Özil veut Erdogan comme témoin à son mariage : la Chancellerie allemande déçue

Quelques mois après l'annonce de sa retraite internationale et après la publication d'une photo du joueur avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, Mesut Özil se retrouve une nouvelle fois sous les feux des projecteurs. Selon Bild, le joueur d'Arsenal aurait demandé au chef d'Etat d'être témoin de son mariage. Ce qui n’a pas été bien perçu en Allemagne.

oezil-veut-erdogan-comme-temoin-a-son-mariage-la-chancellerie-allemande-decue-et-la-polemique-est

Le chef de cabinet d'Angela Merkel, Helge Braun, n'a pas dissimulé sa déception. « Evidemment ça nous attriste, lorsque quelqu'un qui a porté si longtemps le maillot de l'équipe d'Allemagne, et qui a été confronté à une telle réaction de l'opinion allemande après sa première rencontre avec Erdogan, et que ça se finisse de cette manière, ça déçoit beaucoup de supporters de football, et moi aussi. »

Braun a justifié sa réaction par le rôle de modèle que doivent avoir selon lui les footballeurs internationaux : « Les footballeurs sont des figures symboliques de notre société avec lesquels les gens s'identifient beaucoup plus qu'avec les ministres. Ce qui pose la question : jusqu'à quel point quelqu'un qui porte le maillot national se sent il allemand ? », s'interroge Braun, ravivant le débat qui a fait rage l'été dernier. On sait que l’Allemagne et la Turquie sont en froid et que le président turc est un personnage très controversé en Allemagne.

Cette affaire intervient dans un contexte de tensions entre la Turquie et l’Allemagne. Les deux pays entretiennent des relations difficiles depuis deux ans, Ankara dénonçant les accusations de Berlin de dérive répressive après une tentative de putsch contre Erdogan, même si ces deux pays tentent depuis plusieurs mois d’apaiser les tensions. D’où est parti cette polémique ?

Mesut Özil, avait posé en mai aux côtés du président turc Recep Tayyip Erdogan. Un cliché controversé et très mal perçu en Allemagne.  Özil et Gundogan ont-ils été piégés par le président turc Recep Tayip Erdogan ? Les deux joueurs allemands d'origine turque se sont fait photographier avec le chef d'état en pleine campagne électorale. Un geste qui a créé une vive polémique outre-Rhin et a poussé la Fédération à réagir. « La DFB (Fédération allemande de football) respecte évidemment la situation particulière de nos joueurs issus de l'immigration mais le football et la DFB défendent des valeurs qui ne sont pas complètement prises en compte par Monsieur Erdogan », a regretté la Fédération dans un communiqué.

La DFB avait adressé un rappel à l’ordre au joueur d’Arsenal. Un rappel « détourné pour des propos racistes », déplore jeudi le responsable de la fédération.  Une longue et nauséabonde polémique sur les origines turques du joueur d'Arsenal avait alors secoué l'Allemagne. Après l'échec sportif de l'équipe en Russie, Özil avait définitivement claqué la porte de l'équipe nationale, accusant la Fédération allemande de football de racisme.

Pour autant le dirigeant comme la Fédération avant lui cette semaine, a en revanche rejeté en bloc les accusations de racisme portées contre lui par Mesut Özil. Le joueur âgé de 29 ans n’avait pas pris des pincettes : « Aux yeux de Grindel et de ses soutiens, je suis Allemand quand nous gagnons, mais je suis un immigré quand nous perdons ».

Il a annoncé la fin de sa carrière internationale après 92 sélections et 29 buts. Sur la rencontre avec Erdogan, qui n’était d’ailleurs pas la première, Özil avait précisé l’avoir accepté à cause de son héritage familial et culturel. Si l’affaire a pris de telles proportions c’est qu’elle intervient dans un contexte sportif et politique tendu.

Sur le terrain, la Mannschaft a été éliminée dès les phases de poules du Mondial en Russie, une première depuis 1952. La presse a pointé du doigt le joueur d’origine turque comme un des principaux responsables de la déroute. Certains titres allant même jusqu’à remettre en cause l’engagement du champion du monde 2014 pour l’Allemagne, notamment après le fameux cliché. Politiquement, la question des migrants et de leur accueil outre-Rhin est devenue un sujet brûlant.

Face à l'ampleur des réactions, Gundogan avait assuré que les deux joueurs n'avaient « pas eu l'intention de livrer un message politique avec cette photo, encore moins de faire une campagne électorale ». « En tant que joueurs internationaux allemands, nous adhérons aux valeurs de la DFB et sommes conscients de notre responsabilité », a insisté le joueur, selon une déclaration publiée sur le site du quotidien Bild.

 L’ironie de la situation, l’Allemagne et la Turquie sont candidates pour l’organisation de l’Euro-2024 dont l’attribution sera annoncée fin septembre. On s’attend encore à la montée des tensions entre les deux nations.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.