Très cher G5 Sahel

Les sommets se multiplient et les chefs d’Etats africains membres du G5 Sahel continuent de tonner à l’encontre de ceux qui il y a quelques années auraient promis des financements lors de la mise en place du mecanisme.

A paris, ils ont posé un diagnostic sans concessions de leurs capacités actuelles à combattre le terrorisme et la criminalité transfrontalière. Ils ont marqué le départ de leurs malheurs avec l’intervention de l’OTAN en Libye et se sont posés comme la digue qui protège l’Europe du terrorisme et de l’arrivée massive de migrants.

Dans le discours, on peut dire qu’il y a peu d’évolution et que cela s’inscrit dans une certaine logique que l’Europe ne peut nier. Depuis plusieurs années, Elle voit arriver sur ses plages des bateaux de migrants clandestins, dont certains en provenance de la Libye. Face à la déliquescence des Etats, de véritables réseaux se sont structurés et exploitent la misère des clandestins.

Au-delà du problème sécuritaire, la question des migrants pose des défis au niveau politique pour les dirigeants européens, qui voient leurs pouvoirs menacés par l’extrême droite qui exploite ce fait. Il est donc urgent pour eux de prendre des mesures et cela passe, par le maintien des migrants dans les zones de départ, ou faciliter leur retour avec l’accord des pays de départ.

Les pays du G5 sahel, à l’instar d’une Turquie, expliquent très clairement que la dégradation de la situation sécuritaire pourrait profiter aux trafiquants et intensifier les flux vers l’Europe.  Sur le plan sécuritaire, l’installation d’un « Emirat » en plein sahel, représente également un danger pour l’Europe, avec la possibilité pour ces groupes de recruter et de commettre des attentats dans les capitales européennes. Ces attaques constituent un risque sur le plan sécuritaire, mais aussi politique, comme on a pu le voir en France, avec l’exploitation du moindre attentat par l’extrême droite pour critiquer l’action du pouvoir et stigmatiser la communauté musulmane locale. De quoi faire réfléchir.

Sauf que, malgré ces arguments, peu d’avancées sur le terrain. La France se retrouve isolée et tente avec des moyens limités de soutenir ces armées. L’UE est très peu active et les USA observent la situation et préfèrent miser sur une approche bilatérale.

Ce qu’on constate surtout dans les différentes approches, c’est un manque cruel de confiance placée en ces dirigeants. Les occidentaux ont peut-être le sentiment que même avec l’acquisition des fonds tant espérés, les choses évolueront très peu sur le terrain. Ils se basent sur l’état peu reluisant des forces armées, ayant pourtant bénéficié de plusieurs années de soutien par le passé,  sur la mauvaise gouvernance et la réelle volonté de ces Etats à travailler ensemble, main dans la main.

La question qui est posée est de savoir pourquoi ces Etats, plutôt que d’attendre l’arme à la main, comme l’a dit le Président Deby à Paris, ne prennent pas les devants. L’urgence est pourtant bien là. Les armées subissent des défaites et les populations civiles sont victimes d’exactions. Leur responsabilité est donc engagée, plus que celle de l’Occident.

Des mécanismes de financement internes sont imaginables, comme la mise en place d’une taxe G5 sur l’exploitation des matières premières, ou décider d’allouer un pourcentage de la richesse nationale des pays du G5 à la force conjointe…Il s’agit avant tout de la sécurité des Africains, alors cette course aux financements a de quoi pousser la population locale à se poser des questions, notamment sur les réelles visées de la force.

Le financement de la force du G5 sahel représente 59 milliards de Francs CFA par Etat, la Loi de programmation militaire du Mali est estimée à 1200 milliards sur 5 ans par certains observateurs, Au Burkina Faso elle est estimée à 700 milliards sur 5 an,…Pourquoi ne pas mettre les bataillons à la disposition de la Force conjointe, et ponctionner le budget du G5 sahel dans les LPM des Etats membres ?

En adoptant une position qui consiste à rappeler aux européens leurs obligations morales (Libye) et les risques sécuritaires et politiques liés à la situation du Sahel, les Etats du G5 espèrent ainsi voir une mobilisation financière autour de la FC. Or des moyens sur le plan local existent pour l’opérationnaliser et c’est peut-être par là qu’il faut commencer, démontrer une  volonté à prendre en charge sa propre sécurité, avant de demander aux autres de le faire.

 

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