Fraude et corruption dans le football belge: des réformes pour apaiser les esprits

9 mandats d'arrêt, 19 inculpés dans un scandale de fraude et de matchs truqués qui a englouti la ligue d'élite belge en octobre dernier.

9 mandats d'arrêt, 19 inculpés dans un scandale de fraude et de matchs truqués qui a englouti la ligue d'élite belge en octobre dernier.

Des soupçons de trucage de matchs ont émergé au cours de l'enquête sur la fraude, l'accent étant mis sur les matchs de fin de saison 2017-18, ont déclaré les procureurs.

Neuf clubs belges dont Anderlecht, Genk, Standard de Liège, le club de Brugge, Courtrai, Malines, Ostende, Sporting Lokeren et Gand ont été perquisitionnés ainsi que les domiciles de six officiels, quatre agents et deux arbitres.

Les procureurs ont déclaré que 4 millions de dollars en espèces et 9 millions de dollars de bijoux et de montres avaient été découverts au cours des perquisitions.

La fraude financière concernait deux agents de joueurs dont Mogi Bayat et Dejan Veljkovic, qui avaient eu des contacts avec de nombreux clubs leaders, notamment Anderlecht, le club de Brugge et le Standard de Liège. Les accusations concernent l'évasion fiscale et l'enrichissement illicite.

Mogi Bayat, décrit dans les médias comme le plus puissant agent sportif de Belgique, a été accusé de "blanchiment d'argent", ont déclaré ses avocats, après avoir comparu devant un juge.

L’enquête, qui a duré toute une année, était axée sur les opérations financières suspectes d’agents sportifs en matière de transferts, y compris l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et la corruption privée. C’est seulement au cours de l’enquête que les enquêteurs ont déclaré avoir également trouvé des indices de trucage de matchs.

L'enquête montre que le football belge est malsain, a déclaré le défenseur belge Vincent Kompany.

"Il est encore trop tôt pour évoquer des noms mais lorsqu’on évoque le milieu du foot, on ne peut pas être étonné", avance Vincent Kompany.

"Le lien est étroit avec les pratiques en vigueur dans les milieux du trafic d’êtres humains, de drogue ou dans la prostitution. Beaucoup d’argent circule dans ces milieux et des transactions cachées sont possibles. Il y a beaucoup de gens bien intentionnés mais aussi de mauvaises personnes qui tournent autour du foot", a-t-il déclaré.

"Ce que je ne comprends pas, c’est que le marché international des transferts n’est pas totalement transparent. En tout cas, on spécule tant sur les salaires des joueurs qu’il est sûrement égal à ceux-ci que leurs émoluments soient connus. Rendons les choses transparentes afin que chacun soit responsable de ce qu’il facture. Les agents sont évidemment importants car ils défendent les intérêts d’un joueur ou parfois, ceux du club. Mais tout cela devrait être transparent, je ne comprends pas que ça ne le soit pas encore.", ajouta-t-il, plaidant pour une transparence totale.

Depuis ce qu’on pourrait considérer comme le plus grand scandale de la décennie dans le football belge, des réformes ont été prises, notamment par le panel d'expert de la Pro League. Des réformes approuvées par les clubs.

"Le football ne continuerait-il pas à éditer ses propres règles et contrôler lui-même leur conformité ? A ce stade, on a un peu l'impression que les clubs veulent continuer à rester au-dessus des lois", a déclaré Rodrigo Beenkens, qui remet en cause l’indépendance du panel qui a présenté les réformes.

"J'ai lu que nous continuions à établir nos propres lois. On ne se substitue pas aux ministres régionaux en charge de la médiation", a tenu à préciser l'ancien dirigeant du Standard. Il estime tout de même qu'il est bien de "la responsabilité de la Pro League" de "définir quelles relations les agents et les clubs peuvent encore entretenir sans risque de conflits d'intérêts et quelles mesures nous devons prendre pour assurer la transparence", a réagi Pierre François pour la Pro League à ces critiques.

"On veut d'autant moins empiéter sur les compétences politiques que nous souhaitons que toute une série de mesures soient appuyées par des lois", reprend-il. "On va demander aux autorités de nous accompagner dans ce processus, il n'est donc pas question de se substituer aux autorités". "Nos réformes ne sont pas de la poudre aux yeux", il ajouta avant de lancer : "Nous ne pouvons pas appliquer toutes les recommandations du jour au lendemain, même si on a déjà entamé le travail de mise en œuvre", reconnait-il. "Dans les six mois qui viennent, nous allons devoir démontrer que, quand nous annonçons quelque chose, on le fait".

Le scandale a largement pris le pays par surprise et a immédiatement mis un frein aux belles performances qu’on avait à l'esprit de la Belgique lors du mondial dernier en Russie.

Après cette bombe d’octobre dernier, les réformes du panel d'expert de la Pro League devraient faire un peu de bien au football belge mais il s’agit de quelque chose qu’il faudra vraiment prendre au sérieux dans la mesure où certainement tous les observateurs seront attentifs à ce que ces engagements se matérialisent.

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