La non-binarité, on en parle !

Les individus du XXIème siècle devront être non-binaires, interchangeables, leurs corps seront une façade que l’on transforme à l’infini.

La diffusion le 10 janvier dernier sur M6 du numéro de Zone Interdite consacré à la non-binarité a suscité de nombreuses questions. Entre généralités, erreurs et imprécisions, le reportage a été vivement critiqué. Cependant qu’est-ce que la non-binarité ?

 

C’est une identité de genre

Le terme de non-binaire est finalement assez simple à décomposer : cela désigne les personnes qui ne se reconnaissent pas dans un des deux genres (féminin versus masculin). Ici, il est donc question de genre (une construction sociale) et non de sexe biologique.  Il s’agit d’une forme de transidentité : ne pas être de son genre assigné à la naissance. Être ni homme, ni femme, ou pas tout le temps l’un ou l’autre », explique Brieuc.

C'est différent de l’orientation sexuelle

Attention, précise Brieux, rien à voir avec la préférence sexuelle. « L’orientation sexuelle répond à la question, par qui je suis attiré.e ? Alors que la non-binarité répond à la question : qui suis-je ? » Parmi les personnes non-binaires, on retrouve une multitude d’orientations sexuelles. « Il y a cette image qu’être trans et/ou non-binaire est une version extrême de l’homosexualité : tu serais tellement lesbienne que tu en deviendrais un mec. C’est absurde ! » Commence Brieuc.

Être non-binaire ne se voit pas forcément

Oubliez le stéréotype de la personne non-binaire avec un look atypique, du maquillage et des cheveux colorés. Si certain.e.s correspondent à cette description (ce qui, rappelons-le, n’est pas un problème), la non-binarité correspond à l’identité et non à l’apparence d’une personne. On peut par exemple être fille à la naissance, porter des robes et les cheveux longs et ne pas se reconnaître comme femme. Enfin, Brieuc le rappelle : « Il y a des personnes non-binaires de tout âge, dans toutes les classes sociales, tous les milieux. »

Il y a autant de manifestations de la non-binarité que de personnes non-binaires

Vous avez peut-être entendu les termes agenre, bigenre, de genre fluide, demiboy, neutre… On l’aura donc compris, ce terme ne regroupe pas une catégorie uniforme de personnes. Si une telle multiplicité d’appellations existe, c’est que la non-binarité est une catégorie très diverse. « La non-binarité se manifeste différemment selon les personnes, observe Brieuc. Certaines font une transition médicale proche des parcours trans dit ‘’classiques’’, d’autres vont juste changer de prénom, certain vont utiliser un pronom neutre, avoir un look androgyne… la liste est infinie. » La non-binarité est donc un spectre très large au sein duquel les façons d’exister socialement, les apparences et les dénominations varient.

Ce n’est pas un phénomène de mode

La non-binarité n’est pas une nouveauté. Si le terme est de plus en plus connu (notamment des jeunes générations), la réalité qu’il recouvre n’est pas apparu ces dernières années. Comme le rappelle sur Twitter la réalisatrice Amandine Gay, des artistes comme Prince exprimaient clairement le fait de ne pas se reconnaître dans le genre féminin ou masculin. On pourrait aussi penser à David Bowie ou l’artiste septuagénaire Kate Bornstein. Aujourd’hui, les personnes non-binaires le clament haut et fort : non, ce n’est pas une passade ou le nouveau cool ! « Je m’identifie comme non-binaire depuis que j’ai 17 ans et j’en ai aujourd’hui 23 : si c’est une mode, elle est sacrément longue », sourit Brieuc.

 

Ce n’est pas une pathologie

La déferlante d’insultes et de propos dénigrants sur les réseaux sociaux lors de la diffusion du reportage de M6 oblige à rappeler ce qui pourrait être une évidence : être non-binaire n’est ni une maladie, ni un trouble mental. « Le meilleur argument, c’est le consensus médical sur le fait que ce n’est pas une maladie. Ça n’a pas toujours été le cas et ce consensus est le résultat d’années d’activisme. La souffrance ne vient pas de nos identités, mais de la transphobie », expose Brieuc.  

Ce n’est pas un choix

On ne se réveille pas un matin en décidant qu’on est non-binaire. Comme pour l’orientation sexuelle, l’identité de genre n’est pas une préférence personnelle. « On ne peut pas changer son identité de genre. En revanche, on peut parfois choisir de ne pas l’exprimer ou choisir les mots qu’on veut utiliser », précise Brieuc. Et d’ajouter que, compte tenu des violences auxquelles sont exposées les concerné.e.s, qualifier cela de choix est particulièrement inapproprié.  

