Pour le développement d'une expertise africaine sur les questions africaines

Vulgairement l’expertise désigne un examen, un avis, une estimation ou une évaluation de quelque chose. Elle est normalement réalisée par un expert détenant un ensemble de savoirs spécialisés . Il y a autant d’experts que de domaine d’expertise.

Émergence « d’experts moyens »

La multiplication des conflits localisés et l’évolution de la géopolitique a conduit à l’émergence de nombreux experts et spécialistes de thèmes diversifiés et dans des disciplines transversales.

Autrefois, les experts étaient cantonnés aux universités et colloques, ce monde « obscure » n’intéressait qu’eux-mêmes et les gouvernants en recherche d’idées neuve. Les meilleurs d’entre eux pouvaient faire de brèves apparition dans le Journal télévisé de 20h ou dans des émissions spécialisées. Leurs publications dans des revues spécialisées étaient également réduite au monde universitaire et aux étudiants dans les bibliothèques universitaires. Depuis quelques années l’émergence des chaines d’informations en continue et des réseaux sociaux ont contribué à mettre dans la lumière ce monde.

Cette émergence s’explique également par l’appétit légitime du grand public pour les choses du monde, mais n’ayant que peu de temps à y consacrer et surtout n’ayant ni la volonté ni le courage de se plonger dans une documentation touffue, se contente « d’un condensé ». Ainsi s’est développé sur les chaines d’info en continue un format, qui consiste à demander à un spécialistes d’explique un conflit vieux de 70 ans en 2 minutes.

Frustrés, beaucoup se sont reportés sur les blog, journaux, mais ce style d’expression, reste toujours moins efficace, qu’un post Facebook ou un tweet qui suffisent à forger des opinions au sein du grand public. Le constat est certes présomptueux, mais pas si éloigné de la réalité sociologique de notre époque, le grand public rechigne à réfléchir par lui-même et a fini par déléguer sa pensée à une poignée d’individus qui influencent leur manière de voir le monde.

Ce système médiatique, conduit à une ostracisation d’une certaine manière de voir le monde au profit d’une autre beaucoup plus simpliste et consensuelle. Les chaines TV également ont compris la force de ce phénomène et se sont mis à faire le tri parmi leurs invités, au détriment de la pluralité.

Promouvoir l’expertise locale

Au milieu de ce flot, les experts locaux et particulièrement africains, sont bien souvent exclus du débat, on pourrait penser que de part leur ancrage local, ils seraient plus légitimes à expliquer la complexité des situations. Ils se sont laissés débordés, essentiellement du fait d’avoir adopté les mêmes codes que beaucoup de leurs collègues occidentaux, c’est-à-dire la promotion de leur personne avant celle de leurs idées.

 N’ayant pas accès un accès privilégiés aux grands médias, les réseaux sociaux, demeurent le lieu privilégié de diffusion des idées pour les experts africains, or, force est de constater que la forme reste plus soignée que le fond, avec pour finalité la promotion de leur personne au détriment des idées. Faute de médias locaux, beaucoup de jeunes africains s’informent et se renseignent sur les réseaux sociaux, et accordent un crédit important à cette expertise, la forme faisant miroiter un fond consistant.

Il est important donc qu’il y ait une réflexion profonde, pour structurer et professionnaliser la recherche en Afrique.  Développer ce « soft power » contribuera à influencer les prises de décisions dans les instances internationales concernant le continent Africain. Ce terrain est aujourd’hui abandonné à une nuée de consultants qui reproduisent les mêmes recettes exogènes qui n’ont jamais fonctionné, mais qui ont l’avantage de mettre tout le monde d’accord, sauf les bénéficiaires de plus en plus désarçonnés.

 

 

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