Renouer le dialogue avec le peuple.

Les chantiers ne manquent pas au Mali depuis 2012, sur le plan politique, économique, social et sécuritaire. L’horizon semble trouble et les fils du dialogue entre la première personnalité de l’Etat et son peuple semblent rompus.

En effet sur le plan politique les institutions ne semblent plus être en capacité de remplir le rôle qui leur est dévoué. Les hommes politiques ont perdu du crédit auprès des populations qui se tournent aujourd’hui vers une offre politique moins conventionnelle mais plus en cohérence avec leurs aspirations en apparence.

Sur le plan économique la crise couve malgré toute la communication entourant les divers classements du Fonds monétaire internationale, de la Banque mondiale ou du très peu crédible Doing Business. L’économie malienne stagne et aucune réforme d’envergure n’a été entreprise pour favoriser l’essor des petites entreprises qui naviguent dans l’informel, et promouvoir la transparence dans le secteur formel. L’économie malienne reste cloisonnée à quelques secteurs privilégiés et la redistribution des revenus n’est pas optimisée.

Sur le plan social, la fracture est de plus en plus profonde entre ceux qui bénéficient des fruits du modèle sclérosés et ceux qui souffrent à gagner leur pain quotidien. A cette fracture doit s’ajouter celle entre les notabilités traditionnelles et les populations qu’ils représentent. Les premiers ont clairement fait le choix du pouvoir depuis 30 ans, délitant peu à peu les rapports au sein des communautés et entre elles. Les grèves également se multiplient et les revendications des syndicats sur les augmentations de salaires abondent. Sans oublier le chômage de masse des jeunes qui menace l’équilibre social.

La situation sécuritaire s’est dégradée sur les ¾ du territoire, les milices se multiplient au centre et au nord et les incidents troublent la quiétude des populations connaissant déjà des difficultés financières. En moins de 6 mois les tueries ont secoué plusieurs zones dans le pays, près de 120.000 déplacés ont été enregistrés et la situation humanitaire se dégrade fortement.

Les défis sont nombreux, et ils ne peuvent être relevés par aucune entité extérieure, ces dernières sont un soutien important dans la réalisation de nos aspirations, encore faut-il se mettre d’accord sur ces dernières.

L’idée d’une conférence nationale fait son chemin au sein de la population, si sa forme n’est pas encore déterminée, elle dénote d’une nécessité de dialogue accrue entre les fils du pays pour mettre les choses à plat et tenter un nouveau départ. L’hystérisation des discussions et la participation d’acteurs peu crédibles nuit fortement à ce débat. On a le sentiment d’une confiscation des aspirations légitimes du peuple et cela se retrouve dans la fracture sociale observée, raison pour laquelle les dialogues initiés par le Président de la République avec des notabilités sont voués à l’échec.

Le Président de la République ne doit certes pas céder à l’hystérisation ambiante, mais doit apporter de la sérénité au débat. Il doit pour cela se rendre à l’évidence et comprendre que les leviers utilisés depuis 30 ans ne produisent que les mêmes effets, mettre la poussière sous le tapis, et n’apporte pas de solution aux difficultés perçues.

Il doit également observer autour de lui, les conflits qui ont marqué les années 90 et 2000 et s’apercevoir que la doctrine dominante de la reconstruction de l’Etat ne fonctionne que partiellement, il y a donc la nécessité de réinventer un système et pour cela il aura besoin du soutien du plus grand nombre. Et pour cela il doit dialoguer avec son peuple et non par des corps intermédiaires.

Le citoyen doit être remis au centre du débat. Il est celui qui connait le mieux son quotidien et celui qui sait le mieux mettre des mots sur les maux. Il y a donc nécessité de réinstaurer un dialogue direct qui doit aboutir à une réorientation politique. En réalité il n’est pas question de personne, de qui sera Ministre de quoi etc…Mais de remettre de la légitimité dans l’action politique !

  

 

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