont d’origine italienne, portugaise etc., choisissent de fêter la victoire d’une équipe qui leur tient à cœur  ».

algeria

Mais Sébastien Chenu voit au-delà de ces débordements. Pour lui, ces manifestations donnent le sentiment «  non pas d’un patriotisme algérien mais d’un rejet de ce qu’est la France, c’est-à-dire les gens qui manifestent, non pas une liesse populaire mais une liesse algérienne sur les Champs-Elysées, en réalité, se sentent plus algériens que français  ». Selon le ministère de l’Intérieur, 282 personnes ont été interpellées dans l’Hexagone après les débordements de cette nuit.

En tout cas, les récents débordements ont remis sur le devant de la scène le fort sentiment nationaliste existant au sein de la communauté algérienne en France. Comment l'expliquer ? Contrairement à d'autres pays musulmans, l’Algérie en tant que gouvernement, même si elle a souvent ressassé jusqu’à l’extrême les drames et douleurs de la guerre d’Algérie et dénoncé les «  massacres » ou même le « génocide » des Algériens dominés par la France coloniale, l'Algérie n’a pas mis au point une stratégie de non-intégration et d’encadrement-embrigadement de ses descendants en France et en Europe. Et cela s’explique aisément d’un point de vue géopolitique, car l’Algérie moderne, à la différence du Maroc et surtout de la Turquie d’Erdogan néo-impériale-ottomane, est "souverainiste", c’est-à-dire nationaliste et hostile à l’interventionnisme. A contrario, un pays comme la Turquie, foncièrement interventionniste, est très actif dans l’embrigadement et l’incitation de ses descendants à ne pas se fondre dans l’identité française et au contraire à rester ou même redevenir turc-musulman, dans une logique de « désassimilation ».

En revanche, il est vrai qu’il y a un problème avec une partie importante de la « communauté algérienne » en France, ou plutôt de ses descendants déracinés. Ceux-ci manifestent souvent ouvertement et violemment leur défiance décomplexée vis-à-vis de la France et des « gaulois ». Il y a d'abord le malaise identitaire des fils d'Algériens qui ont du mal à trouver un emploi. Le sentiment d'exclusion créé par cette situation difficile sur le marché de l'emploi s'enflamme sur les braises laissées par les séquelles de la guerre d’Algérie. Il résulte de cette fracture sociale une fracture identitaire qui va durablement menacer le lien social en France et qui pourrait même un jour aboutir à une fracture violente.

Devant ces dangers de violence, il convient de réfléchir aux moyens de réhabiliter le drapeau français dans ce qu'on appelle les « territoires perdus de la République », et ce dès le jeune âge. Il convient aussi de lutter contre le séparatisme communautaire pour que ces populations n'entrent pas en dissidence.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.