Un processus politique pour une sortie de crise au centre

Au gré des crises sociales, politiques et culturelles, le tissu social au Mali s’est progressivement délité au profit d’un semblant d’ordre social. Ces changements progressifs ont abouti à la situation de guerre larvée et de violence communautaire sur l’ensemble du territoire malien.

Le massacre de Ogossagou, a provoqué un choc mondial et de nombreuses réactions, celui-ci reste hélas un épisode au milieu de cette violence généralisée qui régente désormais les liens entre plusieurs communautés au Mali. Depuis plus d’un an, la région de Ménaka a connu plusieurs épisodes violents entre les communautés, idem dans la Région de Kidal où elles se regardent avec méfiance et crainte.

Cette résurgence de violences intercommunautaires est liée, principalement à l’échec de l’instauration d’un régime démocratique au Mali. Le système politique fait de clientélisme et de népotisme qui en a découlé, a conduit les communautés à servir de variables d’ajustement aux ambitions privées de leaders politiques. En effet l’histoire politique du Mali a à plusieurs reprises démontré que, lors d’élection locale, il n’était pas rare de voir les élus haranguer les communautés et parfois jouer sur les rivalités entre elles pour être élus.

A titre d’illustration lors élections municipales en 2009 de fortes tensions étaient apparues entre les communautés arabes tilemsi et touareg idnane de Tarkint dans la Région de Gao. Si en 2009 l’affrontement a pu être évité, on retrouvera cette séparation en 2012-2013 avec l’apparition de groupes armés au sein de chaque communauté, respectant les fragmentation déjà observées en 2009. Le même phénomène a pu être observé à Ber dans la région de Tombouctou entre les bérabiche et des Touaregs.

La démocratie et la conquête du pouvoir politique a conduit chaque communauté à se rassembler autour de « son candidat », faisant ainsi apercevoir aux communautés minoritaires, que leurs intérêts pourraient passer au second plan. Et dans la pratique c’est ce qui est advenu, on a pu par endroit constater un basculement du pouvoir des chefs traditionnels, vers les élus communaux, ou des changement au niveau des leaders religieux, imposés par le politique. L’intérêt général a été remplacé par une politique foncière axée sur les intérêts communautaires.

Dans l’imaginaire malien, l’administration est perçue comme favorable à une communauté et les litiges tranchés en justice ont porté le sceau de cette préférence. Cela a conduit des communautés à se sentir exclues sur leur propre territoire, par un pouvoir perçu de plus en plus comme étant illégitime. On se souvient, du conflit opposant plusieurs communautés dans la zone de Djenné autour du partage d’un champ entre les village de Kossouma et Mougna, ceux de Kossouma avait obtenu une décision favorable en 2014. Ils ont donc cultivé les champs, mais en 2016, avec le recul de l’Etat, ceux de Mougna ont décidé de récupérer les terres en menant un raid armé sur Kossouma, qui fera 20 morts.

La somme de ces dysfonctionnements a conduit au délitement du tissu social et au remodelage des rapports entre les communautés au gré des intérêts politiques. La crise qui a éclaté en 2012, a conduit à un affaiblissement de l’Etat, et les communautés victimes de discriminations y ont vu l’occasion de reconquérir le pouvoir local afin de pouvoir bénéficier de la gestion les ressources naturelles et bien. En effet dans la zone inondée dans la Région de Mopti, les propriétaires terriens, ont vu leur pouvoir phagocyté par de nouveaux acteurs ayant rejoint les groupes armés terroristes. Ces derniers exercent le pouvoir au niveau local et ont fait drastiquement baisser le prix d’entrer des animaux dans les bourgoutières.

Là où on serait tenté de parler de délitement du tissu social, d’autres, notamment les nouveaux bénéficiaires parleraient de restauration d’un pouvoir égalitaire, occultant par la même les actes de vengeance opérés sur ceux qui avant abusaient de leur pouvoir.

Face à une militarisation à outrance de zones d’exploitation de ressources naturelles et des combats sociaux, la solution est multidimensionnelle et doit prendre en compte les aspects sécuritaires, de développement et de démocratie locale.

Les étapes au niveau politique devraient consister à remettre le citoyen, et les pouvoirs traditionnels, bien que contestés, au sein du processus de décision local. Une discussion doit être entamée entre les différentes couches sociales afin d’identifier les nœuds et de travailler à promouvoir des rapports démocratiques basés sur la recherche de l’intérêt général.

Il n’est pas possible de prédire ce qui sortira d’un processus politique local indépendant et non influencé, ni ces impacts sur le pouvoir politique au niveau national. Dans un dialogue franc et sans tabou entre les populations civiles, des solutions pourraient être trouvées et les liens renoués cependant tant que le pouvoir politique aura la crainte de voir remis en cause ses prérogatives, on peut craindre que ce type de débat ne soit étouffé.

En effet tout processus politique comporte un nombre important de spoiler, à qui la situation profite et notamment le climat de haine entre les communautés. Il est important de prendre en compte cette menace.

Il y a donc nécessité de mettre en place un processus politique accompagné de mesures sécuritaire et d’un plan de développement. Ce plan de développement doit être le fruit du processus politique et non « un packages » imposé par des acteurs exogènes. Le problème est politique, la situation l’est tout autant.

 

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