Affaire de la sextape de Mathieu Valbuena : va-t-on vers un procès ?

Le policier dans l'enquête sur le chantage à la sextape de Mathieu Valbuena, dans laquelle Karim Benzema est mis en examen, était-il déloyal ? La Cour de cassation a étudié lundi dernier son rôle dans le « le dossier de la sextape ».

Il y avait beaucoup de monde, ce lundi après-midi, pour assister à l'assemblée plénière de la Cour de cassation qui s'est intéressée à « l'affaire de la sextape », qui avait éclaté il y a quatre ans. Pour rappel, six personnes ont été mises en examen, soupçonnées d'avoir voulu faire chanter Mathieu Valbuena après la découverte d'une vidéo intime : Axel Angot, Mustapha Zouaoui, Djibril Cissé, Younès Houass, qui était présent pour assister aux débats, Karim Zenati et Karim Benzema, tous soupçonnés à des degrés variables d'avoir participé à cette affaire.

Les trois derniers se sont pourvus en cassation afin de faire annuler une partie de la procédure. Ils estiment que la manière dont a été menée l'enquête est complètement déloyale. Est visé le rôle d'un commissaire de la direction régionale de police judiciaire (DRPJ) de Versailles, Yann Bessette, qui avait endossé de sa propre initiative le rôle d'homme de confiance de Mathieu Valbuena. Pour mener à bien ses investigations, l'officier avait choisi de se faire appeler « Lukas » et mis en place un stratagème pour découvrir l'identité des présumés maîtres-chanteurs.

En juillet 2017, la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire avait donné raison aux pourvois en préconisant l'annulation d'un pan de la procédure. Mais la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris lui a résisté en validant l'enquête le 8 novembre 2018, ouvrant ainsi la voie à un procès. Dans son arrêt, elle avait rejeté la requête en nullité de l'attaquant du Real Madrid, qui dénonçait les agissements sous couverture d'un policier se présentant comme un intermédiaire entre Mathieu Valbuena et les personnes soupçonnées d'être des maîtres-chanteurs. La défense de Benzema, mais aussi de Younes Houass et Karim Zenati, deux autres mis en examen dans ce dossier, ont alors formé un pourvoi contre cet arrêt. La chambre criminelle de la Cour de cassation devait décider hier s'il fallait renvoyer l'affaire en formation plénière.

Pour l’avocat général Patrick Bonnet, le policier n’a eu qu’un rôle d’intermédiaire, sollicité par l’auteur initial de la tentative de chantage. Me Bonnet demande ainsi à la Cour de rejeter le pourvoi, et donc de valider la procédure. Pour l’avocat de Benzema et Zenati, le policier a eu un rôle très actif. C’est lui le premier qui parle de contrepartie, argue l'avocat Patrice Spinosi, c’est lui qui va relancer, pousser à la négociation. Selon Me Spinosi, il y a eu provocation : sans l’intervention du policier, l’infraction n’aurait pas été caractérisée. Absurde, selon l’avocat de Mathieu Valbuena, Frédéric Thiriez. L’infraction était déjà « constituée » lorsqu’est intervenu le policier, le 20 juin 2015, pour demander des preuves de l’existence de la vidéo.

Pour Frédéric Thiriez, il n'y avait donc rien de condamnable dans les procédés utilisés par le policier.  théorie reprise et partagée par l'avocat général qui n'a cessé, durant son intervention, de justifier l'initiative du policier de relancer le présumé maître-chanteur pour mettre au plus vite un terme à « cette funeste histoire ». Trois possibilités s'offrent aux 19 magistrats. La première est l'annulation pure et simple de la procédure. La deuxième est l'annulation partielle de l'enquête, ce qui permettrait à certains prévenus dont Karim Benzema et Karim Zenati d'échapper au procès. La dernière enfin est celle qu'espèrent Mathieu Valbuena et ses conseils, et qui consisterait à valider l'initiative du policier. Si c'est le cas, le dossier retrouverait une place sur le bureau du juge d'instruction de Versailles, avec en ligne de mire la possible tenue d'un procès.

valbuena-2019

Cette affaire, dans laquelle six personnes sont mises en examen, a coûté sa carrière internationale à Benzema, jamais sélectionné en équipe de France depuis novembre 2015, tout comme à Valbuena, ancien joueur de l'OM et de l'OL. Outre l'attaquant vedette du Real Madrid, cinq autres personnes sont mises en cause, dont l'ancien international Djibril Cissé. Les hommes considérés comme les cerveaux du chantage, Mustapha Zouaoui et Axel Angot, deux hommes gravitant dans le milieu du football, sont soupçonnés d'avoir dérobé la vidéo intime de Mathieu Valbuena et d'avoir essayé d'en tirer profit. On leur reproche d'avoir tenté d'approcher Valbuena d'abord par le biais de Djibril Cissé, puis par Younes Houass et, enfin, via Benzema, qui aurait contacté son ami Karim Zenati, lui aussi mis en examen.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.