S'appuyer sur les petites et moyennes entreprises/industries pour relancer l'économie

On entend communément par les petites et moyennes entreprises/industries (PME/PMI) des structures économiques ayant entre 10 et 250 employés et un chiffre d’affaire variant entre 50 millions de FCFA et 2 milliards de FCFA.

S’il est difficile d’obtenir le chiffre exacte du nombre de PME/PMI au Mali du fait des activités non déclarées, il est de bon ton de rappeler qu’elles constituent l’atout principal du développement économique d’un pays et notamment à travers leur forte capacité à créer des emplois et de la valeur ajoutée. Ce cercle vertueux permet de réduire la pauvreté et a un impact positif sur les investissements publics, à travers l’augmentation des recettes fiscales.

Les conditions de création des entreprises ont été très largement améliorées au cours des dernières années, avec notamment la mise en place d’un guichet unique auprès de l’Agence de promotion des Investissements, cependant les PME/PMI restent confrontées à des difficultés liées au climat des affaires, à l’accès aux crédits et à l’inadéquation des compétences sur le marché du travail. A cela s’ajoute une situation sécuritaire et politique précaire, qui peut freiner les investissements

 

  • Difficultés d’accès au crédit et tentation du "marché noir"

Selon une étude de la DGGF pour l’agence de promotion des investissements, 90% des PME/PMI au Mali opèrent de manière informelle. Cela signifie que leurs activités ne sont pas légalisées et qu’elles ne payent ni taxes ni redevances, et de ce fait elles ne peuvent accéder aux crédits pour développer leur activités et grandir. Cela signifie également que leurs employés ne sont pas déclarés, qu’ils perçoivent certes un salaire, mais cela ne leur donne pas accès à la protection sociale (Santé et retraite). Par ailleurs aucun contrôle sur les rémunération, ne permet de garantir que les employés sont payés au minimum légal.

Quant bien même, une entreprise serait légalement établie, des fortes difficultés pèsent sur les épaules des promoteurs pour tenter de décrocher un crédit, tant les garanties demandées par les banques sont contraignantes et les taux d’intérêts pouvant atteindre jusqu’à 15-20%, constituent un véritable frein. Or pour se développer le secteur privé doit pouvoir compter sur le secteur bancaire, qui doit remplir son rôle en accompagnant le secteur privé.

Des tentatives pour dépasser ces difficultés existent, à travers notamment une garantie de l’Etat, cependant très rapidement ce système a connu des limites. Par ailleurs, l’implication de l’Etat dans le processus de financement d’entreprises privées peut également constituer un frein important sur le plan psychologique et organisationnel. Les différentes exonérations mises en place par l’Etat sur le plan fiscale, pour booster l’activité des PME/PMI sont régulièrement décriées comme des mesures favorisant l’enrichissement de certaines entreprises bien connues de la place, et donc comme ayant une efficacité économique assez limitées

 

  • Une culture entrepreneuriale faible et Manque de compétences locales

Loin de l’image glamour et jeune de la « start-up », beaucoup de ces entreprises sont des entreprises de nécessité. Cela signifie que les promoteurs, se sont investis dans ces activités pour se créer un emploi et non dans un processus de création de valeur ajoutée. Ainsi la difficulté de passage de la très petite entreprise (TPE, moins de 10 employés) vers la PME reste encore difficile, et les activités artisanales n’évoluent pas vers l’industrialisation des processus de fabrication. La culture entrepreneuriale propre aux jeunes pousses, telles que voulue par les promoteurs de ce concept ne se retrouve pas au sein de nos PME/PMI.

Or, les candidats à l'entrepreneuriat ne manquent pas au Mali, si les moyens de financements sont limités, beaucoup d’entre eux commencent sur des fonds personnels, ou des crédits familiaux. Le danger lorsque la culture de l’entreprise n’est pas présente est de se fixer des objectifs à court terme et non de se placer dans un environnement économique global. Pour illustration, la majorité des TPE/PME/PMI au Mali sont concentrées autour de Bamako et leurs activités concernent cette même zone. Peu d’entre elles ont une vision nationale, voire internationale.

Le marché de l’UEMOA bien qu’accessible est rarement considéré comme un objectif, ce qui conduit à rendre le marché étroit et les marges de revenus faibles. Si l’on ajoute à cela les difficultés à se financer et le management peu orthodoxe de ces structures, on comprend aisément pourquoi malgré les immenses potentiels du Mali, ces structures ne performent qu'à minima.

Enfin le niveau d’éducation global de la population reste très important pour le développement des PME/PMI. Les entreprises qui ont connu des grands succès dans le pays se sont appuyées assez régulièrement sur des compétences extérieures, les nationaux occupant des postes demandant une qualification moindre. De plus, les entrepreneurs locaux, sont souvent tentés par une gestion népotique et approximative de leurs entreprises. Pour illustration, au sein des PME importantes du pays, vous trouverez assez régulièrement aux postes importants des membres de la famille proche et cela sans aucune garantie sur leurs compétences. L’éducation nationale a également formée durant plus de 25 ans des profils inadaptés aux besoins du marchés maliens. 

  • Investissement pour la création de Valeur ajoutée et d’emplois

L’investissement public et privé à travers les entreprises, conduit à un accroissement de revenu et a un impact sur la hausse du pouvoir d’achat des ménages. L’accroissement du pouvoir d’achat des ménage aura un impact sur l’accroissement du bénéfice des entreprises etc…Ce schémas vertueux est une étape pour enclencher un développement économique. En résumé l’investissement enrichi tout le monde, l’entreprise, l’Etat et la population.

C’est à ce titre que le soutien aux PME/PMI demeure primordiale dans toutes politiques et l’Etat a plusieurs leviers pour la stimuler. Le Premier pourrait être de lancer une politique de grands travaux, soutenue les partenariats publics privés, l’Etat va investir massivement et les PME compétentes et aptes à concourir vont pouvoir bénéficier de ces marchés, qui leurs apporterons des bénéfices et donc de futurs investissements qui leur permettront de grandir et de fournir du travail à plus de monde. Le processus de compétitions entre les entreprises doit être transparent, naturellement.

L’Etat peut à travers une politique attractive, inciter les opérateurs qui sont dans le secteurs informels à déclarer leurs activités. Là également la relation de confiance est importante, puisque, la barrière reste le paiement des impôts, beaucoup d’entrepreneurs estimant que le paiement de ces taxes ne contribuerait qu'à enrichir la machine à corruption. De plus comme mentionné plus haut, le secteur bancaire reste indispensable au développement des PME/PMI, mais avant cela il faut être capable d’établir un environnement de confiance, permettant aux investisseurs de bénéficier de prêts à taux acceptables. Pour cela il faut que les entrepreneurs puissent démontrer une certaine expertise dans leur domaine, et surtout un grand sérieux dans la gestion de leurs entreprise. 

 

En conclusion, l’instabilité politique, l’accès au financement, le développement du secteur informel, la corruption, la pression fiscale, et le manque d’infrastructures agissent comme des freins majeurs au développement des PME/PMI. Pour y remédier les acteurs doivent faire preuve de créativité et surtout l’Etat doit prendre ses responsabilités pour assainir le climat et mettre les conditions nécessaires au développement des affaires. Cela sera favorable au développement du pays en créant plus de valeur ajoutée, on lutte contre le chômage et on favorise la stabilité du pays.

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