Centre du Mali: Une reponse de l'Etat plus que jamais attendue.

Le 9 juin, le petit hameau de Sobane, dans la commune de Sangha a été attaquée, le bilan est de 35 morts, tous de la communauté dogon. Cette attaque s’inscrit dans la spirale meurtrière à l’œuvre dans la région de Mopti depuis bientôt quatre ans.

 

Malemana 26 morts, Koumaga 26 morts, Koulogon 35 morts, Ogossagou 161 morts et Sobane 35 morts…Ces villages où il faisait jadis bon vivre sont devenus synonymes de l’horreur absolue, la manifestation des instincts les plus bas de l’homme. Ces massacres poussent les maliens à se demander comment leur pays, autre fois considéré comme terre d’hospitalité est arrivé à un tel degré d’inhumanité.

Bien sur par le passé la Région a connu à l’arrivée de l’hivernage des tensions inter/intracommunautaires, on peut rappeler le conflit qui a opposé les communautés dogons de Ningari ayant conduit à la mort de plus de 50 personnes. A chaque fois l’Etat était présent, les autorités traditionnelles également.

La période actuelle se démarque de la précédente par la systématisation et le caractère répétitif des attaques contre les hameaux et villages habités par les communautés et selon un scenario déjà entendu. D’ailleurs lorsque l’on demandera au chef du village de Sobane, il répètera ce qui a déjà été entendu ailleurs, c’est-à-dire des hommes armés de fusils traditionnels et de fusils automatiques, encerclant le village et laissant libre court à leur imagination, n’épargnant ni femmes ni hommes.

Sous le choc, le peuple veut des réponses, et il veut voir des têtes tomber, ce qui est fait après Ogossagou, le chef d’état-major est débarqué, le Premier Ministre finira par payer les pots-cassés, lui l’égérie de la sécurocratie qui n’a pu apporter une réponse politique, à une crise qu’il n’a sans doute abordé que sous l’aspect militaire et Sobane emportera le Gouverneur de la Région. 

Quant aux partenaires internationaux, bien conscients de voir le centre basculer sous les coups de boutoirs des hommes d’Amadou Kouffa, des 2016 ils ont appuyé le Plan de sécurisation intégré des régions centres, annoncés comme une solution miracle au recul de l’Etat et surtout prenant en compte le concept de pole développement-sécurité. Finalement les pôles de sécurité ont bien été mis en place, mais les résultats se font attendre. Rappelons que le pôle de Diankabou est situé à 15 km de Sobane, et que l’unité des FDSM basées dans la ville ne s’est déplacée que 10h après les faits, selon les récits du chef de village et du Maire, là encore un récit entendu dans de précédents drames.

Evidemment l’aspect sécuritaire reste important tant l’absence de l’Etat a profité aux milices communautaires dans la zone, et conduit à l’émergence de ce qu'il faut appeler de véritables chefs de guerre, plus que de simples paysans opérant au hasard des vengeances. Certains d’ailleurs ne se cachent pas et n’hésitent pas à mettre la pression sur les autorités traditionnelles, assumant par la même leur volonté d’assurer leur sécurité et celle des populations.

L’Etat étant ce qui doit rassembler tous, les maliens, lorsque celui-ci est défaillant pour assurer la sécurité des citoyens, ces deniers ont des reflexes communautaires naturels, et s’en remettent au groupe afin de pouvoir garantir leur sécurité. Las de prendre des coups, les communautés se sont organisées, avec pour objectif d’assurer leur survie. L’amalgame et les manipulations politiques ont suffit pour continuer à alimenter le feu de la haine de l’autre, et les milices sont passées de l’autodéfense à l’attaque.

Cette situation alimente aussi des réseaux de trafics d’armes, de drogue et de carburant qui ont tout intérêt à voir se poursuivre une situation qui leur est profitable.

Si contrairement aux groupes armés du nord, on ne connait pas de revendications politiques aux milices opérant au centre, il n’en demeure pas moins que la solution à cette crise ne pourrait être que politique, soutenue par des mesures sécuritaires et de justice. 

Rappelons que les différentes initiatives politiques dans la zone depuis 2015 ont principalement échoué par pur clientélisme. Les populations ont vu des personnes venir de la capitale phagocyter les débats, ils ont vu des pseudo représentants à la télévision nationale parler en leur nom. Et quand la crise a éclaté, ce sont les mêmes que l’on a mobilisé, mais évidemment, ils n’avaient aucun levier pour agir.  

La majorité des chefs de village, toutes communautés confondues qui n’ont pas saisi le train de la militarisation communautaire de la zone, ont été marginalisés et mis sous tutelle, avec interdiction formelle de tenter toute forme de dialogue avec l’autre. Et pourtant une ONG viendra mener un dialogue avec ces chefs de villages en 2018, avec un résultat mitigé comme on pouvait s’y attendre.

Plus que jamais les populations du centre ont besoin d’Etat pour apporter une réponse à une crise qui laissera des stigmates. L’attitude qui consistait à faire de l’impunité l’alpha et l’Omega de la réconciliation a également démontré ses limites.

 

 

 

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