Ces milliardaires qui investissent dans des clubs de football

Récemment, de nombreux milliardaires ont investi pour devenir propriétaires de clubs, que ce soit en Angleterre, en Italie, ou même en France. Mais les clubs concernés ont connu des résultats inégaux. Retour sur l'impact de ce nouveau type de propriétaires sur leurs clubs.

Pour être performant aujourd’hui dans le football, il faut être riche. Et, depuis quelques décennies, de nombreux milliardaires ont investi pour devenir propriétaires de clubs, que ce soit en Angleterre, en Italie, ou même en France. Mais les résultats récemment obtenus par ces clubs montrent également que l’argent n’est pas synonyme de trophées, comme ont pu le constater par exemple les supporters du club londonien d'Arsenal, dont l'actionnaire principal est l'entrepreneur Stan Kroenke.

Dans l'histoire récente, le Chelsea Football Club a connu des heures glorieuses. En remportant la Champions League en 2012, l'équipe du club présidé par Roman Abramovich s'est hissé au sommet du football européen. Outre cette coupe européenne, le club a été sacré champion d'Angleterre et a remporté la Coupe d'Angleterre à de nombreuses reprises. L’influence positive de l'oligarque russe sur les performances sportives du Chelsea F. C. est donc indéniable. L’attitude avec laquelle il joue son rôle de propriétaire de club reflète son sens des affaires. Il dirige Chelsea comme une entreprise du CAC 40, entretenant avec son staff des rapports à la fois proches et défiants. Son entraîneur actuel Frank Lampard est bien conscient du partenariat fragile qu’il a conclu. Il aura à sa disposition toutes les ressources qu'on peut utiliser dans le monde footballistique. Mais il sera soumis à une obligation de résultats. Une série de défaites, et ce sera le limogeage sans ménagement. Même le grand José Mourinho n'a pas échappé à l'ire de l'oligarque lorsque, après une succession de mauvais résultats, le club s'est retrouvé 16e du championnat anglais fin 2015.

En août 2018, Stan Kroenke, le propriétaire de Kroenke Sports Enterprises, a racheté le prestigieux club anglais d'Arsenal pour 600 million d'euros. Mais le succès tarde à venir pour le club londonien : l'an passé, le Arsenal F. C. n'a rien gagné. A vrai dire, dans la plupart des cas, ces richissimes propriétaires de clubs européens ne réussissent pas, hormis Roman Abramovich. Jusqu'à présent, seuls les Glazers ont connu un réel succès à Manchester United, et ce parce qu'ils ont repris une équipe qui était déjà la plus riche de sa ligue et qui était une machine à gagner. De fait, Stan Kroenke est déjà devenu très impopulaire à Arsenal, comme il l'était à Saint Louis, où il était le propriétaire de la franchise Rams avant de l’installer à Los Angeles.

De manière générale, les Américains ne sont pas populaires lorsqu'ils investissent en Europe. Ils n'investissent pas, comme les cheiks arabes, pour s'amuser mais pour s'enrichir davantage. Ce sont de véritables hommes d'affaires qui ont connu l’industrie américaine du sport professionnel. « Les émirs et les milliardaires russes dépensent de l'argent pour que leur club obtienne des résultats, mais Stan Kroenke ne fait rien pour son équipe  », selon les termes d'un supporter d'Arsenal.

En France, le phénomène des hommes d'affaires qui s'achètent un club de foot n'est pas étranger à la Ligue 1. Le 21 août 2019, l’autorité de la concurrence a autorisé le rachat du club de football de l'OGC Nice par Ineos, la société du milliardaire britannique Jim Ratcliffe. A quelques kilomètres de là, à Monaco , le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev est devenu en décembre 2011 l'actionnaire majoritaire de l'AS Monaco, alors que l'équipe jouait en Ligue 2. A l'été 2012, le club de la Principauté a renforcé tous les secteurs de son effectif et retrouvé la Ligue 1 pour la saison 2013-2014, puis il est devenu champion de France en 2017 et a même joué une demi-finale de Ligue des champions en 2017, avec des joueurs tels que Radamel Falcao ou Kylian Mbappé.

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Mais, depuis ces succès majeurs, l'équipe monégasque a connu bien des déboires. En 2018-2019, le club termine 17ème du classement de Ligue 1. En cause, la politique de transfert du club, qui consiste à acheter des joueurs jeunes et prometteurs pour les revendre plus cher lorsqu'ils auront fait leurs preuves. L'exemple le plus connu de cette stratégie, c'est le transfert de Kylian Mbappé, cédé au PSG contre 145 millions d'euros, tandis que le club n'avait déboursé que 3 millions en 2016 pour recruter le joueur. Aujourd'hui, ces jeunes prometteurs ont quitté le club et l'équipe peine à remonter dans le classement (18e à l'heure où nous écrivons).

Pourtant, les premiers signes d'un futur plus radieux ont été aperçus le 24 septembre contre Nice. Monaco a battu Nice 3-1, grâce à une bonne performance de ses recrues de l'été 2019 (de ses internationaux Wissam Ben Yedder et Islam Slimani en particulier). Mais en premier lieu la victoire a été obtenue grâce aux efforts du milieu russe Aleksandr Golovine. C’est notamment son doublé qui a permis à l' l’AS Monaco de décrocher un résultat favorable. L’arrivée d' Aleksandr Golovin a été une décision personnelle et stratégiquement très importante du propriétaire du club Dmitri Rybolovlev. La performance d' Aleksandr Golovin a confirmé qu’il était un pilier majeur du milieu de terrain monégasque. Le club semble avoir changé de politique en matière de transfert, désireux d'acheter et de conserver des joueurs confirmés pour concurrencer les meilleurs et retrouver la Ligue des champions, plutôt que de vendre des jeunes prometteurs pour faire une plus-value.

Dmitri Rybolovlev, qui a acquis le club pour 1 euro en promettant d’y injecter 100 millions d’euros, a déjà investi plus de 375 millions d’euros. L’année passée, pendant la période de crise, des rumeurs ont circulé selon lesquelles il était prêt à vendre l’AS Monaco. Mais le comportement du propriétaire du club a démontré qu’il avait des intentions ambitieuses de ramener le club au sommet des résultats sportifs. Il s’est impliqué directement dans tous les processus de la gestion. Il a pris un nombre de décisions importantes dans la gestion du personnel, en apportant des changements à l’organigramme du club et à la politique de recrutement.

Du coup, l’AS Monaco a renforcé son effectif dans toutes les lignes et a commencé à décrocher ses premières victoires. Le développement d’une base d’entraînement moderne et solide pour son équipe reste aussi une priorité pour le propriétaire du club. Les propriétaires étrangers des clubs et leur rôle sont évalués différemment par les experts et les supporters. Il est très difficile d’établir une règle générale dans ce domaine. D'un club à l'autre, les actions sont différentes, ne se ressemblent pas et méritent une analyse approfondie au cas par cas.

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