Rencontre Russie-Afrique: Jeu de dupes à Sotchi

Cette semaine se déroulait le sommet Russie-Afrique, dans un contexte où les Etats-Unis de Donald Trump démontrent une volonté de briser la doctrine interventionniste américaine, et la France est fortement décriée sur le continent africain, avec des manifestations hostiles dans de nombreuses capitales

Afrique continent d’avenir…

Ce sommet s’inscrit dans une volonté de réaffirmation de la puissance russe, et avec une volonté affichée d’étendre son influence en Afrique, le continent d’avenir de part sa démographie et la richesse de ses sous-sols.  A l’instar des grandes puissances mondiales, la Russie sait devoir jouer son maintien à la table des grands en s’assurant des relations privilégiées avec la cinquantaine de chefs d’Etats africains. Il faut noter que les pays Africains dans leur ensemble ont toujours maintenu des bonnes relations diplomatiques et économiques avec l’ex-URSS, et que ce dernier avait adopté une posture fondamentalement anti colonialiste et pro indépendance. Que dès les années 60 les échanges et les appuis de l’URSS au continent étaient nombreux et une partie de l’affrontement entre les deux blocs s’est jouée sur le continent.

Le contexte actuel se prête à une nouvelle offensive diplomatique russe sur le continent, l’interventionnisme des anciennes puissances coloniales est de moins en moins toléré, puis le discours « Poutinien », respectueux des souverainetés plait assez aux dirigeants peu ennuyés des Droits civils et politiques. Sur le plan économique, l’Afrique est un continent d’avenir, départ sa jeunesse qui représente une main d’œuvre peu chère et les forts investissements à consentir pour assurer son développement, de quoi intéresser toutes les entreprises occidentales. Enfin le continent regorge d’immenses ressources minières sur lesquelles lorgnent naturellement les puissances mondiales.

Le modèle de gouvernance russe, séduit également une frange de la société africaine, adepte « d’hommes à poigne », déçue par la Gouvernance des démocraties molles, bien incapables de répondre aux défis économiques et sécuritaires. L’incroyable imbroglio syrien présenté à tort comme un succès, est d’ailleurs assez régulièrement brandi par les partisans poutiniens à Bamako ou ailleurs, comme un modèle à transposer. Succès relatif par ailleurs.

…Une politique étrangère incertaine

En observant la communication du Gouvernement malien autour de ce sommet, il sied de rappeler, que la diplomatie malienne s’est depuis toujours basée sur une politique de bons voisinages, et n’a que rarement été sectaire. Elle a été capable d’entretenir des relations avec tous les blocs, et s’est surtout focalisée sur la recherche de fonds pour l’aide au développement, d’ailleurs à ce titre, elle a opéré basculement de plus en plus visible vers les pays du golfe.

Pour autant le partenaire privilégié du Mali est resté la France, même s’il faut constater qu’avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy, les relations entre les pays s’étaient fortement tendues, en cause les suites de l’affaire libyenne et la gestion des flux migratoires. Rappelons également, que les groupes armés rebelles qui ont déstabilisé le pays en 2011 avaient leurs entrées dans les administrations à Paris et sur les plateaux TV français.

C’est sans doute cette politique de complaisance avec un groupe armé rebelle, qui a contribué aujourd’hui à rendre la position française fragile dans la zone, car les populations considèrent qu’elle n’a pas fait preuve de « franchise » envers un partenaire historique, et l’intervention Barkhane est considérée comme une tentative de réparation de cette faute, voir pire pour ces détracteurs.

En feignant de se rapprocher de la Russie, peut-être les dirigeants africains, pensent-ils provoquer un reflexe de jalousie chez les anciennes puissances coloniales, qui infléchiraient leurs politiques et adopteraient une position plus favorable, de peur de perdre leurs « jouets. »

C’est négliger le fait que ces pays, malgré une volonté d’influence, ont également des problèmes sociaux internes à régler, et que la politique internationale n’intéresse que peu leurs électeurs. De plus présumer de la capacité de la Russie à intervenir militairement sur le continent comme peuvent le faire les Français et les Américains serait une erreur fatale. Il est assez peu probable que la Russie ait un jour la capacité à jouer aux Gendarmes du Monde et encore moins à venir mettre le nez dans des guerres internes.

Etats-Unis, France, Chine, Inde, Russie, tous ces pays lorgnent sur le continent pour les raisons évoquées plus haut, il importe donc pour nous africains, au travers de nos organisations sous régionales de développer une approche globale articuler autour d’un équilibre dans les relations aussi bien sur le plan économique que sécuritaire. Ces nouvelles relations doivent également prendre en compte nos sociétés civiles qui sont de plus en plus interconnectées.

Comme à chaque sommet entre le Continent et un membre du Conseil de sécurité des Nations-Unies un jeu de dupes s’est installée, et les question de fonds ont été remises à plus tard.

 

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