PSG : Nasser Al-khelaïfi entendu dans une affaire de corruption

Le président qatari du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, a été entendu mercredi 20 mars à Paris par des juges qui enquêtent sur des soupçons de corruption en marge de la candidature de Doha aux Mondiaux d’athlétisme, selon l’AFP.

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Des juges d’instruction financiers du tribunal de Paris l’ont placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté, signifiant qu’il n’est pas mis en examen à ce stade, dans cette information judiciaire ouverte pour « corruption active », qui vise également les conditions d’attribution des JO de Tokyo-2020 et de Rio-2016. Contacté par l’AFP, son avocat, Francis Szpiner, n’a pas répondu. Le Quatar aurait t’il acheté les mondiaux d’athlétisme en versant des sommes importantes ? Et Nasser, était il le chef des opérations ?

Les magistrats s’interrogent sur deux versements d’un total de 3,5 millions de dollars (soit 3,1 millions d’euros), réalisés à l’automne 2011 par la société Oryx Qatar Sports Investment, détenue à égalité par Nasser Al-Khelaïfi et son frère Khalid, au profit d’une société de marketing sportif dirigée par Papa Massata Diack, dont le père, Lamine Diack, est ex-président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) et un ancien membre influent du CIO. A cette époque, Doha ambitionnait d’accueillir les Mondiaux d’athlétisme de 2017, organisés par l’IAAF. Lui-même puissant consultant marketing de l’IAAF jusqu’en 2014, Papa Massata Diack, surnommé dans les médias « PMD », est au carrefour de plusieurs affaires de corruption sportive et est réclamé par la justice française.

Le premier virement a été réalisé le 13 octobre 2011 et le second, le 7 novembre 2011, soit quatre jours avant le vote de l’IAAF. C’est finalement Londres, entrée dans la course après la capitale qatarie, qui l’a emporté. Trois ans plus tard, Doha obtenait toutefois l’organisation des championnats du monde d’athlétisme qui se tiendront cette année du 27 septembre au 6 octobre.

Ces versements étaient prévus dans un protocole d’accord passé avec la société de « PMD », dans lequel Oryx Qatar Sports Investment s’engageait à acheter des droits de sponsoring et de droits TV pour 32,6 millions de dollars mais à condition que Doha obtienne les Mondiaux 2017, selon une source proche du dossier. Ce contrat stipulait que les paiements effectués avant la décision de l’IAAF du 11 novembre 2011 donc les deux virements étaient « non remboursables ». Oryx Qatar Sports Investment est distinct du fonds souverain qatari Qatar Sports Investment, propriétaire du PSG.

Devant les juges, l’homme d’affaires, qui nie tout fait de corruption, a affirmé n’avoir appris l’existence des deux virements que récemment, selon des éléments de son interrogatoire dont a eu connaissance l’AFP. Il affirme que son frère Khalid est le directeur général de la société Oryx QSI et la seule personne ayant le pouvoir de signature : Je n’ai pas la signature et je ne peux pas engager la moindre dépense, a-t-il déclaré selon des propos rapportés par Mediapart.

Déjà fragilisé par les accusations de dopage financier et la débâcle du club parisien en Ligue des Champions, le dirigeant qatari, également patron de la chaîne beIN Sports, fait face à un nouveau front judiciaire. Il clame son innocence. Issu d'une famille de pêcheurs de perles, le Qatari Nasser Al-Khelaïfi incarne depuis 2011 un Paris SG haut de gamme, tourné vers l'international, mais cet ancien tennisman de 45 ans, discret pour ne pas dire secret, a perdu de sa superbe et semble fragilisé après un nouvel échec en Ligue des champions et une accumulation d'affaires extra-sportives.

Il s'était déjà retrouvé dans le collimateur de la justice suisse à l'automne 2017 quand les bureaux parisiens de sa chaîne BeIN Sports avaient été perquisitionnés dans le cadre d'une enquête portant sur l'attribution de droits média pour les Coupes du monde de football.

Et même s'il est entré au comité exécutif de l'UEFA début février, l'ombre du fair-play financier, prôné par l'instance européenne, plane toujours sur le club parisien, malgré la décision cette semaine du tribunal arbitral du sport (TAS) d'annuler le réexamen du dossier PSG par l'instance européenne. Autant d'affaires qui commencent à sérieusement écorner l'image de "NAK", très rare dans les médias, toujours souriant en public, dans d'impeccables costumes en Europe ou dishdashas au Moyen-Orient.

Lisse devant les caméras, l'homme est décrit comme inflexible en affaires. Seul point faible entendu dans l'entourage du PSG, dont il est le patron depuis 2011, date du rachat du club par le fonds souverain du Qatar, il donnerait trop de pouvoirs à certains joueurs.

Celui que tout le monde en France nomme simplement "Nasser" possède des casquettes multiples. Outre ses fonctions dans le foot, il est aussi président-directeur général de BeIN Media group, qui a racheté les studios Miramax, producteurs des films de Quentin Tarantino comme Pulp Fiction, est entrain d’être fragilisé petit à petit.

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