 

La non-binarité n’est pas reconnue par l’Etat civil

En France, la mention du sexe sur l’état civil ne peut pas être gommée. Sur nos papiers d’identité, on est soit homme, soit femme. Une mention que beaucoup de personnes non binaires aimeraient voir disparaître. « Nos revendications se fondent avec celles de la communauté trans. Supprimer la mention du sexe permettrait de lutter contre les discriminations, que ce soit au travail ou pour l’accès au logement par exemple. Certain.e.s voudraient la création d’un genre neutre à l’état civil, mais je ne suis pas d’accord. Ce serait comme avoir une cible dans le dos », estime Brieuc.

Comment s’adresser à une personne non-binaire ?

Une fois la définition donnée, reste une question : comment s’adresser à une personne non-binaire sans la mégenrer (c’est-à-dire se tromper de genre) ? Certain.e.s choisissent d’avoir recours à des pronoms neutres. Si le pronom « iel » est de plus en plus connu en France, il est parfois compliqué à utiliser. Pour Brieuc, la meilleure solution consiste à écouter comment la personne parle d’elle-même. Si elle dit, « je suis contente », il y a de forte chance pour qu’elle se genre au féminin. « En cas de doutes, demandez simplement quel est le pronom qui convient. » Bien sûr, les termes comme Madame ou Monsieur sont à proscrire. Brieuc se veut rassurante : « Si vous vous trompez, ce n’est pas un drame ! Et pas la peine de connaître tout le jargon autour du genre ! »  

 

Focus sur le documentaire…

Le documentaire présente la non-binarité comme un « phénomène », une « mode », une nouvelle tendance de développement personnel. Quelque chose d’extrêmement superficiel : « se dire » non-binaire (ne pas le vivre, ne pas l’être réellement), se « penser » non-binaire et insister sur l’expression de genre des témoignant·es : maquillage, style vestimentaire.

On passe d’ailleurs un certain temps sur des personnes cisgenres (puisque le documentaire confond expression de genre et identité de genre) qui portent des perruques, se maquillent. On nous amène à plusieurs reprises aux États-Unis, à la rencontre de « la mode unisexe », symbole de la non-binarité selon l’émission, ce qui est évidemment faux.

 

 Lexique

Transidentité : la transidentité est le fait d’avoir une identité de genre différente de celle qui a été assignée à la naissance. Quand on correspond au genre qu’on nous attribué (« tu as un pénis, donc tu es un garçon »), on est cisgenre ; quand on n’y correspond pas, on est transgenre.

Non-binarité : les personnes non-binaires, genderqueer ou encore genderfluid sont celles dont l’identité de genre ne s’inscrit pas dans la norme binaire. C’est-à-dire que ces personnes ne se sentent ni homme, ni femme, mais entre les deux, un mélange des deux, ou aucun des deux.

Dysphorie : Le terme dysphorie, dans son sens premier, peut désigner un trouble psychique, caractérisé par une humeur oscillant entre tristesse et excitation. Il s’agit d’une perturbation de l’humeur, qui est accompagnée d’anxiété, de malaises, et même de réactions coléreuses.

La dysphorie de genre, terme médical spécifique employé dans le manuel de l’association américaine de psychiatrie (DSM-V), décrit la détresse ressentie par une personne transgenre, c’est-à-dire ayant les attributs physiques assignés au genre féminin mais se sentant homme, ou l’inverse. C’est le sentiment d’inadéquation entre le sexe assigné et l’identité de genre qui crée une perturbation. (source)

Mégenrer : utiliser le mauvais pronom pour désigner le genre de quelqu’un (appeler une femme trans « lui » par exemple).

Neuroatypie : la neuroatypie désigne un fonctionnement neurologique ou psychologique qui s’écarte de la norme. Ce terme a été inventé par et pour la communauté autistique, pour les différencier des personnes neurotypiques (donc sans diagnostic d’un trouble de l’autisme). Aujourd’hui le terme neuroatypie englobe aussi les personnes présentant un trouble « dys » (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, etc.), un déficit de l’attention et/ou une hyperactivité, un Haut Potentiel et d’autres différences neurologiques. Il s’agit d’un terme-parapluie recouvrant plusieurs réalités liées à la santé mentale.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.